Parashat Ekev, le pain de la vie

L’un des thèmes principaux sur lequel notre péricope[1] ne cesse de revenir est celui du pain, dans son sens premier de « nourriture pour laquelle il faut lutter », la racine du mot « pain » (לֶחֶם) étant la même que celle de « מִלְחָמָ֖ה » (« guerre, lutte ») :

ג וַיְעַנְּךָ וַיַּרְעִבֶךָ וַיַּאֲכִלְךָ אֶת-הַמָּן אֲשֶׁר לֹא-יָדַעְתָּ וְלֹא יָדְעוּן אֲבֹתֶיךָ  לְמַעַן הוֹדִיעֲךָ כִּי לֹא עַל-הַלֶּחֶם לְבַדּוֹ יִחְיֶה הָאָדָם כִּי עַל-כָּל-מוֹצָא פִי-יְהוָה יִחְיֶה הָאָדָם. (דברים ח: ג). ט אֶרֶץ אֲשֶׁר לֹא בְמִסְכֵּנֻת תֹּאכַל-בָּהּ לֶחֶם לֹא-תֶחְסַר כֹּל בָּהּ. (דברים ח: ט).ש

3 Oui, il t’a fait souffrir et endurer la faim, puis il t’a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères ; pour te prouver que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais qu’il peut vivre de tout ce que produit le verbe du Seigneur. (Deutéronome 8 : 3). 9 un pays où tu ne mangeras pas de pain dans la misère, où tu ne manqueras de rien… (Deutéronome 8 : 9).

Qui mieux que le grand écrivain Victor Hugo sut décrire le triste sort de celui qui volait un pain, alors condamné au bagne et marqué du sceau de la honte ? Il avait vu de ses propres yeux un tel incident et cette injustice l’avait marqué à vie. Pierre Maurin, le voleur de pain condamné à cinq ans de bagne sera réincarné dans le jeune Jean Valjean :

« Jean Valjean fut déclaré coupable. Les termes du code étaient formels. Il y a dans notre civilisation des heures redoutables ; ce sont les moments où la pénalité prononce un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société s’éloigne et consomme l’irréparable abandon d’un être pensant ! Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galères ». (Les Misérables, Victor Hugo).

Le pain (« nourriture ») incarne l’effort de l’homme :

יט בְּזֵעַת אַפֶּיךָ תֹּאכַל לֶחֶם עַד שׁוּבְךָ אֶל-הָאֲדָמָה כִּי מִמֶּנָּה לֻקָּחְתָּ כִּי-עָפָר אַתָּה וְאֶל-עָפָר תָּשׁוּב. (בראשית ג: יט).ש

19 C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, – jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été tiré : car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras ! » (Genèse 3 : 19)[2].

Le pain reflète également le niveau économique d’un pays.

יב וַיְכַלְכֵּל יוֹסֵף אֶת-אָבִיו וְאֶת-אֶחָיו וְאֵת כָּל-בֵּית אָבִיו לֶחֶם לְפִי הַטָּף. (בראשית מז: יב).ש

12 Joseph nourrit son père, ses frères et toute la maison de son père, donnant des vivres selon les besoins de chaque famille. (Genèse 47 : 12).

De nombreuses civilisations se sont effondrées faute de pain. En Ukraine des millions d’hommes, de femmes et d’enfants meurent, entre 1932 et 1933, par la famine imposée par Staline («Holodomor», « extermination par la faim »).  Nabuchodonosor avait déjà usé de la même méthode afin de faire tomber Jérusalem (Jérémie 52 : 6). Aujourd’hui le Vénézuela, riche pourtant en ressources pétrolières, souffre d’une terrible pénurie de pain et autres denrées essentielles.

A l’opposé, Israël jouit d’une abondance qui peut s’expliquer par deux raisons principales, l’une d’ordre éthique et l’autre d’ordre religieuse.

