Parashat Hayé Sarah, Méditation sur la Méditation

Dans le cadre de notre parasha Hayé Sarah, nous méditerons à partir de la racine verbale שׂ.ו.ח. / S.Ou.’H. [שׂוּחַ]signifiant généralement « méditer, prier ».

סג וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה לִפְנוֹת עָרֶב וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה גְמַלִּים בָּאִים. (בראשית כד: סג).ש

63 Et Isaac était sorti dans les champs pour se livrer à la méditation, à l’approche du soir. En levant les yeux, il vit que des chameaux s’avançaient. (Genèse 24 : 63)[1].

L’hébreu biblique connaît plusieurs racines verbales relatives à la prière. En quoi celle-ci se caractérise-t-elle des autres? La réponse à cette interrogation permettra de savoir ce que revêt cette méditation d’Isaac. Cette prière méditative est-elle toute tournée vers l’Eternel ?

La racine שׂ.ו.ח. / S.Ou.’H., synonyme de la racine שׂ.י.ח./ S. Y. ‘H. signifie également « dialoguer avec autrui » :

צז  מָה-אָהַבְתִּי תוֹרָתֶךָ כָּל-הַיּוֹם הִיא שִׂיחָתִי. (פרק תהלים קיט: צז).ש

97 Combien j’aime ta Loi! Toute la journée elle est l’objet de ma méditation [de mon entretien avec l’Eternel]. (Psaume 119 : 97).

Le Patriarche Isaac est donc sorti pour méditer et surtout s’entretenir, converser seul avec l’Eternel.

La méditation constitue en premier lieu un exercice spirituel de fervente et profonde introspection mais qui doit en second lieu s’orienter, se tourner vers l’Eternel et vise essentiellement à ouvrir et développer le dialogue avec la source de toute Bénédiction ! L’on peut dire que l’exemple de cette forme de méditation est représenté par la future mère de Samuel, Hannah :

יג וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל-לִבָּהּ רַק שְׂפָתֶיהָ נָּעוֹת וְקוֹלָהּ לֹא יִשָּׁמֵעַ … (שמואל א, א: יג).ש

13 Et Hanna parlait en elle-même ; on voyait seulement remuer ses lèvres, mais on n’entendait pas sa voix… (I Samuel 1 : 13).

Puis, consécutivement à cette méditation, Hannah se dirige vers l’Eternel :

טו וַתַּעַן חַנָּה וַתֹּאמֶר לֹא אֲדֹנִי אִשָּׁה קְשַׁת-רוּחַ אָנֹכִי וְיַיִן וְשֵׁכָר לֹא שָׁתִיתִי וָאֶשְׁפֹּךְ אֶת-נַפְשִׁי לִפְנֵי יְהוָה. (שמואל א, א: טו).ש

15 Et Hanna répondit : « Non, Seigneur, je ne suis qu’une femme au cœur navré ; je n’ai bu ni vin ni liqueur forte mais j’ai épanché mon âme devant l’Eternel. (I Samuel 1 : 15).

Hannah, après avoir concentré ses forces sur le thème de sa supplication, épanche son cœur vers l’Eternel.

Le psaume 77 est aussi composé selon le principe évoqué dans la prière de supplication de Hannah :

ז  אֶזְכְּרָה נְגִינָתִי בַּלָּיְלָה עִם-לְבָבִי אָשִׂיחָה וַיְחַפֵּשׂ רוּחִי… יג  וְהָגִיתִי בְכָל-פָּעֳלֶךָ וּבַעֲלִילוֹתֶיךָ אָשִׂיחָה. יד  אֱלֹהִים בַּקֹּדֶשׁ דַּרְכֶּךָ מִי-אֵל גָּדוֹל כֵּאלֹהִים. (פרק תהלים עז: ז; יג-יד).ש

7 La nuit, je me remémore mon cantique, je médite en mon cœur, et mon esprit recherche… 13 Et je méditerai sur tous tes exploits, et passerai en revue tes hauts faits. 14 Seigneur, dans la sainteté réside ta voie ; est-il une divinité grande comme le Seigneur ? (Psaume 77 : 7 ; 13-14).

