Parashat Tazria, le Cohen (prêtre) et le lépreux

Une petite fille dalit en Andhra Pradesh. (Wikipedia)

Une petite fille dalit en Andhra Pradesh. (Wikipedia)

La parasha Tazria[1] se caractérise par la mention répétée des notions de pureté-טַהְרָה  et d’impureté-  טֻמְאָה. Le cas du lépreux, entre autres, y occupe une place déterminante. La lèpre, considérée, au même titre que la mort, comme l’une des causes d’impureté extrême, entraîne la mise à l’écart de celui qui en est atteint. Le lépreux, alors mis au ban de la société, hors du camp, ne doit en aucune manière s’approcher des siens afin d’éviter de les contaminer. Seul le Cohen, habilité à déterminer la gravité de la lèpre, détient le pouvoir spirituel de purifier et de ramener le malade au sein du camp d’Israël.

ב זֹאת תִּהְיֶה תּוֹרַת הַמְּצֹרָע בְּיוֹם טָהֳרָתוֹ וְהוּבָא אֶל-הַכֹּהֵן. ג וְיָצָא הַכֹּהֵן אֶל-מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וְרָאָה הַכֹּהֵן וְהִנֵּה נִרְפָּא נֶגַע-הַצָּרַעַת מִן-הַצָּרוּעַ. (ויקרא יד: ב-ג).ש

2 « Voici quelle sera la règle imposée au lépreux lorsqu’il redeviendra pur: il sera présenté au pontife. 3 Le Cohen sortira hors du camp, et constatera que la plaie de lèpre a quitté le lépreux. (Lévitique 14: 2-3)

Le processus de la purification du lépreux entraîne une double dynamique. Le lépreux, interdit d’accès dans le camp d’Israël, est, dans un premier temps, amené au Cohen à l’extrémité de ce même camp.  Il doit donc, tout d’abord, manifester une volonté de Teshouva, de retour sur soi, pour accueillir le Cohen et rejoindre, en fin de processus, le camp. Puis dans un second temps, le Cohen, quittant le camp des Cohanim (כְּהֻנָּה מַחֲנֵה Mahane Kehouna) se rend en personne chez le lépreux.

Selon Rashi:

«אֶל-מִחוּץ לַמַּחֲנֶה, חוּץ לְשָׁלֹשׁ מַחֲנוֹת שֶׁנִּשְׁתַּלַּח שָׁם בִּימֵי חִלּוּטוֹ:»

«Vers l’en-dehors du camp: Hors des trois camps[2], là où il a été relégué pendant le temps où sa tsara‘ath (lèpre) était «décidée comme totale» (מֻחְלֶטֶת mou‘hlèteth).»

Que nous enseigne l’attitude du Cohen?

Le Cohen, quittant son propre camp, loin de rejeter l’autre en raison d’une probable faute ou de sa différence d’ordre social, ne craint point de se rapprocher du lépreux afin de le soutenir dans son processus de guérison et retour au sein du collectif, de la famille d’Israël et ce, sans même porter de jugement à son encontre! Le Cohen, brisant le cadre de sa propre tribu, s’extrait donc de la suprême sphère de sainteté dans laquelle il évolue naturellement dans le dessein de sauver son prochain. La Tora enseigne, par le biais de l’attitude du Cohen, à sortir de sa propre «tour d’ivoire».  Le Cohen n’est donc plus seulement celui qui pardonne les fautes d’Israël mais celui qui montre par son attitude exemplaire de proximité à autrui, que rien ne peut justifier la crainte de la différence chez notre prochain. Les Sages d’Israël distinguent l’attitude de Noa’H (Noé) face à celle d’AVRaHaM. En effet, alors que Noé s’enferme dans son arche, AVRaHaM, au contraire, s’ouvre à la différence d’autrui:

ה וַיּוֹצֵא אֹתוֹ הַחוּצָה וַיֹּאמֶר הַבֶּט-נָא הַשָּׁמַיְמָה וּסְפֹר הַכּוֹכָבִים אִם-תּוּכַל לִסְפֹּר אֹתָם וַיֹּאמֶר לוֹ כֹּה יִהְיֶה זַרְעֶךָ. (בראשית טו: ה).ש

5 Il [l’Eternel] le [ Avraham] fit sortir en plein air, et dit: « Regarde le ciel et compte les étoiles: peux-tu en supputer le nombre? Ainsi reprit-il, sera ta descendance. » (Genèse 15: 5).

L’Eternel enjoint Avraham à s’extraire de sa tente pour lui annoncer qu’il deviendra le père d’une grande descendance et lui enseigner que celle-ci, semblable aux étoiles, sera composite et riche en différences de tous ordres.  Le rayonnement des étoiles, de la descendance d’Avraham, trouve sa source dans la pleine et entière acceptation de la différence, de l’altérité de l’un à l’égard de l’autre.

Alors qu’Avraham dirige ses pas de l’intérieur vers l’extérieur, illuminant celui-ci de sa propre personnalité, Noa’H, quant à lui, se tourne de l’extérieur vers l’intérieur, sans pour autant avoir eu le choix du libre-arbitre. En effet, ce n’est qu’après cent vingt longues et vaines années de sortie vers ses compatriotes pour les mettre en garde contre le Déluge qui se prépare, que Noé, sur l’ordre de l’Eternel, entre dans l’arche:

א וַיֹּאמֶר יְהוָה לְנֹחַ בֹּא-אַתָּה וְכָל-בֵּיתְךָ אֶל-הַתֵּבָה  כִּי-אֹתְךָ רָאִיתִי צַדִּיק לְפָנַי בַּדּוֹר הַזֶּה. (בראשית ז: א).ש

1 L’Éternel dit à Noé: « Entre, toi et toute ta famille, dans l’arche; car c’est toi que j’ai reconnu honnête parmi cette génération. » (Genèse 7: 1).

