Parashat BéMidbar, le Lévi et le jardin intérieur

Alors même que toutes les tribus d’Israël sont respectivement dénombrées, la Tribu des Lévi déroge à ce principe:

מח וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. מט אַךְ אֶת-מַטֵּה לֵוִי לֹא תִפְקֹד וְאֶת-רֹאשָׁם לֹא תִשָּׂא בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל.  (במדבר א: מח-מט; ראה גם במדבר ב: לג).ש

48 Et l’Éternel parla ainsi à Moïse: 49 « Pour ce qui est de la tribu de Lévi, tu ne la recenseras ni n’en feras le relevé en la comptant avec les autres enfants d’Israël. (Nombres 1: 48-49; cf. également 2: 33).[1]

Pourquoi les membres de la tribu des Lévi ne sont-ils point associés, sur le plan du dénombrement, au reste des tribus d’Israël? Quel peut être le sens de cette mise à part des Lévi ?

יב וַאֲנִי הִנֵּה לָקַחְתִּי אֶת-הַלְוִיִּם מִתּוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל תַּחַת כָּל-בְּכוֹר פֶּטֶר רֶחֶם מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְהָיוּ לִי הַלְוִיִּם. יג כִּי לִי כָּל-בְּכוֹר בְּיוֹם הַכֹּתִי כָל-בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם הִקְדַּשְׁתִּי לִי כָל-בְּכוֹר בְּיִשְׂרָאֵל מֵאָדָם עַד-בְּהֵמָה לִי יִהְיוּ אֲנִי יְהוָה. (במדבר ג: יב-יג).ש

12 « Moi-même, en effet, j’ai pris les Lévites entre les enfants d’Israël, en échange de tous les premiers-nés, prémices de la maternité, des enfants d’Israël; les Lévites sont donc à moi. 13 Car tout premier-né m’appartient: le jour où j’ai frappé tous les premiers-nés du pays d’Egypte, j’ai consacré à moi tout premier-né en Israël, depuis l’homme jusqu’au bétail, ils m’appartiennent, à moi l’Éternel. » (Nombres 3: 12-13).

Au-delà de la lourde responsabilité de porter et de garder les instruments du Temple qui échoit aux trois familles composant la tribu des Lévi -Guershon, QeHaT et Merari-, ceux-ci, rachetant les premiers-nés d’Israël après l’évènement dramatique de l’édification du veau d’or (Exode 32: 26), sont écartés du décompte de l’ensemble des tribus d’Israël. Les Sages d’Israël enseignent à ce propos:

«אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָּה, לֹא בַּדָּבָר הַשָּׁקוּל וְלֹא בַּדָּבָר הַמָּדוּד וְלֹא בַּדָּבָר הַמָנוּי, אֶלָּא בַּדָּבָר הַסמוי מִן הָעַין». (תלמוד בבלי, בבא מציעא מב, א).ש

«La bénédiction ne se trouve ni dans une chose pesée, ni mesurée, ni même dans une chose comptée mais dans une chose qui est cachée de l’œil». (Talmud de Babylone, Traité Baba Metsia  42: a).

Lors de l’épisode évoquant la pression mentale subie par la veuve de ShOuNeM, contrainte par le créancier de son époux défunt de combler sans délai les dettes de ce dernier, le prophète ELISha l’enjoint d’emprunter des cruches vides de tout contenu:

ג וַיֹּאמֶר לְכִי שַׁאֲלִי-לָךְ כֵּלִים מִן-הַחוּץ מֵאֵת כָּל-שכנכי (שְׁכֵנָיִךְ) כֵּלִים רֵקִים אַל-תַּמְעִיטִי. ד וּבָאת וְסָגַרְתְּ הַדֶּלֶת בַּעֲדֵךְ וּבְעַד-בָּנַיִךְ וְיָצַקְתְּ עַל כָּל-הַכֵּלִים הָאֵלֶּה וְהַמָּלֵא תַּסִּיעִי. (מלכים ב, ד: ג-ד).ש

3 Il reprit: « Va emprunter des cruches au dehors, chez tous tes voisins, des cruches vides, mais pas en petit nombre. 4 A ton retour, tu fermeras la porte sur toi et sur tes fils, tu rempliras toutes ces cruches, et à mesure qu’ils seront pleins; tu les mettras à part. » (II Rois 4: 3-4).

