Parashat Quédoshim, quand le monde deviendra saint

L’Eternel requiert de toute la communauté d’Israël d’être sainte, «comme Lui est saint»!

א וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. ב דַּבֵּר אֶל-כָּל-עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם קְדֹשִׁים תִּהְיוּ כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם. (ויקרא יט: ב).ש

1 L’Éternel parla à Moïse en ces termes: 2 « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis-leur: Soyez saints! Car je suis saint, moi l’Éternel, votre Dieu. (Lévitique 19: 1-2).[1]

«Soyez saints!»

Nul homme ne naît saint. La sainteté est un devenir! Seuls l’effort et la volonté humaine permettent d’escalader la paroi abrupte de cette montagne et d’accéder au sommet (Psaume 15: 2).

Mais que revêt cette sainteté et à qui s’adresse-t-elle? Est-il vraiment possible d’atteindre le sommet de la perfection morale et spirituelle?

Le verset biblique enjoint à tout Israël d’emprunter cette voie de sainteté. Cette exigence intérieure de perfection à la fois religieuse et éthique ne s’impose point à l’individu ou à une élite spirituelle de prêtres comme cela était le cas en Egypte antique (Genèse 47: 22) mais aux fils d’Israël dans leur totalité. En effet, tout en conservant leur spécificité propre, ils constituent une entité dénommée «une communauté-témoin»:  עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל.

Il faut noter que seul  le nazir, l’abstème, cas exceptionnel d’abnégation personnelle et volontaire des plaisirs du monde matériel, est dénommé par la source biblique «saint»:

ה כָּל-יְמֵי נֶדֶר נִזְרוֹ תַּעַר לֹא-יַעֲבֹר עַל-רֹאשׁוֹ  עַד-מְלֹאת הַיָּמִם אֲשֶׁר-יַזִּיר לַיהוָה קָדֹשׁ יִהְיֶה גַּדֵּל פֶּרַע שְׂעַר רֹאשׁוֹ. (במדבר ו: ה).ש

5 Tout le temps stipulé pour son abstinence, le rasoir ne doit pas effleurer sa tête: jusqu’au terme des jours où il veut s’abstenir pour l’Éternel, il doit rester saint, laisser croître librement la chevelure de sa tête. (Nombres 6: 5).

La Tora se montre fort circonspecte à l’égard de cette notion de sainteté relative au nazir qui, choisissant délibérément de se retirer de ce monde, tente, après une quête intense et ardente, d’améliorer sa propre identité (et seulement sa propre identité). Ainsi, la source biblique prend bien soin de limiter le vœu de naziréat à un mois. Quant aux  deux figures bibliques de nazirs, Shimshon et Shémouel, vouées à demeurer abstèmes toute leur vie, elles sont considérées comme tout-à-fait exceptionnelles. Leur état de naziréat fut déterminé par leurs parents respectifs.

ו וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ  אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר תְּדַבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (שמות יט: ו).ש

6 mais vous, vous serez pour moi une dynastie de serviteurs et une nation sainte.’ Telles sont les paroles que tu tiendras aux enfants d’Israël. (Exode 19: 6).

La racine verbale relative à la sainteté ק.ד.שׁ. signifie «séparer de, distinguer». Israël est voué à être «mis à part» pour révéler son le rôle parmi les Nations. Ainsi Joseph trouve juste de conduire sa propre famille dans la province de Goshen afin de la préserver de toute influence polythéiste de l’Egypte pharaonique (Genèse 46: 31-34). Puis, l’Eternel, lors des dix fléaux d’Egypte, distingue les Hébreux du reste de l’Egypte (les animaux sauvages [Exode 8: 18-19]; la peste [Exode 9: 6-7]; la grêle [Exode 9: 26]; les ténèbres [Exode 10: 23]; et aussi, la mort des premiers-nés [Exode 12: 29].).

כו וִהְיִיתֶם לִי קְדֹשִׁים כִּי קָדוֹשׁ אֲנִי יְהוָה וָאַבְדִּל אֶתְכֶם מִן-הָעַמִּים לִהְיוֹת לִי. (ויקרא כ: כו).ש

26 Soyez saints pour moi, car je suis saint, moi l’Éternel, et je vous ai séparés d’entre les peuples pour que vous soyez à moi. (Lévitique 20: 26).

Cette distinction, loin de faire d’Israël un peuple supérieur, l’engage à accomplir pleinement sa vocation éthique, sociale et spirituelle face à la barbarie humaine et à l’hégémonie écrasante des grandes puissances. L’Eternel, lorsqu’Il juge que Son premier-né dévie de sa vocation, ne manque point de châtier son peuple plus durement encore que le reste des Nations:

ז הֲלוֹא כִבְנֵי כֻשִׁיִּים אַתֶּם לִי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם-יְהוָה הֲלוֹא אֶת-יִשְׂרָאֵל הֶעֱלֵיתִי מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּפְלִשְׁתִּיִּים מִכַּפְתּוֹר וַאֲרָם מִקִּיר. ח הִנֵּה עֵינֵי אֲדֹנָי יְהוִה בַּמַּמְלָכָה הַחַטָּאָה וְהִשְׁמַדְתִּי אֹתָהּ מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה אֶפֶס כִּי לֹא הַשְׁמֵיד אַשְׁמִיד אֶת-בֵּית יַעֲקֹב-נְאֻם-יְהוָה.ש

7 N’êtes-vous pas pour moi comme les fils de l’Ethiopie, ô enfants d’Israël? dit le Seigneur. N’ai-je pas fait émigrer Israël du pays d’Egypte comme les Philistins de Cafter et les Araméens de Kir? 8 Certes, les regards de l’Eternel du Seigneur sont fixés sur ce royaume coupable, je l’extermine de dessus la face de la terre. Toutefois je ne veux pas exterminer complètement la maison de Jacob, dit l’Eternel. (Amos 7: 8-9).

