Parashat Mattot, solidarité, éducation et paix

50 000 Manifestants soutiennent Israël devant la Maison Blanche le 8 juin 1967

Au seuil de la terre promise, les tribus de RéOuVeN et de GaD sont attirées par la richesse et l’abondance du pays de Galaad, au-delà du Jourdain :

א וּמִקְנֶה רַב הָיָה לִבְנֵי רְאוּבֵן וְלִבְנֵי-גָד עָצוּם מְאֹד וַיִּרְאוּ אֶת-אֶרֶץ יַעְזֵר וְאֶת-אֶרֶץ גִּלְעָד וְהִנֵּה הַמָּקוֹם מְקוֹם מִקְנֶה. (במדבר לב: א).ש

1 Or, les enfants de Ruben et ceux de Gad possédaient de nombreux troupeaux, très considérables. Lorsqu’ils virent le pays de Yazer et celui de Galaad, ils trouvèrent cette contrée avantageuse pour le bétail. (Nombres 32 : 1)[1].

Séduis par la richesse matérielle des pâturages situés au-delà du Jourdain, ils s’adressent à Moïse et lui demandent :

ה … אִם-מָצָאנוּ חֵן בְּעֵינֶיךָ יֻתַּן אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת לַעֲבָדֶיךָ לַאֲחֻזָּה  אַל-תַּעֲבִרֵנוּ אֶת-הַיַּרְדֵּן. (במדבר לב: ה).ש

5 « …Si nous avons trouvé faveur à tes yeux, que ce pays soit donné en propriété à tes serviteurs ; ne nous fais point passer le Jourdain. » (Nombres 32 : 5).

Or, le désir négatif de « ne point passer le Jourdain » peut traduire une peur irraisonnable de l’inconnu. C’est pourquoi Moïse, sans aucun compromis, répond de manière cinglante :

ו וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה לִבְנֵי-גָד וְלִבְנֵי רְאוּבֵן  הַאַחֵיכֶם יָבֹאוּ לַמִּלְחָמָה וְאַתֶּם תֵּשְׁבוּ פֹה. ז וְלָמָּה תנואון (תְנִיאוּן) אֶת-לֵב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵעֲבֹר אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-נָתַן לָהֶם יְהוָה. (במדבר לב: ו-ז).ש

6 Moïse répondit aux enfants de Gad et à ceux de Ruben : « Quoi ! Vos frères iraient au combat, et vous demeureriez ici !? 7 Pourquoi voulez-vous décourager les enfants d’Israël de marcher vers le pays que leur a donné l’Éternel ? (Nombres 32 : 6-7).

A partir de l’épisode tragique des dix explorateurs qui découragèrent l’ensemble d’Israël d’entrer en Erets Israël (Nombres 32 : 8-14), Moïse tente d’éviter qu’un schisme profond et irréparable ne se produise au sein d’Israël, entre « ceux qui vont passer le Jourdain et vivre en Erets Israël » et « la diaspora, ceux qui restent en arrière ». En effet, après la libération de l’esclavage d’Egypte, Moïse consacre sa vie à unir les diverses composantes d’Israël malgré les nombreuses oppositions auxquelles il devra faire face. Moïse comprend que la clé de la pérennité d’Israël réside essentiellement dans l’unité du peuple (Cf. Rashi sur Exode 19 : 2). En définitive, les fils de RéOuVeN et de GaD s’avèrent disposés à combattre auprès de leurs frères afin d’octroyer une légitimité à leur convoitise, désireux de s’installer hors des frontières d’Erets Israël et de s’y développer, sachant que le but de la sortie d’Egypte était précisément d’entrer en Erets Israël et non point d’acquérir la richesse :

טז … גִּדְרֹת צֹאן נִבְנֶה לְמִקְנֵנוּ פֹּה וְעָרִים לְטַפֵּנוּ. יז וַאֲנַחְנוּ נֵחָלֵץ חֻשִׁים לִפְנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד אֲשֶׁר אִם-הֲבִיאֹנֻם אֶל-מְקוֹמָם וְיָשַׁב טַפֵּנוּ בְּעָרֵי הַמִּבְצָר מִפְּנֵי יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ.  (במדבר לב: טז-יז).ש

16 Nous voulons construire ici des parcs à brebis pour notre bétail, et des villes pour nos familles. 17 Mais nous, nous irons en armes, résolument, à la tête des enfants d’Israël, jusqu’à ce que nous les ayons amenés à leur destination, tandis que nos familles demeureront dans les villes fortes, à cause des habitants du pays. (Nombres 32 : 16-17).

Effectivement, les fils de RéOuVeN et de GaD n’hésitent point à mettre en avant la richesse matérielle comme leur priorité essentielle au détriment de la construction de cités destinées à l’éducation des futures générations[2].

Moïse corrige leur propos en inversant l’ordre de priorité :

כד בְּנוּ-לָכֶם עָרִים לְטַפְּכֶם וּגְדֵרֹת לְצֹנַאֲכֶם וְהַיֹּצֵא מִפִּיכֶם תַּעֲשׂוּ. (במדבר לב: כד).ש

24 Construisez donc des villes pour vos familles et des parcs pour vos brebis, et soyez fidèles à votre parole. (Nombres 32 : 24).

Or, la source de la bénédiction matérielle réside dans les principes fondamentaux de solidarité et d’éducation, aussi bien que d’amour du Pays d’Israël.