Toute méditation qui ne se fixerait qu’au stade de l’introspection serait susceptible de conduire à une attitude narcissique. A ce propos, il est intéressant de noter que le point de la consonne שׂ. (Sinn) du verbe שׂ.ו.ח. / S.Ou.’H. peut être déplacé à gauche et entendu comme un שׁ. (Shinn). Dans ce cas la racine שׂ.ו.ח/ S.Ou.’H. peut également se lire שׁ.ו.ח. / Sh.Ou.’H. signifiant « pencher, s’incliner vers », renvoyant à une notion d’humilité :

כו  כִּי שָׁחָה לֶעָפָר נַפְשֵׁנוּ  דָּבְקָה לָאָרֶץ בִּטְנֵנוּ. (תהלים מד: כו).ש

26 Car notre âme est abaissée jusque dans la poussière, notre corps est couché de son long sur le sol. (Psaume 44 : 26).

Quels peuvent être l’intention et le contenu de la prière d’Its’hak méditée le soir venu ?

La source biblique, contrairement à la méditation de Hannah, demeure silencieuse à propos du contenu de la méditation d’Its’hak, tout d’abord afin de conserver l’intimité de la relation régnant entre le deuxième Patriarche d’Israël et l’Eternel et ensuite, afin de nous enseigner la richesse intérieure et cachée de l’Homme en prière.

Le champ sémantique relatif à la racine verbale שׂ.ו.ח. / S.Ou.’H. révèle trois sens possibles à même de nous guider dans notre tentative à comprendre la méditation d’Its’hak. Il n’est point de prière monolithique. D’une part l’émerveillement d’Its’hak face à la beauté et à l’incommensurable mystère de la création suscitent en lui un besoin ardent de s’isoler afin de glorifier et de sanctifier l’ineffable Nom divin :

ה  זָכַרְתִּי יָמִים מִקֶּדֶם הָגִיתִי בְכָל-פָּעֳלֶךָ  בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ  אֲשׂוֹחֵחַ. (פרק תהלים קמג: ה).ש

5 J’évoque le souvenir des jours antiques, je pense à l’ensemble de tes actes, et médite sur l’œuvre de tes mains. (Psaume 143 : 5).

Et d’autre part, la supplication fait suite à une situation de détresse au cours de laquelle le méditant désespéré met son total et ultime espoir en l’Eternel :

ג  אֶשְׁפֹּךְ לְפָנָיו שִׂיחִי צָרָתִי לְפָנָיו אַגִּיד.ש

3 Je répands devant lui ma plainte, je lui fais part de ma détresse. (Psaume 142 : 3).

Le commentateur Avraham Ibn Ezra traduit, quant à lui, la racine שׂ.ו.ח. / S.Ou.’H. par « se promener entre les buissons » par association d’idée au terme שִׂיחַ/ SYa’H signifiant « buisson ».

Le mouvement hassidique fondé par le maître Rabbi Nahman de Breslev met l’accent sur la nécessité de s’isoler au cœur de la Nature, dans le désert, la forêt, la montagne, le bord des sources et la mer afin de s’entretenir face à face avec l’Eternel en une langue spontanée libérée des contraintes de la prière instituée par les Sages d’Israël. Cette retraite appelée הִתְבּוֹדְדוּת (Hitbodédout) constitue, selon l’enseignement du Rabbi Nahman de Breslev, la plus importante des méditations contemplatives à même d’être exaucées.

Souvent, oui souvent le cri de l’Homme est silencieux!

ב  קוֹלִי אֶל-יְהוָה אֶזְעָק קוֹלִי אֶל-יְהוָה אֶתְחַנָּן. (פרק תהלים קמב: ב).ש

2 A pleine voix je crie vers l’Eternel, à pleine voix je supplie le Seigneur ! (Psaume 142 : 2).

[1] Parashat Hayé Sarah, Genèse 23: 1- 25: 18

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashat Hayé Sarah, Méditation sur la Méditation

  1. Anga Christian dit :

    Merci Haim. Excellent travail et toujours aussi édifiant voire plus encore par l’association et la compréhension des racines hébraïques des mots clés des parashiots. J’aime. … Que Dieu bénisse Israël au travers de ton engagement à faire émerger Sa Lumière sur cette terre. Shabbat Shalom!

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