Sur le plan éthique, la richesse d’Israël s’exprimant par la production de pain, synonyme de « nourriture » (Genèse 31 : 54), est la résultante du respect des valeurs sociales et humaines conformément à la Parole divine :

ז הֲלוֹא פָרֹס לָרָעֵב לַחְמֶךָ וַעֲנִיִּים מְרוּדִים תָּבִיא בָיִת  כִּי-תִרְאֶה עָרֹם וְכִסִּיתוֹ וּמִבְּשָׂרְךָ לֹא תִתְעַלָּם. (ישעיהו נח: ז).ש

7 puis encore, de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile ; quand tu vois un homme nu, de le couvrir, de ne jamais te dérober à ceux qui sont comme ta propre chair ! (Isaïe 58 : 7).

Israël, contrairement à Edom qui refuse catégoriquement de partager son pain avec le peuple de l’Eternel lors de la traversée du désert (Nombres 20 : 14-21), se montre toujours disposé à marcher sur les pas du Patriarche Avraham et à partager son pain avec l’étranger :

ה וְאֶקְחָה פַת-לֶחֶם וְסַעֲדוּ לִבְּכֶם אַחַר תַּעֲבֹרוּ כִּי-עַל-כֵּן עֲבַרְתֶּם עַל-עַבְדְּכֶם וַיֹּאמְרוּ כֵּן תַּעֲשֶׂה כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ. ו וַיְמַהֵר אַבְרָהָם הָאֹהֱלָה אֶל-שָׂרָה וַיֹּאמֶר מַהֲרִי שְׁלֹשׁ סְאִים קֶמַח סֹלֶת לוּשִׁי וַעֲשִׂי עֻגוֹת. (בראשית יח: ה-ו). ש

5 Et je vais apporter une tranche de pain, vous réparerez vos forces, puis vous poursuivrez votre chemin, puisque aussi bien vous avez passé près de votre serviteur. » Ils répondirent : « Fais ainsi que tu as dit ». 6 Abraham rentra en hâte dans sa tente, vers Sara et dit : « Vite, prends trois mesures de farine de pur froment, pétris-la et fais-en des gâteaux. » (Genèse 18 : 5-6).

Sur le plan religieux, Israël pratique la mitsvah du prélèvement de la pâte (Halah, חַלָּה) comme témoignage de sa pleine et entière gratitude à l’égard de l’Eternel, La Source de toute bénédiction dans l’univers :

יט וְהָיָה בַּאֲכָלְכֶם מִלֶּחֶם הָאָרֶץ תָּרִימוּ תְרוּמָה לַיהוָה. כ רֵאשִׁית עֲרִסֹתֵכֶם חַלָּה תָּרִימוּ תְרוּמָה כִּתְרוּמַת גֹּרֶן כֵּן תָּרִימוּ אֹתָהּ. כא מֵרֵאשִׁית עֲרִסֹתֵיכֶם תִּתְּנוּ לַיהוָה תְּרוּמָה לְדֹרֹתֵיכֶם. (במדבר טו: יט-כא).ש

19 lorsque vous mangerez du pain de la contrée, vous en prélèverez un tribut au Seigneur. 20 Comme prémices de votre pâte, vous prélèverez un gâteau en tribut ; à l’instar du tribut de la grange, ainsi vous le prélèverez. 21 Des prémices de votre pâte vous ferez hommage à l’Éternel dans vos générations futures. (Nombres 15: 19-21).

Puis à la fin de chaque repas, l’Hébreu remercie l’Eternel de l’avoir mené dans ce « אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ pays où coulent le lait et le miel » (Deutéronome 26 : 9), pays où il peut trouver sa subsistance en abondance :

י וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ עַל-הָאָרֶץ הַטֹּבָה אֲשֶׁר נָתַן-לָךְ. (דברים ח: י).ש

10 Tu jouiras de ces biens, tu t’en rassasieras. Rends grâce alors à l’Éternel, ton Dieu, du bon pays qu’il t’aura donné ! (Deutéronome 8 : 10).

