Parashat Mass’ey, la longue marche vers la terre promise

Cette dernière parashah du Livre des Nombres[1] relate toutes les étapes des Hébreux durant lesquelles ils stationnèrent sur l’ordre de l’Eternel. Il semble que le texte, loin de s’attarder sur les étapes mêmes de leur périple, mette en avant le déplacement des fils d’Israël. Le verbe וַיִּסְעוּ, dont la racine – נ.ס.ע. N. S. ‘ signifie « se déplacer, marcher d’un lieu à un autre », est mentionné pas moins de 42 fois au chapitre 33, nombre correspondant au nombre exact de stations où la nuée divine reposait en imposant aux hébreux un arrêt total.

Cette parashah ne vient point seulement décrire l’errance des Hébreux dans les déserts du Sinaï, de Tsin et de Paran, témoignant de la marche inexorable vers la terre promise, mais plus particulièrement la réalisation des premiers mots de l’Eternel au Patriarche Avraham:

א וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָם לֶךְ-לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ. (בראשית יב: א).ש

1 L’Éternel avait dit à Abram: « Marche [loin] de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je te montrerai. (Genèse 12 : 1).

La marche des Hébreux s’inscrit dans le prolongement de celle du Patriarche Avraham qui, parti seul avec son épouse Sarah, atteint Canaan, la terre que l’Eternel réserve à ses descendants. Les nombreuses stations dans le désert ont pour dessein d’enseigner qu’il ne peut y avoir de progrès sans arrachement ni dépassement de soi.  D’ailleurs la racine – נ.ס.ע. N. S. ‘ signifie également « arracher ». Les fils d’Israël vivront leur libération d’Egypte, où ils furent des esclaves dépourvus de toute autonomie physique, mentale et spirituelle, avec beaucoup de difficultés. A l’homme de se dépouiller du superflu, de quitter sa zone de confort physique et mentale. Ces campements provisoires, tout au long des déserts du Sinaï, mais aussi de Tsin, de Paran, ont pour dessein de préparer spirituellement le peuple d’Israël à ne jamais rester sur place ni se figer, à être disposé à toujours se remettre en question et ne point réitérer, selon les Sages d’Israël, l’erreur de Ya’aKoV (Jacob). Par ailleurs, la racine du verbe « camper- ח.נ.י/ ‘H.N.I. » possède les mêmes lettres, mais en désordre, que le verbe « se reposer – נ.ו.ח. / N. O. ‘H.  C’est probablement la raison pour laquelle l’Eternel n’accorde au peuple d’Israël, avant son entrée en Erets Israël, qu’un repos transitoire et temporaire afin de lui apprendre que sa victoire sur les forces obscures ne peut être obtenue que dans l’insatisfaction intérieure d’un monde non encore guéri où le remède provient de la seule la volonté d’agir de l’homme.

Le Patriarche Ya’aKoV qui, lui aussi, ne cesse d’agir, se voit refuser catégoriquement le repos qu’il juge mérité après toutes ses tribulations :

א וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו בְּאֶרֶץ כְּנָעַן. (בראשית לז: א).ש

1 Et Jacob demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. (Genèse 37 : 1).

Rashi explique:

«וַיֵּשֶׁב בִּקֵּשׁ יַעֲקֹב לֵישֶׁב בְּשַׁלְוָה. קָפַץ עָלָיו רוּגְזוֹ שֶׁל יוֹסֵף. צַדִּיקִים מְבַקְּשִׁים לֵישֶׁב בְּשַׁלְוָה? אוֹמֵר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֹא דַּיָּן לַצַּדִּיקִים מַה שֶּׁמְּתוּקָן לָהֶם לָעוֹלָם הַבָּא, אֶלָּא שֶׁמְּבַקְּשִׁים לֵישֶׁב בְּשַׁלְוָה בָּעוֹלָם הַזֶּה! ».ש

« Ya‘aqov demeura/ s’installa » : Ya‘aqov aspirait à demeurer en paix, mais des tourments l’assaillirent venant de Yossef. Les justes rêvent de vivre dans la sérénité, mais le Saint béni soit-Il leur rétorque : « Pourquoi les justes ne se contentent-ils pas de ce qui leur est réservé dans le monde à venir, et veulent-ils aussi jouir de la paix dans ce monde-ci ? » (Genèse Raba 84: 3).