La sainteté décrite dans cette parasha englobe tous les domaines de la Vie, du domaine agricole au partage équitable des biens et des ressources terrestres (Lévitique 19: 9-10) sans omettre le respect d’autrui (Lévitique 19: 32-34), le refus absolu de faire appel aux forces occultes (Lévitique 19: 31), l’équité dans les poids et mesures (Lévitique 19: 35), le respect du Shabbat, septième jour consacré au repos de tous les hommes y compris des animaux domestiques. L’homme participe activement au Tikkoun HaOlam, à sa propre libération.

Pourquoi la Tora privilégie-t-elle tant la Sainteté dans sa dimension collective plutôt que dans sa dimension individuelle?

Plusieurs réponses à cette interrogation peuvent être proposées: tout d’abord, et en premier lieu, éviter de diviniser quiconque. La seule tentative de divinisation d’un homme, MoSheh (Exode 32: 1), a terriblement échoué, entraînant un éloignement drastique de l’Eternel de Son peuple, vers lequel il reviendra, à la demande expresse de MoSheh (Exode 34: 9-10).  La Tora s’efforce de repousser toute forme de sectarisme qui monopoliserait la Parole divine, rendant celle-ci, par voie de conséquence, dogmatique et totalitaire. De plus, comment croire qu’une simple créature humaine, quelles que puissent être, par ailleurs, ses qualités intrinsèques, atteigne le pic suprême de la Sainteté[2] et s’y maintenir sans cesse? La Sainteté relève de la  Transcendance et ne peut être que d’Essence divine. Les Sages enseignent que «l’Eternel est le Lieu du monde mais le monde n’est point le lieu de l’Eternel».  Le Divin ne s’identifie point à sa Création!

Il  semble toutefois que la principale raison réside dans l’idée selon laquelle chaque être créé à l’image du Divin contient à lui seul une parcelle du Tout cosmique. Israël, après les chutes successives de l’Humanité, considéré dans ses diverses composantes, constitue le laboratoire de la réconciliation où doivent se rassembler toutes ces parcelles d’Humanité perdues, conférant ainsi une dimension universelle à la nation hébreue:

ה וְעַתָּה, אִם-שָׁמוֹעַ תִּשְׁמְעוּ בְּקֹלִי, וּשְׁמַרְתֶּם, אֶת-בְּרִיתִי וִהְיִיתֶם לִי סְגֻלָּה מִכָּל-הָעַמִּים כִּי-לִי כָּל-הָאָרֶץ.ש

5 Désormais, si vous obéissez à ma voix, si vous gardez mon Alliance, vous serez mon trésor entre tous les peuples! Car toute la terre est à moi (Exode 19: 5).

L’entité Israël œuvre  pour le bien de l’Humanité. C’est parce que la vie de tous les êtres humains ainsi que leur dignité appartiennent à l’Eternel qu’Israël doit impérativement répondre à l’appel de sa vocation:

יח וַיהוָה הֶאֱמִירְךָ הַיּוֹם לִהְיוֹת לוֹ לְעַם סְגֻלָּה כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר-לָךְ וְלִשְׁמֹר כָּל-מִצְוֺתָיו. (דברים כו: יח).ש

18 et l’Éternel t’a glorifié à son tour en te conviant à être son peuple singulier, comme il te l’a annoncé, et à garder toutes ses ordonnances.. (Deutéronome 26: 18)

La mention de la racine verbale א.מ.ר.- A.M. R  («dire») à la forme factitive du Hif’hil qui n’est point sans rappeler le mot אָמִיר AMIR signifiant «sommet de l’arbre» (Isaïe 17: 6) ouvre une nouvelle interprétation de ce même verset:

יח וַיהוָה הֶאֱמִירְךָ הַיּוֹם לִהְיוֹת לוֹ לְעַם סְגֻלָּה כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר-לָךְ וְלִשְׁמֹר כָּל-מִצְוֺתָיו. (דברים כו: יח).

18 et l’Éternel a fait dire [par les nations] à propos de toi [Israël] aujourd’hui que tu es devenue pour Lui [l’Eternel] un peuple singulier, comme il te l’a annoncé, dans le dessein de garder toutes ses toutes  ses ordonnances. (Deutéronome 26: 18).

C’est ainsi que s’exprime la gloire d’Israël: Israël est «mis à part» par l’Eternel, mais il reçoit Sa bénédiction et sa gloire par les Nations. Et les Nations, en bénissant Israël, reçoivent leur bénédiction de l’Eternel.

[1] Parashat Quédoshim, Lévitique 19: 1- 20: 27

[2] Il ne faut point confondre la notion de צַדִּיק Tsadiq- juste à celle de קָדוֹשׁ Qadosh- saint.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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