Ainsi L’Eternel octroie-t-il, même en temps de sècheresse et de misère, le pain quotidien à son peuple fidèle à l’Alliance :

כ וְנָתַן לָכֶם אֲדֹנָי לֶחֶם צָר וּמַיִם לָחַץ וְלֹא-יִכָּנֵף עוֹד מוֹרֶיךָ וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת-מוֹרֶיךָ. (ישעיהו ל: כ).ש

20 Le Seigneur vous accordera du pain dans la détresse et de l’eau dans la pénurie ; ton guide ne se dérobera plus à ton regard, tes yeux pourront voir ton guide. (Isaïe 30 : 20).

L’Eternel n’oublie aucune de ses créatures :

כה  נֹתֵן לֶחֶם, לְכָל-בָּשָׂר כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ. (תהלים קלו: כה).ש

25 Il donne du pain à toute créature, car sa grâce est éternelle. (Psaume 136 : 25).

Aux hommes d’apprendre à partager !

ו הֲלוֹא זֶה צוֹם אֶבְחָרֵהוּ פַּתֵּחַ חַרְצֻבּוֹת רֶשַׁע הַתֵּר אֲגֻדּוֹת מוֹטָה וְשַׁלַּח רְצוּצִים חָפְשִׁים וְכָל-מוֹטָה תְּנַתֵּקוּ. ז הֲלוֹא פָרֹס לָרָעֵב לַחְמֶךָ וַעֲנִיִּים מְרוּדִים תָּבִיא בָיִת  כִּי-תִרְאֶה עָרֹם וְכִסִּיתוֹ וּמִבְּשָׂרְךָ לֹא תִתְעַלָּם. ח אָז יִבָּקַע כַּשַּׁחַר אוֹרֶךָ וַאֲרֻכָתְךָ מְהֵרָה תִצְמָח וְהָלַךְ לְפָנֶיךָ צִדְקֶךָ כְּבוֹד יְהוָה יַאַסְפֶךָ. (ישעיהו נח: ו-ח).ש

6 Mais voici le jeûne que j’aime : c’est de rompre les chaînes de l’injustice, de dénouer les liens de tous les jougs, de renvoyer libres ceux qu’on opprime, de briser enfin toute servitude ; 7 puis encore, de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile ; quand tu vois un homme nu, de le couvrir, de ne jamais te dérober à ceux qui sont comme ta propre chair ! 8 C’est alors que ta lumière poindra comme l’aube, que ta guérison sera prompte à éclore ; ta vertu marchera devant toi, et derrière toi la majesté de l’Eternel fermera la marche. (Isaïe 58 : 6-8).

[1] Deutéronome 7 : 12-11 : 25.

[2] Cf. Proverbes 29 : 19.

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

 

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Ekev, le pain de la vie

  1. michelefalmagne dit :

    shalom, Haiim,todah rabbah. Ai transféré l’article (parasha)  vers Vision Jericho et le ferai chaque semaine si tu es d’accord.Vais également transférer les 2 mails que tu nous a transmis sur le Tanakh et sur ton parcours, lundi l’un et mardi l’autre et ferai suivre chaque nouveau mail que tu nous transmettras.Me remets à l’hébreu en autodidacte pour l’heure pour mieux me préparer à faire le saut le plus rapidement possible vers tes cours.shabbat shalom, à toi et tous les tiens avec toutes Ses benedictions.Fraternellement.Michèle

    Envoyé depuis Yahoo Mail pour Android

  2. M. OUAGOU dit :

    Bonjour monsieur Haim Ouizmane, mon nom est MOUSSA OUAGOU , j’habite la ville de Moundou au sud de la republique du Tchad.Je tiens a vous remercier sincerement pour vos blogs car ca me permet de me perfectionner en Hebreu et d’approfondir ma foii

    Le ven. 23 août 2019 à 09:43, L’hébreu biblique – Le blog de Haïm Ouizemann

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