L’Eternel signifie à Ya’aKoV que l’accomplissement de sa pleine et entière vocation ne peut s’accorder avec sa quête de repos.  Israël, à l’instar de son ancêtre, aspire à la Paix, au repos, mais, peuple du renouvellement, confiant en l’Eternel, aborde sans crainte les lendemains incertains.

Comment alors expliquer que les fils d’Israël, marchant dans le désert (pas moins de trois verbes expriment le mouvement), doutent de trouver un point d’eau :

כב וַיַּסַּע מֹשֶׁה אֶת יִשְׂרָאֵל מִיַּם-סוּף וַיֵּצְאוּ אֶל-מִדְבַּר-שׁוּר וַיֵּלְכוּ שְׁלֹשֶׁת-יָמִים בַּמִּדְבָּר וְלֹא-מָצְאוּ מָיִם. (שמות טו: כב).ש

22 Et Moïse fit décamper Israël de la plage des joncs et ils débouchèrent dans le désert de Chour, où ils marchèrent trois jours sans trouver d’eau. (Exode 15 : 22).

La marche à laquelle il est fait allusion ici n’est pas seulement d’ordre géographique, mais spirituel :

ש«וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אִם יֹאמַר לָךְ אָדָם: ‘יָגַעְתִּי וְלֹא מָצָאתִי’ – אַל תַּאֲמֵן; ‘לֹא יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי’; אַל תַּאֲמֵן; ‘יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי’,  תַּאֲמֵן» (בבלי מגילה ו: ב).ש

« Rabbi Its’hak enseignait : si un homme te dit : » j’ai fait l’effort de chercher mais n’ai point trouvé »- ne le crois point. S’il te dit : « je n’ai pas fait d’effort et ai trouvé »- Ne le crois point ; « j’ai fait l’effort de chercher et ai trouvé, crois-le ! » (Traité Méguila 6, b).

En effet :

כט וּבִקַּשְׁתֶּם מִשָּׁם אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וּמָצָאתָ כִּי תִדְרְשֶׁנּוּ בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשֶׁךָ. (דברים ד: כט).ש

29 Et lorsque tu chercheras l’Éternel, ton Seigneur, et tu le retrouveras, si tu le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme. (Deutéronome 4 : 29).

Qui cherche la Bénédiction divine, doit méditer sur l’influence de son action :

ב  הוֹלֵךְ תָּמִים וּפֹעֵל צֶדֶק  וְדֹבֵר אֱמֶת בִּלְבָבוֹ… עֹשֵׂה-אֵלֶּה לֹא יִמּוֹט לְעוֹלָם. (פרק תהילים טו: ב-ה).ש

2 Celui qui marche intègre, pratique la justice et dit la vérité de tout son cœur ; … 5 Celui qui agit de la sorte ne chancellera jamais. (Psaume 15 : 2- 5).

[1] Nombres 33 : 1-36 : 13.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Mass’ey, la longue marche vers la terre promise

  1. Jessica Novak dit :

    que haschem nous aide afaire sa volonté

  2. Daniel Kania dit :

    ShalomA l’occasion, je reçois des vidéos sur les cours que vous donnez.je les trouve très bien faites, très instructives et elles éveillent mon esprit et je vous en remercie.Possible de me donner la marche à suivre pour retrouver et enregistrer tous ces cours qui sont sur le réseau.Merci par avanceDaniel

  3. Shalom Daniel, si vous mentionnez les webinaires d’eteacher, ils ne sont plus accessibles depuis longtemps sur le net. Vous pouvez cependant retrouver les tous premiers webinaires sur le net: https://www.youtube.com/playlist?list=PLxiK2TEXE3N2Zhn0hQaD06EGd1PPDnSAC
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    hebreubiblique
    Toda rabba! 🙂
    En toute amitie,
    Haim Ouizemann

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