Parashat Shémini, A plus grande faute, plus grande bénédiction!

Au huitième jour de l’inauguration de la Tente du Rendez-vous, au premier du mois de Nissan, après que MoSheh, fidèle serviteur de l’Eternel, ait sept jours durant préparé son frère aîné Aaron et ses quatre fils à remplir leur suprême fonction de Cohanim, la SheKHiNaH – Présence divine- recouvre et enveloppe la Demeure, fruit de l’abnégation d’Israël.

L’une des principales interrogations que suscite cette péricope[1] réside dans le parcours complexe d’AHaRoN.  AHaRoN a, à deux reprises, failli à sa vocation. En effet, non seulement il ne s’est aucunement opposé à l’édification du veau d’or (Exode ch. 32), mais plus grave encore, il a refusé d’en assumer la pleine et entière responsabilité et l’a attribuée à l’ensemble du futur peuple d’Israël (Exode32: 21-22)! Comment expliquer, alors, que le difficile et suprême privilège de la Grande prêtrise en Israël lui ait été confié? Le Grand-Prêtre, le modèle du culte à rendre à l’Eternel,  ne devrait-il point être exempt de toute tache spirituelle et morale? Comment donc expliquer que la faute du veau d’or, loin d’avoir constitué une entrave majeure à la fonction prestigieuse mais non moins exigeante de la Grande-prêtrise, a probablement et paradoxalement encouragé la nomination d’Aaron à cette fonction suprême?

La source biblique précise, à propos du Grand-prêtre AHaRoN, qu’il se doit d’offrir comme sacrifice expiatoire un ‘HaTTaT/ חַטָּאת, «un veau âgé d’un an»:

ב וַיֹּאמֶר אֶל-אַהֲרֹן קַח-לְךָ עֵגֶל בֶּן-בָּקָר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעֹלָה תְּמִימִם וְהַקְרֵב לִפְנֵי יְהוָה. (ויקרא ט: ב).ש

2 et il dit à Aaron: « Prends un jeune veau pour expiatoire et un bélier pour holocauste, tous deux sans défaut, et amène-les devant l’Éternel. (Lévitique 9: 2).

Or, comme le fait remarquer Rashi, tout Cohen Gadol («grand prêtre») / כֹּהֵן גָּדוֹל dénommé également HaCohen HaMashia’h/  הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ ne doit point apporter un jeune veau pour expiatoire mais un taureau:

ג אִם הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ יֶחֱטָא לְאַשְׁמַת הָעָם וְהִקְרִיב עַל חַטָּאתוֹ אֲשֶׁר חָטָא פַּר בֶּן-בָּקָר תָּמִים לַיהוָה לְחַטָּאת. (ויקרא ד: ג).ש

3 si c’est le pontife-oint qui a péché, au détriment du peuple, il offrira au Seigneur, pour le péché qu’il a commis, un jeune taureau sans défaut, comme expiatoire. (Lévitique 4: 3)

Quel peut être le sens d’un tel renversement?

Rashi enseigne, sur le verset Lévitique 9: 2:

ש«קַח-לְךָ עֵגֶל, לְהוֹדִיעַ שֶׁמְּכַפֵּר לוֹ הַקָּדוֹשׁ-בָּרוּךְ-הוּא, עַל-יְדֵי עֵגֶל זֶה עַל מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל שֶׁעָשָׂה:».ש

«Prends-toi un veau: Pour lui faire savoir [à Aaron] que le Saint béni soit-Il, par ce veau-là, lui avait pardonné l’affaire du veau d’or à la fabrication duquel il avait participé:

ד וַיִּקַּח מִיָּדָם וַיָּצַר אֹתוֹ בַּחֶרֶט וַיַּעֲשֵׂהוּ עֵגֶל מַסֵּכָה וַיֹּאמְרוּ אֵלֶּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. (שמות לב: ד).ש

4 Ayant reçu cet or de leurs mains, il [Aharon] le forma en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait sortir du pays d’Égypte! » (Exode 32: 4)».

Or, les verbes  יָצַר signifiant «il forma» et  וַיַּעֲשֵׂהוּ , «il a l’a fait» sont à la troisième personne du singulier, avec pour sujet Aaron, révélant ainsi que l’entière responsabilité de l’édification du veau d’or incombe à AHaRoN!

A l’issue de ce sacrifice expiatoire, nous assistons à la bénédiction d’Israël par AHaRoN:

כב וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת-יָדָו אֶל-הָעָם וַיְבָרְכֵם וַיֵּרֶד מֵעֲשֹׂת הַחַטָּאת וְהָעֹלָה וְהַשְּׁלָמִים. (ויקרא ט: כב).ש

22 Aaron étendit ses mains vers le peuple et le bénit; et il redescendit, après avoir offert l’expiatoire, l’holocauste et le rémunératoire. (Lévitique 9: 22)

Est-ce à dire que la bénédiction et les sacrifices apportés par AHaRoN ont permis à la Shékhinah (Présence divine) de recouvrir le Tabernacle?

כג וַיָּבֹא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶל-אֹהֶל מוֹעֵד וַיֵּצְאוּ וַיְבָרְכוּ אֶת-הָעָם וַיֵּרָא כְבוֹד-יְהוָה אֶל-כָּל-הָעָם. (ויקרא ט: כג).ש

23 Moïse et Aaron entrèrent dans la Tente d’assignation; ils ressortirent et bénirent le peuple, et la gloire du Seigneur se manifesta au peuple entier. (Lévitique 9: 23)

Les sacrifices ne vont point se suffire à eux-mêmes. Ce n’est que lorsque MoShéH s’associe à son frère que se révèle, alors, la Gloire divine.

