Parashat VaIshlah, Méditation sur le nom d’Israël

Le rabbin Abraham Joshua Heschel en compagnie du pasteur Martin Luther King: Marche de Selma à Montgomery (1965)

Au cours de cette méditation relative à la péricope VaIshlah[1], nous porterons notre attention sur la racine שׂ.ר.י [ה] / S. R. Y [H] ou  שׂ.וּ.ר / S. Ou. R., toutes deux signifiant « lutter, se rendre maître de ». Cette racine est au cœur du nom « ISRaËL »,  יִשְׂרָאֵל.

Ya’AQoV [Jacob], fuyant alors de devant son frère ESsaV [Ésaü] dévoré par la haine et la jalousie à l’encontre de celui qui lui aurait « dérobé » les bénédictions divines et la promesse d’Alliance éternelle, se retrouve abandonné et confronté à lui-même. Encore dans la nuit de l’exil, avec l’espoir de retrouver son foyer et les siens, Ya’AQoV passe le gué du YaBoQ. Après avoir été contraint de lutter avec « un homme », Ya’AQoV est béni par cette mystérieuse figure, qui lui répond :

כט … לֹא יַעֲקֹב יֵאָמֵר עוֹד שִׁמְךָ כִּי אִם-יִשְׂרָאֵל כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים וַתּוּכָל. (בראשית לב: כט).ש

29 …  Ya’AQoV [Jacob] ne sera plus désormais ton nom, mais bien ISRaËL; car tu as lutté avec le Seigneur et avec les hommes et tu as pu [tu as été à la hauteur]. » (Genèse 32 : 29).

Le commentateur Rashi explique :

«לֹא יַעֲקֹב

 לֹא יֵאָמֵר עוֹד שֶׁהַבְּרָכוֹת בָּאוּ לְךָ בַּעֲקֵבָה וּרְמִיָּה כִּי אִם בִּשְׂרָרָה וְגִלּוּי פָּנִים».ש

«Ya’AQoV ne sera plus

 L’on ne dira plus que les bénédictions te sont parvenues par ruse et par mensonge – [ » עֲקֵבָה Aqéva » en hébreu, terme dont la racine est identique à celle de  » יַעֲקֹב Ya‘aqov »] mais en toute dignité et à visage découvert ».

Rashi poursuit son commentaire et rapporte le passage du prophète Osée (HOShé’a) :

ה וַיָּשַׂר אֶל-מַלְאָךְ וַיֻּכָל בָּכָה וַיִּתְחַנֶּן-לוֹ בֵּית-אֵל יִמְצָאֶנּוּ וְשָׁם יְדַבֵּר עִמָּנוּ. (הושע יב: ה).ש

5 Et il [Ya’AQoV] lutta contre un ange et fut vainqueur, et celui-ci pleura et demanda grâce : il devait le retrouver à Béthel, et là, il parla en notre faveur. (Osée 12 : 5).

Il s’avère que cet « homme » mystérieux apparaissant au livre de Béréshit (Genèse) n’est autre qu’un « ange, un messager » divin.

La racine שׂ. ר. י [ה] / S. R. Y [H] signifiant « lutter », homographe de la racine שׁ. ר. י [ה] / Sh. R. Y [H], le point de la consonne שׂ / Sinn- étant déplacé de gauche à droite שׁ/ Shinn-, peut être également interprétée dans le sens de « délier, délivrer, résoudre ».

יא אָמַר יְהוָה אִם-לֹא שרותך (שֵׁרִיתִיךָ) לְטוֹב אִם-לוֹא הִפְגַּעְתִּי בְךָ בְּעֵת רָעָה וּבְעֵת צָרָה אֶת-הָאֹיֵב. (ירמיהו טו: יא).ש

11 L’Eternel répondit : « N’est-il point évident que j’en vienne à te délivrer pour le bonheur, ne ferais-je point en sorte que l’ennemi, au temps du malheur et de l’adversité et du danger, en vienne à te supplier. (Jérémie 15 : 11).

