Parashat Ki Tétsé, la dignité animale

A la mémoire des deux Justes des nations Dr. Jan et son épouse Antonina Zabinski qui, au péril de leur vie, sauvèrent près de trois cent juifs au zoo de Varsovie qu’ils dirigèrent au moment où sévissait la barbarie nazie.  

Lors de notre étude sur la parasha précédente- parashat Shophétim, nous avions mis l’accent sur le respect du monde végétal et plus particulièrement de l’arbre en montrant l’étroit rapport entre celui-ci et l’homme. La parasha Ki Tétsé, quant à elle, revient à maintes reprises sur les devoirs incombant à l’Homme de respect et de dignité à l’égard du monde animal.


L’ancien Grand-Rabbin d’Angleterre, Jonathan Sachs, fait remarquer que l’animal, à l’exemple de l’Homme, doit pouvoir jouir, sans entrave aucune, du grain foulé (Animal Welfare (Ki Teitse 5779)) :

ד לֹא-תַחְסֹם שׁוֹר בְּדִישׁוֹ. (דברים כה: ד). 4 Ne muselle point le bœuf pendant qu’il foule le grain. (Deutéronome 25 : 4).[1]

Le droit de l’animal à consommer le grain est identique à celui de l’ouvrier agricole qui, rendu aux champs pour y travailler, peut jouir jusqu’à satiété des raisins et des blés s’y trouvant :

כה כִּי תָבֹא בְּכֶרֶם רֵעֶךָ וְאָכַלְתָּ עֲנָבִים כְּנַפְשְׁךָ שָׂבְעֶךָ וְאֶל-כֶּלְיְךָ לֹא תִתֵּן. כו כִּי תָבֹא בְּקָמַת רֵעֶךָ וְקָטַפְתָּ מְלִילֹת בְּיָדֶךָ וְחֶרְמֵשׁ לֹא תָנִיף עַל קָמַת רֵעֶךָ. (דברים כג: כה-כו). 25 Quand tu entreras dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger des raisins à ton appétit, jusqu’à t’en rassasier ; mais tu n’en mettras point dans ton panier. 26 Quand tu entreras dans les blés de ton prochain, tu pourras, avec la main, arracher des épis ; mais tu ne porteras point la faucille sur les blés de ton prochain. (Deutéronome 23 : 25-26).

Le digne sentiment de compassion que la Tora s’attache à développer envers l’animal n’est possible que s’il se fonde sur le principe fondamental selon lequel l’Homme n’est en rien supérieur à la créature animale mais son égal :

יח אָמַרְתִּי אֲנִי בְּלִבִּי עַל-דִּבְרַת בְּנֵי הָאָדָם לְבָרָם הָאֱלֹהִים וְלִרְאוֹת שְׁהֶם-בְּהֵמָה הֵמָּה לָהֶם. יט כִּי מִקְרֶה בְנֵי-הָאָדָם וּמִקְרֶה הַבְּהֵמָה וּמִקְרֶה אֶחָד לָהֶם כְּמוֹת זֶה כֵּן מוֹת זֶה וְרוּחַ אֶחָד לַכֹּל וּמוֹתַר הָאָדָם מִן הַבְּהֵמָה אָיִן כִּי הַכֹּל הָבֶל. (קהלת ג: יח-יט). 18 Ensuite j’ai réfléchi à cette prétention des hommes d’être l’objet des préférences du Seigneur, et j’ai vu que, considérés en eux-mêmes, ils sont comme les animaux. 19 Car telle la destinée des fils d’Adam, telle la destinée des animaux ; leur condition est la même, la mort des uns est comme la mort des autres; un même souffle les anime: la supériorité de l’homme sur l’animal est nulle, car tout est vanité. (Ecclésiaste 3 : 18-19).