ל וַיְהִי מִמָּחֳרָת וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם אַתֶּם חֲטָאתֶם חֲטָאָה גְדֹלָה וְעַתָּה אֶעֱלֶה אֶל-יְהוָה אוּלַי אֲכַפְּרָה בְּעַד חַטַּאתְכֶם. (שמות לב: ל).ש

30 Puis le lendemain, Moïse dit au peuple: « Pour vous, vous avez commis un grand péché! Et maintenant, je vais monter vers le Seigneur, peut-être obtiendrai-je grâce pour votre péché. » (Exode 32: 30)

Le véritable sacrifice est celui de l’Homme qui, pour les siens et pour autrui, est disposé à annihiler son propre moi (Exode 32: 32). C’est également le cas d’AHaRoN qui, durant quarante ans, après la fuite de MoShéH en Midian, se voue corps et âme en faveur des Hébreux asservis en Egypte. C’est en cela que la chute d’AHaRoN est probablement due à la bonté excessive du Grand-Prêtre, de celui qui accompagne son plus jeune frère dans l’épreuve de la Sortie d’Egypte.

כז וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן לֵךְ לִקְרַאת מֹשֶׁה הַמִּדְבָּרָה וַיֵּלֶךְ וַיִּפְגְּשֵׁהוּ בְּהַר הָאֱלֹהִים וַיִּשַּׁק-לוֹ. (שמות ד: כז).ש

27 L’Éternel dit à Aaron: « Va au-devant de Moïse, dans le désert. » Il y alla; il le rencontra sur la montagne et l’embrassa. (Exode 4: 27).

La faute d’AHaRoN, quelle que puisse être l’ampleur de sa faute, ne doit jamais faire oublier ni faire disparaître les innombrables mérites de celui qui, avec son frère MoShéH (Ex. 5: 1) libéra Israël du joug extérieur et intérieur ! N’est-ce point AHaRoN qui «rapporta toutes les paroles que l’Eternel avait dites à Moïse, et il exécuta les signes aux yeux du peuple» (Exode 4: 30), conduisant le peuple à croire en l’Eternel (Exode 4: 31)? N’est-ce point lui qui leva le bâton de Moïse afin d’écarter les eaux de la Mer des joncs (Exode 7: 20)? N’est-ce point AHaRoN qui portera la Parole divine en tout lieu et en tout temps?

יד וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי יָדַעְתִּי כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא וְגַם הִנֵּה הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ. טו וְדִבַּרְתָּ אֵלָיו וְשַׂמְתָּ אֶת-הַדְּבָרִים בְּפִיו וְאָנֹכִי אֶהְיֶה עִם פִּיךָ וְעִם-פִּיהוּ וְהוֹרֵיתִי אֶתְכֶם אֵת אֲשֶׁר תַּעֲשׂוּן. טז וְדִבֶּר-הוּא לְךָ אֶל-הָעָם וְהָיָה הוּא יִהְיֶה-לְּךָ לְפֶה וְאַתָּה תִּהְיֶה-לּוֹ לֵאלֹהִים. (שמות ד: יד-טז). ש

14 Le courroux de l’Éternel s’alluma contre Moïse et il dit: « Eh bien! c’est Aaron ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c’est lui qui parlera! Déjà même il s’avance à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur. 15 Tu lui parleras et tu transmettras les paroles à sa bouche; pour moi, j’assisterai ta bouche et la sienne et je vous apprendrai ce que vous aurez à faire. 16 Lui, il parlera pour toi au peuple, de sorte qu’il sera pour toi un organe et que tu seras pour lui un inspirateur. (Exode 4: 14-16).

Seul celui qui a été élu pour aimer la paix et servir d’intermédiaire entre personnes ayant des différends mais qui a manqué le dessein de sanctifier publiquement le Nom de l’Eternel a le devoir d’entrer dans le DéViR[2], le lieu de la Parole pour y réparer non seulement sa propre faute mais aussi celle d’Israël dont il est le dépositaire, après avoir offert le sacrifice expiatoire (חַטָּאת), symbolisant le mal (חֵטְא) qui est en nous, qui nous entraîne à «commettre un péché (חֵטְא)», ou plus exactement à «manquer la cible (חָטָא)» pour le transformer en bien, et accéder ainsi, par la force de la Parole («Devir», «דְּבִיר», «le lieu de la Parole») qui rend pur («מְחַטֵּא») à la Teshouva («תְּשׁוּבָה», «retour sur soi»). Ainsi fit Aaron, ainsi le fit plus tard le grand penseur juif Rech Laqish[3], ancien gladiateur, métier méprisé dans le judaïsme. La Teshouva d’Israël n’est rendue possible que parce que celle du Grand-Prêtre l’est avant tout:

ב  שְׁמַע קוֹל תַּחֲנוּנַי בְּשַׁוְּעִי אֵלֶיךָ
בְּנָשְׂאִי יָדַי  אֶל-דְּבִיר קָדְשֶׁךָ. (תהלים כח: ב).ש

2 Ecoute ma voix suppliante quand je t’invoque, quand j’élève les mains vers ton sanctuaire [DéViR] de sainteté (Psaume 28: 2)

 

[1] Parashat Shémini, Lévitique 9: 1-11:47.

[2]  DéViR ou Saint des saints.

[3] Le rabbin Chimon Ben Laqich, également connu sous le nom de Rech Laqich, est un Amora (docteur du Talmud) galiléen du 3e siècle.

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Shémini, A plus grande faute, plus grande bénédiction!

  1. Christophe Godingen dit :

    Lumineux 🙂
    Mon 2nd prénom hébraïque est Aharon après Ya’acov.
    Godingen.

  2. MIMOUNI dit :

    Hazak. 8. Shabbat Shalom.

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