Israël n’atteint sa pleine maturité spirituelle et son indépendance identitaire qu’au prix d’un combat ardent, combat de tous les instants visant à faire prévaloir ses propres valeurs de sainteté, d’éthique et de justice sociale face à un monde qui se dresse encore trop souvent comme une muraille. Le vocable hébraïque /שׁוּר ShOuR renvoie au terme de « muraille » (Genèse 49 : 22) considéré comme un obstacle de taille que l’on se doit de surmonter.  Le combat dans la source biblique va de pair avec la notion de libération et d’émancipation. L’Histoire générale de l’Humanité révèle, en effet, que de nombreux combats pour le Bien ne furent remportés que par la volonté opiniâtre de transformer, d’améliorer et de réparer : l’abolition de l’esclavage en Europe ne se fera qu’au prix d’une lutte de longue haleine par de grands hommes comme, en France, Victor Schœlcher ; aux Etats-Unis, après Rosa Parks refusant de céder sa place à un passager blanc, le pasteur Martin Luther King relève le défi de lutter en faveur des droits civiques ; en Allemagne, le mur de Berlin finira par tomber à la suite d’une recrudescence de la contestation politique et à la pression due aux tensions sociales intérieures à la République Démocratique Allemande. Quant aux Amérindiens d’Amérique du Sud dont les terres ont été trop longtemps spoliées par les grandes compagnies pétrolières et les consortiums industriels, ils ont pris conscience que seule la lutte serait à même de résoudre leurs problèmes afin de sauver leur terre et, de fait, leur dignité.

Ya’aqov est aussi appelé YéShOuRouN :

טו וַיִּשְׁמַן יְשֻׁרוּן וַיִּבְעָט  שָׁמַנְתָּ עָבִיתָ כָּשִׂיתָ  וַיִּטֹּשׁ אֱלוֹהַּ עָשָׂהוּ וַיְנַבֵּל צוּר יְשֻׁעָתוֹ.  (דברים לב: טו).ש

15 Et YéShOuRouN, engraissé, regimbe ; tu étais trop gras, trop replet, trop bien nourri et il abandonne le Seigneur qui l’a créé, et il méprise son rocher salvateur ! (Deutéronome 32 : 15).

La racine de ce troisième nom יְשֻׁרוּן/ YéShOuRouN signifie « chanter, glorifier » mais aussi « regarder avec bienveillance ». יְשֻׁרוּן/ YéShOuRouN chante la gloire de l’Eternel (שָׁר  shar Psaume 7 : 1). Il est aussi celui sur lequel l’Eternel projette son regard tout empreint d’affection (- וַאֲשׁוּרֶנּוּ AShOuRéNnOu; Osée 14 : 9).

Enfin, Ya’aKoV n’a point lutté « contre » le Seigneur ni « contre » les hommes mais « avec » le Seigneur et « avec » les hommes :

כט …כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים … (בראשית לב: כט).ש

29 …  » tu as lutté avec le Seigneur et avec les hommes …. » (Genèse 32 : 29).

Autrement dit, toute cause n’est digne d’être défendue qu’à la condition d’être fondée sur la collaboration avec autrui dans le dessein d’édifier un monde meilleur. Israël ne lutte point pour lui seul mais pour l’Humanité entière! Israël, par le mérite de son premier Patriarche, a pour vocation de devenir le peuple qui dénoue les nœuds inextricables d’un monde sans cesse plus complexe et briser les chaînes humiliantes de l’esclavage:

יב כָּל-קֳבֵל דִּי רוּחַ יַתִּירָה וּמַנְדַּע וְשָׂכְלְתָנוּ מְפַשַּׁר חֶלְמִין וְאַחֲוָיַת אֲחִידָן וּמְשָׁרֵא קִטְרִין הִשְׁתְּכַחַת בֵּהּ בְּדָנִיֵּאל דִּי-מַלְכָּא שָׂם-שְׁמֵהּ, בֵּלְטְשַׁאצַּר כְּעַן דָּנִיֵּאל יִתְקְרֵי וּפִשְׁרָה יְהַחֲוֵה.  (דניאל ה: יב).ש

12 Parce qu’un esprit supérieur, la science, l’intelligence, l’art d’interpréter les songes, d’éclaircir les énigmes, de résoudre les difficultés [littéralement : délier les nœuds] se sont rencontrés chez ce Daniel, que le roi avait surnommé Beltchaçar. Que Daniel soit donc mandé, et il dévoilera ce que cela signifie. » (Daniel 5 : 12).

[1]  Parashat VaIshlah, Genèse 32 : 4-36 : 43.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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