Parashat Béréshit, Méditation sur la Création

Nous méditerons, dans le cadre de cette parasha[1], sur la racine ב.ר.א. -B. R. A. signifiant « créer » et ne se rapportant qu’à l’Eternel.

א בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ.ש

1 Au commencement, le Seigneur créa le ciel et la terre. (Genèse 1 : 1).

Force est de constater que la majorité des traductions du TaNaKh débute ainsi : « Au commencement Dieu créa ». Cette traduction, généralement adoptée par les plus grands traducteurs, doit-elle être considérée comme correcte, si l’on s’en tient à la construction grammaticale ? Elle eût été certes correcte si le livre de la Genèse s’était ouvert en hébreu par le terme BaRéShIT. Or le terme original RéShIT, si l’on se veut conforme à l’art de la grammaire, ne peut être traduit que par « A un commencement » – un commencement dont l’origine indéfinie échapperait totalement à l’entendement humain- ou bien « Au Commencement de … (mot manquant) » – Au commencement d’un monde suscitant une interrogation ouverte sur l’infini de l’œuvre de la Création. Nous devons laisser un espace vide, un temps de pause entre « Au Commencement de … » et « …créa le Seigneur les cieux et la terre » afin de témoigner notre humble ignorance face à tant de grandeur et de mystère.  La Tora n’étant point une cosmologie ne prétend en aucune manière révéler les secrets de la matière composant notre merveilleuse Création. Toutefois, immédiatement après ce Commencement, apparaît le verbe BaRa’ signifiant « créer », que tous les grands commentateurs s’accordent à interpréter comme « tirer du néant, créer de rien ». L’on pourrait même traduire : « A un commencement, inventa le Seigneur les cieux et la terre ».  Selon la philosophie grecque antique, plus particulièrement celle d’Aristote, l’éternité du monde doit être comprise comme un principe théologique fondamental. Ainsi, le grand philosophe Démocrite enseignera que « Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n’y retourne. » Le texte biblique n’est point une théologie, un discours visant principalement à démontrer l’existence du Divin mais une téléologie, autrement dit un narratif fondé sur une Intention qui insufflerait un sens, une direction à la Création. Ainsi Rabbi David ben Yossef Kim’hi (RaDaK, 1160- 1235), grammairien de très haute stature et auteur du « Livre des Racines » (« Sefer HaShorashim »), enseigne que la racine hébraïque B. R. A./ ב.ר.א. , généralement connue en son premier sens de « créer » comporte, toutefois de nombreuses autres significations à même de révéler en partie la profonde Intention divine, Source de l’ordre cosmique et du mouvement de progression vers un monde qui, sans cesse mû par un mouvement d’ascendance, n’a de cesse de s’améliorer. Chaque jour[2]  porte l’empreinte et le sceau du bien : « כִּי-טוֹב – Ki tov, car cela était bon. ». Tel est le dessein de la Création. La racine verbale B. R. A./ ב.ר.א. comporte, selon Rabbi David Kim’hi, également quatre autres significations: « renouveler,  choisir, couper, retrancher et être gras ».

יט בּוֹרֵא נוב (נִיב) שְׂפָתָיִם שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב אָמַר יְהוָה וּרְפָאתִיו. (ישעיהו נז: יט).ש

19 Celui qui renouvelle [la parole], fruit des lèvres: « Paix, paix, dit-il, pour qui s’est éloigné comme pour le plus proche! Je le guérirai, » ainsi parle l’Eternel. (Isaïe 57 : 19).

Cette notion de renouveau est si fondamentale que le prophète Isaïe en fait mention à plusieurs reprises (Isaïe 40 : 28 et 42 : 5).

ה כֹּה-אָמַר הָאֵל יְהוָה בּוֹרֵא הַשָּׁמַיִם וְנוֹטֵיהֶם רֹקַע הָאָרֶץ וְצֶאֱצָאֶיהָ נֹתֵן נְשָׁמָה לָעָם עָלֶיהָ וְרוּחַ לַהֹלְכִים בָּהּ. (ישעיהו מב: ה).ש

5 Ainsi parle le Tout-Puissant, l’Eternel qui crée les cieux et les déploie, qui étale la terre avec ses enfants, qui donne la vie aux hommes qui l’habitent et le souffle à ceux qui la foulent. (Isaïe 42 : 5).

