Parashat VaYéra, Méditation sur l’épreuve

 

Dans le cadre de notre parashah, nous méditerons à partir de la racine verbale (נ.ס.ה. (י /N. S. H (Y), traduite par « mettre à l’épreuve, éprouver ».[1]

א וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וְהָאֱלֹהִים נִסָּה אֶת-אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי. (בראשית כב: א).ש

1 Et il advint, après ces faits, que le Seigneur éprouva Abraham. Il lui dit : « Abraham ! » Il répondit : « Me voici. » (Genèse 22 : 1).

La Parashah VaYera s’achève par l’un des passages les plus insaisissables, à savoir l’épreuve du « sacrifice » d’Its’hak. Cette épreuve, considérée comme la dixième et ultime épreuve touchant le Patriarche Avraham, est dénommée « la ligature d’Its’hak, עֲקֵדַת יִצְחָק Akédat Itshak ».

Quel sens pouvons-nous donner à l’épreuve ? Quel est le but de l’épreuve? Pourquoi l’Eternel éprouve-t-il Ses créatures créées à Son image ? En quoi la notion de Compassion s’accorde-t-elle à celle de l’épreuve et de souffrance?

Les figures bibliques se caractérisent par les épreuves auxquelles elles sont soumises. Certaines ne supportent point l’épreuve : Adam et Hava qui enfreignent l’ordre formel de ne  point consommer du fruit de l’arbre du bien et du mal, Caïn qui, face à son frère Abel [HeVel] et malgré l’avertissement de l’Eternel, échouera à dominer sa pulsion et tuera son frère, et bien d’autres encore comme le roi David succombant à la beauté de Bat Shéva et le roi Saül [Shaoul] qui sera déchu de la royauté pour avoir enfreint l’ordre du prophète Samuel (Shmouel) en épargnant le roi amalécite Agag.

Contrairement aux personnages cités, deux figures emblématiques surmontent avec courage et détermination les dures épreuves qui leur sont imposées : Joseph et Job. Le premier, humilié et haï par certains de ses propres frères, réussit à surmonter toutes les épreuves et accède à la haute fonction de vice-Pharaon devenant de fait l’homme le plus puissant de la région. Quant au second, il finit par jouir d’un redoublement de bienfaits de l’Eternel après avoir démontré sa fidélité à l’Eternel, même dans l’adversité (Job 42 : 10). En quoi ces épreuves ajoutent-elles à leur progression? Joseph, à l’origine imbu de sa personne, convaincu d’une réussite exceptionnelle, révélée par ses rêves d’astres et d’étoiles (Genèse 37 : 9) et d’épis de blé (Genèse 37 : 7) révèle sa vraie nature d’homme responsable et sa fidélité à l’Eternel à toute épreuve, aussi bien au fin fond de la prison égyptienne qu’en tant qu’esclave de son maître Potiphar.  Job, quant à lui, comprend finalement que son intégrité morale et que le culte qu’il rendait à l’Eternel étaient loin d’être satisfaisants avant son épreuve. Alors que Job ne priait que pour ses proches et pour les membres de sa propre famille (Job 1 : 5), il comprend qu’il lui incombait également d’intercéder pour l’ensemble du monde ! (Job 42 : 8). L’épreuve a donc pour but de combler un vide, de réparer une imperfection morale. Le juste, par sa souffrance, est conduit à s’améliorer et par là-même à élever le monde avec lui. L’épreuve constitue en fait une aide au dépassement de soi-même. Elihou, l’un des compagnons de Job, loin de comprendre cette notion de dépassement et de soutien divin, considère, au contraire, l’épreuve comme un châtiment due à une faute passée et cachée :

י  לָכֵן אַנְשֵׁי לֵבָב שִׁמְעוּ-לִי
חָלִלָה לָאֵל מֵרֶשַׁע  וְשַׁדַּי מֵעָוֶל. יא  כִּי פֹעַל אָדָם יְשַׁלֶּם-לוֹ  וּכְאֹרַח אִישׁ יַמְצִאֶנּוּ. (איוב לד: י-יא).ש

10 C’est pourquoi, gens d’intelligence, écoutez-moi : loin du Seigneur l’iniquité et du Tout-Puissant l’injustice ! 11 Car il paie chacun selon ses œuvres et lui assigne le sort mérité par sa conduite (Job 34 : 10-11).