Deux passages bibliques révèlent l’importance du principe éthique de Solidarité.

Dans le livre des Juges (Ch. 5), nous assistons à la vive réprimande de la juge et prophétesse DéVoRaH (Débora), à l’encontre des fils de la tribu de RéOuVeN qui, tels leurs ancêtres, préfèrent demeurer près de leurs troupeaux à écouter le bêlement des moutons, mais, cette fois-ci, refusent de se joindre à l’effort de guerre contre SiSRa,

טז לָמָּה יָשַׁבְתָּ בֵּין הַמִּשְׁפְּתַיִם לִשְׁמֹעַ שְׁרִקוֹת עֲדָרִים לִפְלַגּוֹת רְאוּבֵן גְּדוֹלִים חִקְרֵי לֵב.  (שופטים ה: טז).ש

16 Pourquoi es-tu resté entre les collines, écoutant le murmure des troupeaux ? C’est que, pour les groupes de Ruben, grave est la perplexité d’esprit. (Juges 5 : 16).

Le terme פְּלַגּוֹת a pour racine verbale פ.ל.ג/ P. L. G. signifiant « diviser ». La tribu de RéOuVeN est accusée par DéVoRaH de ne point être solidaire de son peuple. Par ailleurs, ce terme de פְּלַגּוֹת laisse supposer que ce qui empêche cette tribu d’être solidaire de tout Israël, c’est la division qui semble régner entre les différentes familles de la tribu.  Lors de la guerre de la Six Jours, en 1967, nombreux furent les Juifs de Diaspora, à rejoindre de leur propre initiative leur peuple en Israël afin de prendre une part active à la défense de l’Etat hebreu. Raymond Aron, philosophe juif assimilé, écrit, alors: « Si les grandes puissances laissent détruire le petit Etat d’Israël qui n’est pas le mien, ce crime modeste à l’échelle du monde m’enlèverait la force de vivre ».

Même Elisabeth de Fontenay, philosophe marxiste, s’exprime: « La guerre des Six Jours a tout changé, car la panique que j’ai ressentie devant la possibilité d’un nouvel anéantissement a été un moment fondateur. Avec la plupart des Juifs, y compris quelques militants antisionistes, je me suis découvert un attachement viscéral à l’existence d’Israël».

Le grand homme politique Pierre Mendès France déclare à propos de l’attitude antisioniste du Général de Gaulle couper à Israël l’envoi de pièces de rechange et de munitions n’est pas un acte de neutralité, mais une trahison et un coup de poignard  ».

Quant à LoT, le neveu d’AVRaHaM, lui aussi subjugué par les terres fécondes arrosées par les eaux du Jourdain (Genèse 13 : 10), introduit la division au sein même de sa propre famille :

ט הֲלֹא כָל-הָאָרֶץ לְפָנֶיךָ הִפָּרֶד נָא מֵעָלָי אִם-הַשְּׂמֹאל וְאֵימִנָה וְאִם-הַיָּמִין וְאַשְׂמְאִילָה. (בראשית יג: ט). ש

9 Toute la contrée n’est-elle pas devant toi ? De grâce, sépare-toi de moi : si tu vas à gauche, j’irai à droite ; si tu vas à droite, je prendrai la gauche. (Genèse 13 : 9).

La racine du verbe   הִפָּרֶד est /פ.ר.ד. P.R.D. signifiant « séparer, diviser ».

L’éducation, priorité d’Israël, doit mettre l’accent sur le principe de Solidarité, condition sine qua non du Shalom, de plénitude et d’unité entre les fils d’Israël.

  ש«כָּל יִשְׂרָאֵל, כּוּלָּן עֲרֵבִים זֶה בָּזֶה» (תלמוד בבלי מסכת סנהדרין כז: ב).ש

« Tous les fils d’Israël sont solidaires les uns des autres » (Talmud de Babylone, Traité Sanhédrin 27, b).

 

[1]  Parashat Mattot 30: 2- 32: 42

[2]  Cf. Rashi sur Nombres 32 : 16 : « Nous construirons ici des enclos pour nos troupeaux Ils avaient plus d’égards pour leur argent que pour leur progéniture, car ils ont parlé de leur bétail avant de parler de leurs enfants. ».

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Mattot, solidarité, éducation et paix

  1. cathou dit :

    Ton article met en avant un point essentiel, sur lequel je me penche depuis qq années.
    Certaines Tribus préfèrent la richesse, la propriété de la terre, l’attrait de la facilité matérielle à une vie plus soumise à Dieu et aux alléas.

    ça rappelle le passage d’évangile où Jésus chasse les marchands juifs du Temple (marchands d’animaux, marchands d’argent ou usuriers et joalliers ): « otez celà d’ici, c’est la maison de mon père, une maison de prières, n’en faîtes pas une maison de commerce, un repère de brigants ».
    Marchands qui vont exiger la mise à mort de Jésus.

    et ça rappelle curieusement aujourd’hui ou la construction européenne (UE) qui commence à la fin du 19 ème siècle n’est que le prémice d’un monde entièrement soumis au grand capital, esclave du matérialisme poussé à l’extrême, exigeant la suppression des religions, du respect de l’humain, la suppression des frontières, de la mémoire historique, des Nations, des identités…

    La lutte du matérialisme contre l’esprit du divin ne commence pas au XXème siècle.

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