Le Psaume 51 relate la requête de pardon et de retour de David vers l’Eternel, à la suite de sa faute commise à l’encontre de BaT-ShéVa :

יב  לֵב טָהוֹר בְּרָא-לִי אֱלֹהִים וְרוּחַ נָכוֹן חַדֵּשׁ בְּקִרְבִּי.ש

12 Seigneur, crée en moi un cœur pur, et fais renaître dans mon sein un esprit droit. (Psaume 51 : 12).

David ne sépare aucunement les deux notions verbales de création et de renouvellement. Créer, c’est renouveler !

Cette même racine peut avoir le sens absolument contraire de « détruire, couper » :

יח כִּי הַר יִהְיֶה-לָּךְ כִּי-יַעַר הוּא וּבֵרֵאתוֹ וְהָיָה לְךָ תֹּצְאֹתָיו כִּי-תוֹרִישׁ אֶת-הַכְּנַעֲנִי כִּי רֶכֶב בַּרְזֶל לוֹ כִּי חָזָק הוּא. ש

18 La montagne doit être à vous! Ce n’est que bois, mais vous la déboiserez, et vous en posséderez jusqu’aux points extrêmes; car vous en chasserez le Cananéen, malgré ses chariots de fer, malgré sa puissance! » (Josué 17: 18).

L’on pourrait traduire : « Vous lui rendrez sa santé ». En effet, cette racine B. R. A./ ב.ר.א. a également le sens de « être en bonne santé ».

C’est peut-être la raison pour laquelle l’on peut traduire aussi : « Devenir gras, être bien-portant ou s’engraisser » [A la forme du Hif’hil) :

ב וְהִנֵּה מִן-הַיְאֹר עֹלֹת שֶׁבַע פָּרוֹת, יְפוֹת מַרְאֶה וּבְרִיאֹת בָּשָׂר וַתִּרְעֶינָה בָּאָחוּ. ה וַיִּישָׁן וַיַּחֲלֹם שֵׁנִית וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים עֹלוֹת בְּקָנֶה אֶחָד בְּרִיאוֹת וְטֹבוֹת. (בראשית מא: ב; ה).ש

2 Et voici que du fleuve sortaient sept vaches belles et grasses, qui se mirent à paître dans l’herbage… 5 Il se rendormit et eut un nouveau songe. Voici que sept épis, pleins et gras, s’élevaient sur une seule tige (Genèse 41: 2 ; 5).

Ces vaches grasses בְּרִיאֹת et ces épis de blés בְּרִיאוֹת apparus dans le rêve de Pharaon symbolisent la richesse, le renouvellement lié probablement à la future réforme agraire qui, initiée et conduite par YoSsePh, ouvrira la bénédiction divine, l’ascension matérielle et économique à l’Egypte antique.

Cette racine, B. R. A./ ב.ר.א. , peut se comprendre également dans le sens de : « Choisir, ouvrir la voie, indiquer » :

כד וְאַתָּה בֶן-אָדָם שִׂים-לְךָ שְׁנַיִם דְּרָכִים, לָבוֹא חֶרֶב מֶלֶךְ-בָּבֶל מֵאֶרֶץ אֶחָד, יֵצְאוּ שְׁנֵיהֶם; וְיָד בָּרֵא, בְּרֹאשׁ דֶּרֶךְ-עִיר בָּרֵא. (יחזקאל כא: כד).ש

24 « O toi, fils de l’homme [Ezechiel], fais-toi deux chemins par où vienne l’épée du roi de Babylone ; ils doivent partir tous deux d’un même pays ; et grave une main indicatrice, grave-la au point de départ du chemin de la ville. (Ezéchiel 21 : 24).