Et d’ajouter :

לה  אִיּוֹב לֹא-בְדַעַת יְדַבֵּר  וּדְבָרָיו לֹא בְהַשְׂכֵּיל. לו  אָבִי יִבָּחֵן אִיּוֹב עַד-נֶצַח עַל-תְּשֻׁבֹת בְּאַנְשֵׁי-אָוֶן. (איוב לד: לה-לו).ש

35 « Job ne discourt pas en connaissance de cause, ses paroles ne sont pas raisonnables. 36 Mon souhait serait que Job fût éprouvé encore longtemps, à cause de ses réponses dignes d’hommes iniques ; (Job 34 : 35-36).

Les Hébreux eux-mêmes subissent la difficile épreuve de l’esclavage en Egypte sans qu’aucune faute ne puisse leur être reprochée. C’est justement cette épreuve qui fera d’eux un peuple fort et uni:

כ וְאֶתְכֶם לָקַח יְהוָה וַיּוֹצִא אֶתְכֶם מִכּוּר הַבַּרְזֶל מִמִּצְרָיִם, לִהְיוֹת לוֹ לְעַם נַחֲלָה כַּיּוֹם הַזֶּה. (דברים ד: כ).ש

20 Mais vous, l’Éternel vous a adoptés, il vous a arrachés de ce creuset de fer, l’Egypte, pour que vous fussiez un peuple lui appartenant, comme vous l’êtes aujourd’hui. (Deutéronome 4 : 20).

L’épreuve salutaire et rédemptrice n’est point nécessairement la conséquence directe d’une profanation du Nom divin, bien au contraire ! L’épreuve a pour dessein d’élever le nom de l’éprouvé et de grandir le Nom divin. A ce propos, le commentateur Iben Ezra adopte l’idée selon laquelle la racine verbale נ.ס.ה. /N. S. H.   signifiant « éprouver » serait interchangeable avec la racine נ.ש.א./ N. S. A signifiant « élever, lever, porter » (Genèse 22 : 1)[2]. L’Eternel, donc, en soumettant l’épreuve du « sacrifice d’Isaac » au Patriarche Avraham ne cherche qu’à grandir le nom de celui qui, appelé à devenir une bénédiction pour l’ensemble du genre humain, révèlera le respect et l’honneur d’autrui :

יח וְהִתְבָּרְכוּ בְזַרְעֲךָ כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ עֵקֶב אֲשֶׁר שָׁמַעְתָּ בְּקֹלִי. (בראשית כב: יח).ש

18 Et toutes les nations de la terre seront bénies heureuses par ta postérité, en récompense de ce que tu as obéi à ma voix. » (Genèse 22 : 18).

Le commentateur Naftali Zvi Yéhouda Berlin (HaEmek Davar 1816-1893) fait remarquer la ressemblance existant entre la racine נ.ס.ה. /N.S.H. et le substantif hébreu נֵס signifiant « bannière, drapeau ; miracle » :   

ו  נָתַתָּה לִּירֵאֶיךָ נֵּס לְהִתְנוֹסֵס  מִפְּנֵי קֹשֶׁט סֶלָה.ש

6 puisses-tu donner à tes adorateurs une bannière, pour s’y rallier au nom de la vérité. Sélah ! (Psaume 60 : 6).

L’épreuve élève l’Homme à plus de noblesse et de connaissance de soi.

L’épreuve doit être comprise aussi comme un profond examen de conscience conduisant l’éprouvé à un travail intérieur de purification intense:

י  כִּי-בְחַנְתָּנוּ אֱלֹהִים צְרַפְתָּנוּ כִּצְרָף כָּסֶף. (פרק תהילים סו: י).ש

10 Car tu nous as éprouvés, ô notre Seigneur, jetés au creuset comme on fait de l’argent. (Psaume 66 : 10).

L’Eternel examine la capacité de Sa créature à développer ses forces cachées par le don du libre-arbitre. L’homme répondra-t-il ou non à l’invitation divine de choisir la voie du bien par sa maîtrise de soi, de ses sens et de ses viles passions?

