Parashat Shophétim, sauver la Planète

Au moment même où les grandes forêts de l’Amazonie brûlent par le fait de l’homme dans le dessein fou de transformer celles-ci en terres agricoles, le peuple d’Israël apprend et enseigne que le principe fondamental du respect de l’arbre constitue, même en temps de guerre, une priorité d’ordre moral :

יט כִּי-תָצוּר אֶל-עִיר יָמִים רַבִּים לְהִלָּחֵם עָלֶיהָ לְתָפְשָׂהּ לֹא-תַשְׁחִית אֶת-עֵצָהּ לִנְדֹּחַ עָלָיו גַּרְזֶן כִּי מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת  כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה לָבֹא מִפָּנֶיךָ בַּמָּצוֹר. (דברים כ: יט). 19 Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville que tu attaques pour t’en rendre maître, tu ne dois cependant pas en détruire les arbres en portant sur eux la hache car ce sont eux qui te nourrissent, tu ne dois pas les abattre. Car l’arbre du champ c’est l’homme même, tu l’épargneras dans les travaux du siège. (Deutéronome 20 : 19).

Pourquoi la Tora ordonne-t-elle que les arbres fruitiers soient protégés, fût-ce en temps de grave crise et de guerre meurtrière ?

יט כִּי-תָצוּר אֶל-עִיר יָמִים רַבִּים לְהִלָּחֵם עָלֶיהָ לְתָפְשָׂהּ לֹא-תַשְׁחִית אֶת-עֵצָהּ לִנְדֹּחַ עָלָיו גַּרְזֶן כִּי מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה לָבֹא מִפָּנֶיךָ בַּמָּצוֹר. (דברים כ: יט).   19 Si tu es arrêté longtemps au siège d’une ville que tu attaques pour t’en rendre maître, tu ne dois cependant pas en détruire les arbres en portant sur eux la cognée : ce sont eux qui te nourrissent, tu ne dois pas les abattre. Oui, l’arbre du champ c’est l’homme même, tu l’épargneras dans les travaux du siège. (Deutéronome 20 : 19).

Deux raisons essentielles mentionnées dans le texte biblique répondent à cette interrogation. L’arbre constitue, d’une part, une source riche de bénédiction nécessaire à l’économie du pays et d’autre part, comme l’évoque le texte même, il est identifié à l’homme. Pour être plus précis, l’homme est identifié à l’arbre.

Quel peut être le sens de ce passage ?

A la dimension économique relative à la gestion des terres et à la consommation humaine s’ajoute la dimension morale expliquant l’interdit formel de couper un arbre quels que puissent être les motifs avancés. Couper un arbre fruitier signifie retirer toute vie à l’Homme. En effet, ce dernier, à l’image de l’arbre, possède des racines – son passé, son identité, sa mémoire- aspire sans cesse à croître vers la lumière, comme en témoigne sa volonté d’amélioration permanente et, qui plus est, en développant des fleurs et des fruits, exprime son intention de partage avec autrui. 

Comment l’homme, אָדָם ADaM, né de l’humus primordial, אֲדָמָה ADaMaH auquel il doit son origine, sa vie et son existence, peut-il s’arroger le droit de détruire l’arbre, lui-même émergeant de la même source ? 

ז וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם עָפָר מִן-הָאֲדָמָה… (בראשית ב: ז).

  7 L’Éternel-le Seigneur façonna l’homme, – poussière détachée du sol… (Genèse 2 : 7).

L’on peut rajouter une troisième raison aux deux premières déjà évoquées. L’apparition de l’arbre dans le texte biblique est généralement signe d’espoir pour le genre humain. Le paradis terrestre n’est autre qu’un jardin d’où sera expulsé ADaM après avoir enfreint l’interdit divin de ne point consommer le fruit de l’arbre de la Connaissance du bien et du mal.

ח וַיִּטַּע יְהוָה אֱלֹהִים גַּן-בְּעֵדֶן מִקֶּדֶם וַיָּשֶׂם שָׁם אֶת-הָאָדָם אֲשֶׁר יָצָר. ט וַיַּצְמַח יְהוָה אֱלֹהִים מִן-הָאֲדָמָה כָּל-עֵץ נֶחְמָד לְמַרְאֶה וְטוֹב לְמַאֲכָל וְעֵץ הַחַיִּים בְּתוֹךְ הַגָּן וְעֵץ הַדַּעַת טוֹב וָרָע. (בראשית ב: ח). 8 L’Éternel- le Seigneur planta un jardin en Éden, vers l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait façonné.
9 L’Éternel- le Seigneur fit surgir du sol toute espèce d’arbres, beaux à voir et propres à la nourriture ; et l’arbre de vie au milieu du jardin, avec l’arbre de la Connaissance du bien et du mal. (Genèse 2 : 8).

