Parashat Tsav, le Présent comme présent!

La parasha Tsav[1] revient sur les différents types de sacrifices עוֹלָה Olah (holocauste), שְׁלָמִים Shelamim (pacifiques), מִנְחָה Min’hah[2],  חַטָּאת ‘Hatatt (expiatoire) et אָשָׁם Asham (délictif) déjà énumérés à la parasha précédente du Lévitique. Alors que les offrandes חַטָּאת ‘Hatatt, אָשָׁם Asham[3] doivent être impérativement consommées par les Cohanim uniquement  dans l’enceinte du parvis de la Tente du Rendez-vous le jour même de leur sacrifice, l’offrande שְׁלָמִים Shelamim s’en distingue par le fait même de pouvoir être consommé à l’extérieur du parvis du Tabernacle à la condition que le lieu soit pur, mais aussi jusqu’au lendemain.

יז וְהַנּוֹתָר מִבְּשַׂר הַזָּבַח בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בָּאֵשׁ יִשָּׂרֵף.  יח וְאִם הֵאָכֹל יֵאָכֵל מִבְּשַׂר-זֶבַח שְׁלָמָיו בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי לֹא יֵרָצֶה הַמַּקְרִיב אֹתוֹ לֹא יֵחָשֵׁב לוֹ פִּגּוּל יִהְיֶה וְהַנֶּפֶשׁ הָאֹכֶלֶת מִמֶּנּוּ עֲוֺנָהּ תִּשָּׂא.  יט וְהַבָּשָׂר אֲשֶׁר-יִגַּע בְּכָל-טָמֵא לֹא יֵאָכֵל בָּאֵשׁ יִשָּׂרֵף וְהַבָּשָׂר כָּל-טָהוֹר יֹאכַל בָּשָׂר. (ויקרא ז: יז-יט).ש

17 Ce qui serait resté de la chair du sacrifice, au troisième jour sera consumé par le feu. 18 Si l’on en consomme assurément, le troisième jour, de la chair de ce sacrifice rémunératoire, il ne serait point agréé. Il n’en sera pas tenu compte à qui l’a offert, ce sera une chose réprouvée; et la personne qui en mangerait, en porterait la peine.19 Si la chair avait touché à quelque impureté, on n’en mangera point, elle sera consumée par le feu; quant à la chair pure, quiconque est pur pourra en manger. (Lévitique 7: 17-19).

A priori, nous comprenons de la lecture littérale du verset 17 que toute consommation de l’offrande des Shelamim au troisième jour de son sacrifice rend celle-ci impure ou פִּגּוּל (Pigoul)[4]. Pourtant, si l’on se réfère à la Tradition orale (Traité Zéva’him 29: a), le verset est interprété tout autrement. Il ne s’agirait point, en effet, de consommation effective au troisième jour mais de l’intention de celui qui offre le sacrifice, au jour même du sacrifice, de consommer le sacrifice le troisième jour également. Dans ce cas précis, la chair du sacrifice des שְׁלָמִים Shelamim, même consommée dans le cadre de la limite temporelle imposée de deux jours, devient impropre à la consommation. Autrement dit, la seule intention se référant à une action prohibée dans le futur a pour caractéristique d’invalider celle-ci, dès son origine, même permise.

Comment est-il possible de saisir qu’une intention interdite puisse remettre en question un acte autorisé accompli en heure et en temps voulus?