Notons à ce propos que la seule ouverture de l’arche nommée TsoHaR- צֹהַר  (Genèse 6: 16) n’a d’autre but que de permettre à la lumière extérieure d’illuminer l’intériorité de l’arche et la transforme en microcosme de la Création entière.  Avraham, à peine circoncis, se tient à l’entrée de sa tente. Le terme hébreu «PeTa’H- פֶּתַח», «entrée»,  signifie également «ouverture»:

א וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל כְּחֹם הַיּוֹם. (בראשית יח: א).ש

1 Éternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, tandis qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. (Genèse 18: 1)

La racine du terme «ouverture P.T.H. / פ.ת.ח.» renvoie aux notions de prophétie…

כז וּבְדַבְּרִי אוֹתְךָ, אֶפְתַּח אֶת-פִּיךָ… (יחזקאל ג: כז).ש

27 Mais quand je te parlerai, j’ouvrirai ta bouche … (Ezéchiel 3: 27)

…de liberté…

טז  אָנָּה יְהוָה  כִּי-אֲנִי עַבְדֶּךָ
אֲנִי-עַבְדְּךָ בֶּן-אֲמָתֶךָ  פִּתַּחְתָּ לְמוֹסֵרָי.ש

16 Oh! grâce, Seigneur, car je suis ton serviteur, je suis ton serviteur, fils de ta servante: puisses-tu dénouer mes liens! (Ps. 116: 16)

… et aussi:

ד וְעַתָּה הִנֵּה פִתַּחְתִּיךָ הַיּוֹם מִן-הָאזִקִּים אֲשֶׁר עַל-יָדֶךָ…ש

4 Et maintenant, voici que Je [L’Eternel] te [Jérémie] délivre aujourd’hui des chaînes dont tes bras sont chargés… (Jérémie 40: 4)

… et de Justice sociale (Deutéronome 15: 8):

ח כִּי-פָתֹחַ תִּפְתַּח אֶת-יָדְךָ לוֹ וְהַעֲבֵט, תַּעֲבִיטֶנּוּ דֵּי מַחְסֹרוֹ אֲשֶׁר יֶחְסַר לוֹ. (דברים טו: יח).ש

8 Car tu lui ouvriras assurément ta main! Prête-lui en raison de ses besoins, de ce qui peut lui manquer! (Deutéronome 15: 8)

Cette notion d’ouverture à l’autre s’oppose à celle d’impureté  טֻמְאָה. La racine du terme  טֻמְאָה, T. M. A./ ט. מ. א. peut être mise en relation avec celle de l’imperméabilité  A. T. M./א. ט. מ. La bénédiction et la Vie émergent où l’homme s’ouvre à autrui. L’indifférence  à l’encontre d’autrui- la fermeture du cœur – entraîne désolation et mort.

En Inde, Bhimrao Ramji Ambedkar (1891-1956), juriste et homme politique, moins célèbre que le Mahatma Gandhi et que Nehru,  est le  principal initiateur de la Constitution indienne. Appartenant à la caste des «Intouchables» (Dalit) Ambedkar tente de briser leur statut. Le 26 janvier 1950, Ambedkar réussit à faire abolir l’intouchabilité en Inde. Né hindouiste, il décide, peu avant sa mort, à se convertir au Bouddhisme, prétendant que le statut d’intouchabilité est consubstantiel à l’Hindouisme.

La Tora, réfutant toute forme de discrimination, prône le rapprochement pacifique entre tous les hommes.  N’est-il point venu le temps de mettre un terme aux vieux préjugés et aux peurs imaginaires, source d’ostracisme?

Le Cohen, en traversant les trois camps, témoigne d’une grandeur et d’une noblesse d’esprit en attribuant au paria de la société tout le respect et l’attention dus à un être humain et en lui permettant ainsi de faire un pas de plus en vue de sa réintégration au sein de la société humaine. Comme AVRaHaM, source de bénédiction pour toutes les familles de la Terre, c’est l’ouverture du Cohen à l’Autre qui prodigue à sa bénédiction tant de force. Avant même de bénir l’ensemble du peuple d’Israël, tout Cohen prononce cette bénédiction s’achevant par l’amour qu’il porte sans aucune distinction à toutes et à tous:

ש« בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱלקֵינוּ מֶלֶךְ הָעולָם. אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בִּקְדֻשָּׁתו שֶׁל אַהֲרן וְצִוָּנוּ לְבָרֵךְ אֶת עַמּו יִשרָאֵל בְּאַהֲבָה. »ש

«Béni sois tu l’Eternel, Seigneur Roi du monde qui nous a sanctifiés par la sainteté d’Aharon et nous a ordonnes de bénir Son peuple Israël par Amour».

[1] Lévitique 12: 1-13: 59.

[2]  Trois camps: camp des Cohanim, camp des Lévi et camp d’Israël

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Tazria, le Cohen (prêtre) et le lépreux

  1. madge dorcelus dit :

    « La bénédiction et la Vie émergent où l’homme s’ouvre à autrui. L’indifférence à l’encontre d’autrui- la fermeture du cœur – entraîne désolation et mort.  » De même que Jésus nous demanda d’aller par tout le monde prêcher la bonne nouvelle : notre lumière doit luire partout !

  2. Diallo dit :

    Excellent cadeau et je vous en remercie. Merci beaucoup à l’éternel pour son soutien et son amour.

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