Joseph résiste aux avances de l’épouse de Potiphar et surmonte avec grandeur et brio l’épreuve de la tentation envoyée par l’Eternel (Genèse 39 : 7-13).

ה  יְהוָה צַדִּיק יִבְחָן  וְרָשָׁע וְאֹהֵב חָמָס שָׂנְאָה נַפְשׁוֹ. (פרק תהלים יא: ה).ש

5 L’Eternel éprouve le juste, mais le méchant et le partisan de la violence, il les hait de toute son âme (Psaume 11 : 5).

ש«אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן הַיּוֹצֵר הַזֶּה אֵינוֹ בּוֹדֵק קַנְקַנִּים מְרוֹעָעִים, שֶׁאֵינוֹ מַסְפִּיק לָקוּשׁ עֲלֵיהֶם אַחַת עַד

שֶׁהוּא שׁוֹבְרָם, וּמִי הוּא בּוֹדֵק בְּקַנְקַנִּים יָפִים, אֲפִלּוּ מֵקִישׁ עֲלֵיהֶם כַּמָּה פְעָמִים אֵינָם נִשְׁבָּרִים, כָּךְ אֵין

הַקָּדוֹש בָּרוּךְ הוּא מְנַסֶּה אֶת הָרְשָׁעִים אֶלָּא אֶת הַצַּדִּיקִים (בראשית רבה ל״ב:ג׳)».ש

« Rabbi Yo’hanan enseignait : ce potier n’examine point les cruches faibles car les frappant, il les briserait du même coup, il préfère examiner les cruches solides car même s’il venait à les frapper plusieurs fois celles-ci ne se briseraient point. Il en est de même pour le Saint béni soit-Il qui n’éprouve point les méchants mais uniquement les justes » (Genèse Rabba 32 : 3).

Alors que se déroule le XXIe siècle, le genre humain saura-t-il répondre à l’immense défi, celui d’une plus haute conscience, d’une conscience qui, purifiée de ses préjugés d’antan, fera du progrès technique et scientifique d’aujourd’hui un instrument au service du bien collectif ?

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas » a dit André Malraux. Le XXIe siècle est en marche. Espérons que la recherche incessante et sincère de spiritualité en notre siècle aboutisse, à la grande satisfaction de tous les peuples du monde.

יב כִּי-כֹה אָמַר יְהוָה הִנְנִי נֹטֶה-אֵלֶיהָ כְּנָהָר שָׁלוֹם וּכְנַחַל שׁוֹטֵף כְּבוֹד גּוֹיִם וִינַקְתֶּם עַל-צַד תִּנָּשֵׂאוּ וְעַל-בִּרְכַּיִם תְּשָׁעֳשָׁעוּ. יג כְּאִישׁ, אֲשֶׁר אִמּוֹ תְּנַחֲמֶנּוּ כֵּן אָנֹכִי אֲנַחֶמְכֶם וּבִירוּשָׁלִַם תְּנֻחָמוּ. (ישעיהו סו: יב-יג).

12 Car voici ce que dit l’Eternel : « Je ferai affluer, dans ses murs, la paix comme un fleuve, et comme un torrent impétueux la richesse des nations, et vous vous en nourrirez, portés dans leurs bras, bercés sur leurs genoux. 13 Comme un fils que sa mère console, ainsi vous consolerai-je ; et c’est dans Jérusalem que vous trouverez votre consolation. (Isaïe 66 : 12-13).

[1] Parashat VaYéra, Genèse 18: 1- 22: 24

[2]  Voir le commentaire de Ibn Ezra sur le verset Genèse 22 : 1.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat VaYéra, Méditation sur l’épreuve

  1. Gritti dit :

    תודה

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