Plusieurs directions de réflexion peuvent être proposées. La Tora aspire à nous enseigner que l’anticipation d’une action présente est susceptible d’ôter à cette dernière son intention présente et la frappe d’invalidité. Nous nous devons de vivre l’instant présent afin de lui insuffler une signification. La bénédiction divine, afin d’être appréciée et reconnue comme un don renouvelable, se doit d’être vécue ici et maintenant (Hinc et Nunc).  D’autre part, l’Homme, en se projetant dans le futur, ne chercherait-t-il point à s’approprier le Temps? Le Maître du Temps n’est-Il point l’Eternel?  A ce propos, rappelons l’épisode au cours duquel CaIN vient offrir son offrande à l’Eternel. Pourquoi l’Eternel refuse-Il cette offrande[5]? La Source biblique ne propose aucune réponse explicite. Il est possible toutefois par le biais d’une étude approfondie de la racine hébraïque du verbe «accepter, être favorable à…»/ש.ע.י  de remonter, au moins, à l’une des origines expliquant que l’Eternel ait invalidé le sacrifice de CaIN.  Comme il apparaît dans le texte biblique,שָׁעָה   «il a agréé», ce verbe peut être rapproché du terme araméen signifiant «heure, instant» (Daniel 4: 16). N’est-il point possible d’imaginer que CaIN ait eu l’ambition démesurée de faire sien le Temps, de se l’approprier et ainsi devenir le Maître du monde? Le premier mot de la Tora, BeReShITבְּרֵאשִׁית/ «Au commencement» indiquant une notion de Temps peut être également lu: בָּרָא שִׁית BaRa ShIT, à  savoir «Il [l’Eternel] a créé le fondement» de la Création. Cette dernière est subordonnée à la dimension du Temps. La Tora limite le fils d’Israël dans le Temps pour lui signifier et lui rappeler que seul l’Eternel est le Maître de l’Histoire et qu’il a pour vocation de d’inscrire, de graver l’éternité du moment par la grâce de l’intention pleine et présente mise dans l’action. Dans un monde où l’on ne vit plus que par projection dans l’avenir et où l’on va toujours plus vite, la bénédiction du Présent semble s’être dissipée. L’Homme croyait se libérer de ses chaînes et entraves du Passé, il est désormais devenu, dans une grande mesure, l’esclave du Futur. Le temps du Présent en hébreu  ה.ו.ה / HoVeH se construit à partir de la racine du verbe «être». La découverte de l’essence réelle du monde plonge ses racines dans l’expérience du Présent.

L’Ecclésiaste rappelle, à qui veut l’entendre, que la ressource la plus précieuse qui ait été offerte à l’Homme demeure la conscience vivante du Temps!

יא אֶת-הַכֹּל עָשָׂה יָפֶה בְעִתּוֹ גַּם אֶת-הָעֹלָם נָתַן בְּלִבָּם מִבְּלִי אֲשֶׁר לֹא-יִמְצָא הָאָדָם אֶת-הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר-עָשָׂה הָאֱלֹהִים מֵרֹאשׁ וְעַד-סוֹף. (קהלת ג: יא).ש

11 Il a fait toute chose excellente à son heure; il a mis aussi dans le cœur de l’homme le sens de la durée, sans quoi celui-ci ne saisirait point l’œuvre accomplie par Dieu du commencement à la fin. (Ecclésiaste 3: 11)

 

[1]  Lévitique 6: 1-8: 36.

[2] L’offrande מִנְחָה  Min’hah est un sacrifice à base de farine offert matin et soir et  consumé partiellement sur l’autel de l’encens pour Israël et intégralement pour le Cohen. (Lévitique 6: 13-16).

[3] Le עוֹלָה Olah/ holocauste n’entre point dans cette liste car il est consumé intégralement.

[4] Selon les règles strictes de cachérisation de la viande, le salage de celle-ci doit s’effectuer impérativement dans les 72 heures après l’abattage de l’animal. Dans le cas contraire, la viande doit être considérée comme impropre à la consommation.

[5]  Cf. Parashat VaYIkra où l’accent est mis sur la notion d’intention.

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

Ce contenu a été publié dans Lectures bibliques, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Parashat Tsav, le Présent comme présent!

  1. Shabbat Shalom,
    Nous oublions très souvent qu’un délit d’intention reste un délit et Helokim qui « voit tout,sait tout »
    notamment au niveau de notre « coeur » ne saurait agréer un sacrifice qui sort des limites de la Loi
    et ceci avant même que le premier geste de l’acte en question soit effectué.
    ceci dans le cadre d’une intention volontaire.
    Je ne saurais discuter d’autres cas de figure.

  2. champelovier dit :

    Merci pour ce partage, c’est mon problème actuellement je me projette trop dans le futur et je gâche mon présent!… Vivre le présent pleinement c’est ça l’important!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.