Puis après le déluge, Noa’H plante une vigne qui, elle aussi exploitée à mauvais escient, conduira le juste à sa perte. Notons que la feuille d’olivier rapportée par la colombe en son bec symbolise, au-delà de la tragédie des eaux purificatrices, un double espoir : celui d’un monde qui, même anéanti et laissé pour infirme, conserve une infime part de Vie indestructible annonçant l’avènement d’un nouveau monde. Le monde serait détruit qu’il y resterait toujours un arbre !   

A Noa’H succède AVRaHaM qui, appelé à devenir le futur Patriarche d’Israël et le père de toutes les Familles de la Terre, plante un arbre אֶשֶׁל EShEL (« Tamaris »). Cet arbre témoigne, à lui seul, de la généreuse hospitalité d’AVRaHaM :

לג וַיִּטַּע אֶשֶׁל בִּבְאֵר שָׁבַע וַיִּקְרָא-שָׁם בְּשֵׁם יְהוָה אֵל עוֹלָם. (בראשית כא: לג) 33 Abraham planta un tamaris à Beer Shava et y proclama le Seigneur, Seigneur éternel. (Genèse 21 : 33).

Rashi enseigne :

«אֵשֶׁל. רַב וּשְׁמוּאֵל חַד אָמַר פַּרְדֵס לְהָבִיא מִמֶּנּוּ פֵּרוֹת לָאוֹרְחִים בַּסְּעוּדָה. וְחַד אָמַר פּוּנְדָק לַאֲכְסְנָיא וּבוֹ כָּל מִינֵי פֵּרוֹת ».

« Un tamaris (éshel) : Rav et Shemouel sont en désaccord (Sota 10a, Beréchith raba 54, 6). L’un enseigne que éshel était un verger producteur de fruits qu’il servait à ses hôtes pendant le repas, l’autre que c’était une auberge pour accueillir les passants, dans laquelle on trouvait toutes sortes de fruits. ».

L’arbre, si l’on s’en tient au commentaire de Rashi, loin de n’être qu’un verger regorgeant de fruits, symbolise le partage et la justice sociale.

כ צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף לְמַעַן תִּחְיֶה וְיָרַשְׁתָּ אֶת-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ.  (דברים טז: כ). 20 C’est la justice, la justice seule que tu poursuivras, si tu veux te maintenir en possession du pays que l’Éternel, ton Seigneur, te donne. (Deutéronome 16 : 20).

N’oublions jamais que couper, brûler et détruire un arbre signifie porter atteinte à l’intégrité de l’Homme. C’est la raison pour laquelle le premier précepte que l’Eternel ordonne aux Hébreux est de planter des arbres:

כג וְכִי-תָבֹאוּ אֶל-הָאָרֶץ וּנְטַעְתֶּם כָּל-עֵץ מַאֲכָל… (ויקרא יט: כג). ש 23 Et quand vous serez entrés dans la Terre promise, alors vous planterez tout arbre fruitier… (Lévitique 19 : 23).
יא כִּי כָאָרֶץ תּוֹצִיא צִמְחָהּ וּכְגַנָּה זֵרוּעֶיהָ תַצְמִיחַ כֵּן אֲדֹנָי יְהוִה יַצְמִיחַ צְדָקָה וּתְהִלָּה נֶגֶד כָּל-הַגּוֹיִם. (ישעיהו סא: יא). 11 Car de même que le sol développe ses plantes, de même qu’un jardin fait germer les graines qui lui sont confiées, ainsi le Seigneur, l’Eternel, fera éclore le salut et la gloire à la vue de toutes les nations. (Isaïe 61 : 11).

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Shophétim, sauver la Planète

  1. Cathou dit :

    En Guyane, une partie de la forêt amazonienne, où le Président français vient de donner l’autorisation d’exploiter massivement les matières premières à 2 multinationales, qui vont déboiser, brûler, piller ce sol sans se préoccuper des populations locales….et encore moins de l’avenir.
    Un G7 qui valide ces destructions violentes et intensives…….l ‘Amazonie, l’Afrique qui brule encore plus dans un silence assourdissant.

    Peuples du monde…..il est grand temps de reprendre en main le pouvoir et le contrôle de nos vies, de notre avenir. C’est ensemble que nous devons refuser, lutter, nous battre.
    Le divin de toutes les religions nous montre le chemin et nous donne la force d’agir.
    Nous pouvons lutter, nous devons le faire…..pour nous, nos enfants, le futur.

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