A propos de Goliath aspirant à détruire le peuple d’Israël, ce dernier, dans son orgueil incommensurable, demande que soit désigné celui qui osera se mesurer à sa personne :

ח וַיַּעֲמֹד וַיִּקְרָא אֶל-מַעַרְכֹת יִשְׂרָאֵל, וַיֹּאמֶר לָהֶם לָמָּה תֵצְאוּ לַעֲרֹךְ מִלְחָמָה  הֲלוֹא אָנֹכִי הַפְּלִשְׁתִּי וְאַתֶּם עֲבָדִים לְשָׁאוּל בְּרוּ-לָכֶם אִישׁ וְיֵרֵד אֵלָי.ש

8 S’avançant donc, il cria ces paroles aux lignes d’Israël: « Pourquoi vous disposer à livrer bataille? Ne suis-je pas, moi, le Philistin, et vous les sujets de Saül? Désignez l’un d’entre vous pour qu’il s’avance vers moi. (I Sam. 17: 8)

Le verbe בְּרוּ, ici à l’impératif du pluriel, a pour racine verbale les trois radicales suivantes : B. R. H/  ב.ר.ה. , également rapproché du verbe B. R. A./ ב.ר.א.

Si l’esprit humain éprouve la plus grande difficulté à connaître et appréhender l’instantanéité des préludes de la Création – les scientifiques s’efforcent et s’attachent depuis la nuit des temps à percer et pénétrer l’insondable Enigme de l’Unité cosmique- l’on remarque, cependant, que la racine B. R. A./ ב.ר.א. renferme en son sein, semblable à un germe,  le programme et l’Intention de cette même Création : la naissance, le développement, le renouvellement et le maintien de la fragile Création susceptible à tout moment de retourner au chaos primordial. C’est en cela que la vision hébraïque s’oppose à la thèse aristotélicienne de l’éternité du monde.

En effet, une nouvelle traduction libre, certes, semble possible :

« En un germe minuscule créa le Seigneur les cieux et la terre » qui, respectivement, se déploieront et produira ses fruits. Nous conservons ainsi l’esprit de deux notions complémentaires.  Le temps de germination reste étroitement lié à l’Unité primordiale.

כו שְׂאוּ-מָרוֹם עֵינֵיכֶם וּרְאוּ

מִי-בָרָא אֵלֶּה הַמּוֹצִיא בְמִסְפָּר צְבָאָם לְכֻלָּם בְּשֵׁם יִקְרָא מֵרֹב אוֹנִים וְאַמִּיץ כֹּחַ אִישׁ לֹא נֶעְדָּר.  (ישעיה מ: כו).ש

26 Levez les regards vers les cieux et voyez ! Qui les a créés ? Qui fait défiler leur armée en bon ordre ? Tous, il les appelle par leur nom, et telle est sa puissance et son autorité souveraine que pas un ne fait défaut. (Isaïe 40 : 26).

Au cœur même de cette question rhétorique « Qui les a créés ? », la réponse se trouve au cœur même de l’interrogation. Ainsi, en réunissant le pronom démonstratif pluriel אֵלֶּה au terme מִי  et en en inversant les consonnes ים, le Nom du Seigneur apparaît אֱלֹהִים. Autrement dit l’appréhension de l’univers peut être rendue possible par la contemplation de sa beauté ineffable. C’est le Patriarche Avraham qui le premier réussit par la contemplation des phénomènes de la Nature à découvrir et à révéler l’Unité divine à l’ensemble du genre humain. Les Sages du Midrash inversent les lettres du verbe « créer », בְּהִבָּרְאָם afin de composer le nom du Patriarche בְּאַבְרָהָם :

ד אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ בְּהִבָּרְאָם בְּיוֹם עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים אֶרֶץ וְשָׁמָיִם. ש

4 Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Éternel-Dieu fit une terre et un ciel.(Gen. 2: 4)

[1]  Genèse 1 : 1-6 : 8.

[2] Abstraction faîte du deuxième jour et du jour de la création de ADaM, le sixième jour.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Béréshit, Méditation sur la Création

  1. Daniel Rajaonarison dit :

    Toda raba
    Shabbat shalom

  2. Lefebvre dit :

    Metzouian !!!!
    Ce que vous avez écrit en ce début d’année suit le mouvement de recommencement , de renouvellement avec « l’embryon  » des mots.
    Toda raba Haim
    Véronique

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