La source biblique fait mention de nombreuses cruches sans en préciser la quantité exacte. Puis le prophète ELISha (Élisée) requiert de la ShOuNaMiT de «fermer la porte». Cette fermeture de la chambre repose sur le principe selon lequel la bénédiction, pour être effective, se doit de demeurer «cachée de l’œil». Tout regard mal venu ou mal intentionné pourrait interférer dans le cours du don de la bénédiction. A ce propos, il est juste de rappeler que la chute d’ADaM et Eve, due au regard convoiteur qu’ils jetèrent sur le fruit de l’arbre de la Connaissance, conduit l’Eternel, après voir expulsé AdaM du jardin d’Eden, à protéger l’arbre de Vie par des chérubins (Genèse 3: 24).  Ainsi, tout dépend du regard porté sur ce qui nous entoure. Les arbres mis à la disponibilité de l’Homme pour sa nourriture sont «beaux à voir», d’un regard exempt de toute convoitise:

ט וַיַּצְמַח יְהוָה אֱלֹהִים מִן-הָאֲדָמָה כָּל-עֵץ נֶחְמָד לְמַרְאֶה וְטוֹב לְמַאֲכָל וְעֵץ הַחַיִּים בְּתוֹךְ הַגָּן וְעֵץ הַדַּעַת טוֹב וָרָע. (בראשית ב: ט)ש

9 L’Éternel-le Seigneur fit croître du sol toute espèce d’arbres, beaux à voir et propres à la nourriture; et l’arbre de vie au milieu du jardin, avec l’arbre de la science du bien et du mal. (Genèse 2: 9).

Or, la propension de l’Homme est de s’accaparer, voire même de dénaturer toute chose que son œil touche du regard. La discrétion et la réserve constituent le fondement même de la bénédiction et de la réussite. ELISha insiste, après que les cruches aient été remplies d’huile, symbole d’abondance, que celles-ci soient mises à part, autrement dit loin de tout regard étranger. A ce propos, la racine biblique ג.נ.ז.  / G. N. Z signifiant «enfouir, mettre de côté» renvoie aux trésors du roi (Esther 3: 9) ou du Temple (Ezra 5: 17). Esther, comme son nom l’indique, («je me cacherai») est celle qui, cachant son identité sur l’injonction de son oncle MoRDeKhaI (Esther 2: 20), permet de sauver son peuple. Quant au plus grand des Prophètes MoSheH (Moïse), issu de la tribu des Lévi, sa naissance est elle-même entourée d’un halo de mystère:

א וַיֵּלֶךְ אִישׁ מִבֵּית לֵוִי וַיִּקַּח אֶת-בַּת-לֵוִי. ב וַתַּהַר הָאִשָּׁה וַתֵּלֶד בֵּן וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי-טוֹב הוּא וַתִּצְפְּנֵהוּ שְׁלֹשָׁה יְרָחִים. (שמות ב: א-ב). ש

1 Or, il y avait un homme de la famille de Lévi, qui avait épousé une fille de Lévi. 2 Cette femme conçut et enfanta un fils. Elle considéra qu’il était beau et le tint caché pendant trois mois. (Exode 2: 1-2).

Le livre de SheMoT (Exode) s’ouvre sur un non-dit, un silence prometteur de bénédiction pour Israël et pour le monde. Aucun nom n’est explicitement mentionné, ni celui du père (AMRaM), ni celui de la mère (YoKheVeD) , ni même celui du fils (MoSheH).

La société dans laquelle nous évoluons tend à ne plus conserver le souvenir du secret, de l’intime intérieur. Les réseaux sociaux qui ne cessent d’encourager l’étalage de la vie privée ne menacent-ils point, par la même, de détruire ce qu’il y a de plus précieux pour chacun d’entre nous, le jardin intérieur où s’épanouit la grandeur de la dignité humaine? Tout peut-il être dit et mis à nu?  YoSsePh qui aura subi la haine et la jalousie de ses propres frères, répond à cette interrogation. Après leur avoir révélé ses rêves d’ascension sociale, YoSsePh décide de cacher son identité (Genèse  42: 7-8) avant de se faire pleinement reconnaître par eux.

ב  כְּבֹד אֱלֹהִים הַסְתֵּר דָּבָר  וּכְבֹד מְלָכִים חֲקֹר דָּבָר. (משלי כה: ב).ש

2 La gloire de l’Eternel, c’est de s’entourer de mystère; la gloire du roi est d’examiner les choses à fond. (Proverbes  25: 2)

 

[1] Parashat BéMidbar, Nombres 1: 1- 4: 20

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat BéMidbar, le Lévi et le jardin intérieur

  1. Romina druta dit :

    Merci de m’abonner à votre parashat.

  2. Yves Boutboul dit :

    tu rempliras toutes ces cruches, et à mesure qu’ils seront pleins; tu les mettras à part. » (II Rois 4: 3-4
    les cruches pleins !
    dans le texte de Sepharim ce sont des vases

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