Cette compassion et ce principe d’égalité appliqués à l’animal n’a d’autre dessein que de conduire l’Homme à aimer son propre frère. En effet, dans les trois versets où la Tora ordonne de ne point « rester indifférent », de la racine verbale : ע.ל.מ.  au Hitpaël (forme réflexive), à l’égard de l’animal, il est également question de « ton frère » :

א לֹא-תִרְאֶה אֶת-שׁוֹר אָחִיךָ אוֹ אֶת-שֵׂיוֹ נִדָּחִים וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם הָשֵׁב תְּשִׁיבֵם לְאָחִיךָ. (דברים כב: א). 1 « Tu ne dois pas voir le bœuf ou la brebis de ton frère égarés et te dérober à eux : tu es tenu de les ramener à ton frère. (Deutéronome 22 : 1).
ג וְכֵן תַּעֲשֶׂה לַחֲמֹרוֹ וְכֵן תַּעֲשֶׂה לְשִׂמְלָתוֹ וְכֵן תַּעֲשֶׂה לְכָל-אֲבֵדַת אָחִיךָ אֲשֶׁר-תֹּאבַד מִמֶּנּוּ וּמְצָאתָהּ  לֹא תוּכַל לְהִתְעַלֵּםד לֹא-תִרְאֶה אֶת-חֲמוֹר אָחִיךָ אוֹ שׁוֹרוֹ נֹפְלִים בַּדֶּרֶךְ וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם הָקֵם תָּקִים עִמּוֹ.  (דברים כב: ג-ד). 3 Et tu agiras de même à l’égard de son âne, de même encore à l’égard de son manteau, de même enfin à l’égard de toute chose perdue par ton frère et que tu aurais trouvée : tu n’as pas le droit de t’abstenir. 4 Tu ne dois pas voir l’âne ou le bœuf de ton frère s’abattre sur la voie publique et te dérober à eux : tu es tenu de les relever avec lui. Deutéronome 22 : 3-4).

Une société qui ne prendrait point soin de ses animaux et ne les respecterait point finirait par oublier ses hommes, ses femmes et ses enfants.

י  יוֹדֵעַ צַדִּיק נֶפֶשׁ בְּהֶמְתּוֹ  וְרַחֲמֵי רְשָׁעִים אַכְזָרִי. (משלי יב: י). 10 Le juste a le souci du bien-être de ses bêtes ; mais les entrailles des méchants ne connaissent pas la pitié. (Proverbes 12 : 10).

Le juste n’est point seulement celui qui s’inquiète du respect des droits d’autrui mais aussi de ceux des animaux. L’animal a droit au respect et notre devoir consiste à préserver sa pleine et entière intégrité. Noa’H (Noé), le premier homme à être appelé « juste » (Genèse 7 : 15) demeure à tout jamais celui qui sauva le monde animal de la destruction. Qui peut donc s’arroger le droit de blesser cruellement toute créature animale, elle aussi douée de vie, de conscience et de sensibilité ? Le texte biblique est à ce propos explicite. L’animal est appelé נֶפֶשׁ חַיָּה/ NeFeSh HaYiaH- « âme vivante » (Genèse 2 : 19). L’Homme également:

ז וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם עָפָר מִן-הָאֲדָמָה וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה. (בראשית ב: ז). 7 L’Éternel-le Seigneur façonna l’homme, – poussière détachée du sol, – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. (Genèse 2 : 7).
ט כִּי-מֵי נֹחַ זֹאת לִי אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי מֵעֲבֹר מֵי-נֹחַ עוֹד עַל-הָאָרֶץ כֵּן נִשְׁבַּעְתִּי מִקְּצֹף עָלַיִךְ וּמִגְּעָר-בָּךְ. י כִּי הֶהָרִים יָמוּשׁוּ וְהַגְּבָעוֹת תְּמוּטֶינָה וְחַסְדִּי מֵאִתֵּךְ לֹא-יָמוּשׁ וּבְרִית שְׁלוֹמִי לֹא תָמוּט אָמַר מְרַחֲמֵךְ יְהוָה. (ישעיהו נד: ט-י). 9 Certes, je ferai en cela comme pour les eaux de Noé : de même que j’ai juré que le déluge de Noé ne désolerait plus la terre, ainsi je jure de ne plus m’irriter ni diriger des menaces contre toi. 10 Que les montagnes chancellent, que les collines s’ébranlent, ma tendresse pour toi ne chancellera pas, ni mon alliance de paix ne sera ébranlée, dit Celui qui t’aime, l’Eternel ! (Isaïe 54 : 9-10).

[1] Parashat Kitétsé Deutéronome 21: 10- 25 19

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Ki Tétsé, la dignité animale

  1. DE POTTER dit :

    Toda rabba Haïm !

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