Parashat VaEthannan, l’arme des larmes

Dès le début de cette parashah[1], nous assistons à l’un des instants les plus intimes et probablement à l’un des plus dramatiques qu’ait connu MoSheH. Implorant l’Eternel de tout son cœur et de toutes ses forces, Moïse, auquel l’Eternel refuse l’entrée en Erets Israël, ne désespère point de briser le décret divin afin de traverser le Jourdain et contempler au moins la terre promise aux Patriarches et aux ancêtres d’Israël :

כג וָאֶתְחַנַּן אֶל-יְהוָה בָּעֵת הַהִוא … כה אֶעְבְּרָה-נָּא וְאֶרְאֶה אֶת-הָאָרֶץ הַטּוֹבָה אֲשֶׁר בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן הָהָר הַטּוֹב הַזֶּה וְהַלְּבָנֹן. (דברים ג: כג-כה).ש

23 J’implorai l’Éternel à cette époque… 25 Je désire traverser, je Te prie, [le Jourdain] que je puisse contempler cette belle terre qui est au-delà du Jourdain, cette belle montagne, et le Liban ! » (Deutéronome 3 : 23-25).

L’Eternel n’exauce finalement que la dernière requête de Moïse relative à la contemplation d’Erets Israël :

כז עֲלֵה רֹאשׁ הַפִּסְגָּה וְשָׂא עֵינֶיךָ יָמָּה וְצָפֹנָה וְתֵימָנָה וּמִזְרָחָה וּרְאֵה בְעֵינֶיךָ  כִּי-לֹא תַעֲבֹר אֶת-הַיַּרְדֵּן הַזֶּה. (דברים ג: כז).ש

27 Monte au sommet, porte ta vue au couchant et au nord, au midi et à l’orient, et regarde de tes yeux ; car tu ne passeras point ce Jourdain. (Deutéronome 3 : 27).

Même si, comme l’explique Rashi sur Deutéronome 1 : 1, Moïse ne fait à aucun moment état du mérite de ses actions et du dévouement dont il fit montre à l’égard des Hébreux, comment expliquer que l’Eternel ait partiellement infléchi sa décision et permis à Moïse de contempler la terre promise ?

Deux hypothèses se fondant sur la source biblique peuvent être avancées :

Rappelons-nous que Moïse, devenu le Prophète des prophètes, naît sous le signe des larmes :

ו וַתִּפְתַּח וַתִּרְאֵהוּ אֶת-הַיֶּלֶד וְהִנֵּה-נַעַר בֹּכֶה וַתַּחְמֹל עָלָיו וַתֹּאמֶר מִיַּלְדֵי הָעִבְרִים זֶה. (שמות ב: ו).ש

6 Elle [Fille de Pharaon] l’ouvrit [le berceau], elle y vit l’enfant : c’était un garçon qui pleurait. Elle éprouva de la compassion pour lui et dit : « C’est un enfant des Hébreux. » (Exode 2 : 6).

Ces larmes ne sont point seulement celles des enfants d’Israël souffrant la misère, l’humiliation et l’esclavage auxquels ils furent soumis en Egypte, mais aussi celles de Moïse implorant déjà l’Eternel de délivrer son peuple malgré ses écarts. Le nouveau-né, Moïse, est voué au collectif. Son être constitue le reflet de l’ensemble du peuple. Moïse et Israël cohabitent en osmose. La fille de Pharaon l’affirme : « C’est quelque enfant des Hébreux. » (Exode 2 : 6).

La seconde raison probable expliquant que la prière de Moïse ait été en partie exaucée tient au fait que ce dernier ne manque jamais de glorifier le Nom divin :

כד אֲדֹנָי יְהוִה אַתָּה הַחִלּוֹתָ לְהַרְאוֹת אֶת-עַבְדְּךָ אֶת-גָּדְלְךָ וְאֶת-יָדְךָ הַחֲזָקָה אֲשֶׁר מִי-אֵל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה כְמַעֲשֶׂיךָ וְכִגְבוּרֹתֶךָ. (דברים ג: כד).ש

24 « Seigneur Éternel déjà tu as rendu ton serviteur témoin de ta grandeur et de la force de ton bras; et quelle est la puissance, dans le ciel ou sur la terre, qui pourrait imiter tes œuvres et tes merveilles? (Deutéronome 3 : 24).

Nous retrouvons ces deux notions de pleurs et de glorification chez HaNnaH, la future mère du juge-prophète ShéMOuEL (Samuel) :

י וְהִיא מָרַת נָפֶשׁ וַתִּתְפַּלֵּל עַל-יְהוָה וּבָכֹה תִבְכֶּה. (שמואל א, א: י).ש

10 L’âme remplie d’amertume, elle pria devant l’Eternel et ne cessait de pleurer. (I Samuel 1 : 10).

HaNnaH pleure-t-elle sa propre stérilité ? Si la douleur personnelle de HaNnaH ne peut être niée, il ressort toutefois que sa lamentation repose sur le fait qu’Israël soit abandonné sans pasteur, comme nous le confirme la suite du texte :

יא וַתִּדֹּר נֶדֶר וַתֹּאמַר יְהוָה צְבָאוֹת אִם-רָאֹה תִרְאֶה בָּעֳנִי אֲמָתֶךָ וּזְכַרְתַּנִי וְלֹא-תִשְׁכַּח אֶת-אֲמָתֶךָ וְנָתַתָּה לַאֲמָתְךָ זֶרַע אֲנָשִׁים וּנְתַתִּיו לַיהוָה כָּל-יְמֵי חַיָּיו וּמוֹרָה לֹא-יַעֲלֶה עַל-רֹאשׁוֹ. (שמואל א, א: יא).ש

11 Puis elle prononça ce vœu: « Eternel-Tsevaot! Si tu daignes considérer l’affliction de ta servante, te souvenir d’elle et ne point l’oublier; si tu donnes à ta servante un enfant mâle, je le vouerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne touchera point sa tête. » (I Samuel 1 : 11).

ShéMOuEL, consacré totalement à l’Eternel, est celui qui oindra les deux premiers rois d’Israël, SHaOuL (Saül) et DaVID. Tous deux glorifieront le Nom de l’Eternel.

Les larmes provenant d’un cœur brisé exprimant la volonté sincère de glorification du Nom divin sont à même de reconstruire les murailles de Jérusalem et d’abreuver les sillons asséchés d’un monde menacé par la famine spirituelle:

יט  זִבְחֵי אֱלֹהִים  רוּחַ נִשְׁבָּרָה
לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה  אֱלֹהִים לֹא תִבְזֶה. כ  הֵיטִיבָה בִרְצוֹנְךָ אֶת-צִיּוֹן תִּבְנֶה חוֹמוֹת יְרוּשָׁלִָם. כ  הֵיטִיבָה בִרְצוֹנְךָ אֶת-צִיּוֹן תִּבְנֶה חוֹמוֹת יְרוּשָׁלִָם. (תהלים נא: יט-כ).ש

19 les sacrifices [agréables] au Seigneur, c’est un esprit contrit ; un cœur brisé et abattu, ô Seigneur, tu ne le dédaignes point. 20 Ah ! dans ta bienveillance, daigne restaurer Sion, rebâtir les murailles de Jérusalem. (Psaume 51 : 19-20).

[1] Deutéronome 3 : 23 – 7 : 11.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat VaEthannan, l’arme des larmes

  1. Jessica Novak dit :

    merci

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