Parashat VaYéhi, Méditation sur le sens de la Vie

Je tiens à dédier cette méditation à mon très cher beau-père Michel Simon (Zal) qui en 2014, disparut tragiquement en montagne… Il aimait tant les êtres et respectait la Vie d’autrui…

Dans le cadre de cette parashah[1], nous méditerons sur la racine biblique ח.י.י. signifiant « vivre ».

כח וַיְחִי יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה וַיְהִי יְמֵי-יַעֲקֹב שְׁנֵי חַיָּיו שֶׁבַע שָׁנִים וְאַרְבָּעִים וּמְאַת שָׁנָה. (בראשית מז: כח).ש

28 Et Jacob vécut dans le pays d’Égypte dix-sept ans ; la durée de la vie de Jacob fut donc de cent quarante-sept années. (Genèse 47 : 28).

Pourquoi la source biblique précise-t-elle que le Patriarche a vécu dix-sept ans en Egypte ? La parashah n’aurait-elle pu débuter sur le modèle de la parashah Haye Sara où le nombre d’années de la Matriarche Sarah est immédiatement mentionné ?

א וַיִּהְיוּ חַיֵּי שָׂרָה מֵאָה שָׁנָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה וְשֶׁבַע שָׁנִים שְׁנֵי חַיֵּי שָׂרָה. (בראשית כג: א).ש

1 Et la vie de Sarah fut de cent vingt-sept ans ; telle fut la durée de sa vie. (Genèse 23 : 1)[2]

Nombreux sont les indices bibliques qui nous aideront à répondre à ces deux questions.

La parashah VaYeshev fait, en premier lieu, mention de l’âge exact de YoSsePh, le fils préféré de Ya’AQoV. YoSsePh, à peine âgé de dix-sept ans, accepte d’être envoyé en mission dans le dessein de réparer la brisure familiale. Nous ne pouvons pas ne pas remarquer l’étroit parallélisme entre le nombre d’années liant intimement le père, Ya’AQoV au fils YoSsePh, né de l’épouse tant aimée, Ra’HeL (Rachel). Ya’AQoV, descendu contre son gré en Egypte, y vivra dix-sept ans. Ainsi, en second lieu, dès lors que la source biblique évoque le terme « engendrements / תֹּלְדוֹת » traduit par « histoire », en relation à la descendance de Ya’AQoV, nous aurions pu nous attendre à la mention explicite des noms de tous les enfants de Ya’AQoV. Or, il n’en est rien ! Le terme « engendrements / תֹּלְדוֹת » se réduit, ici, à la seule et unique mention du nom de YoSsePh qui, selon Ya’AQoV, est destiné à lui succéder, ce qui provoquera une jalousie aveugle et féroce de la part des frères de YoSsePh !

ב אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב יוֹסֵף בֶּן-שְׁבַע-עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה רֹעֶה אֶת-אֶחָיו … (בראשית לז: ב).ש

2 Voici l’histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, menait paître les brebis avec ses frères… (Genèse 37 : 2).

De plus, Pharaon interroge Ya’AQoV sur son âge (Genèse 47 : 8), et ce dernier lui répond :

ט … יְמֵי שְׁנֵי מְגוּרַי שְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה מְעַט וְרָעִים הָיוּ יְמֵי שְׁנֵי חַיַּי וְלֹא הִשִּׂיגוּ אֶת-יְמֵי שְׁנֵי חַיֵּי אֲבֹתַי בִּימֵי מְגוּרֵיהֶם. (בראשית מז: ט).ש

9 … « Le nombre des années de mes pérégrinations, cent trente ans. Il a été court et malheureux, le temps des années de ma vie et il ne vaut pas les années de la vie de mes pères, les jours de leurs pérégrinations. » (Genèse 47 : 9).

Comment expliquer que Ya’AQoV, père de la Nation hébraïque, sans cesse protégé par l’Eternel, ait osé s’exprimer de la sorte face à Pharaon ? La plainte du Patriarche Ya’AQoV liée à la perte de son fils préféré démontre que le temps ne comble jamais totalement la douleur due à l’absence d’un être cher, en l’occurrence celle de YoSsePh, le premier fils de la femme qu’il chérissait le plus au monde, Ra’HeL. Puis, à l’opposé de la mesure du temps de la perte de YoSsePh condamnant Ya’AQoV à une peine sans fin et à une absence significative de tout sens à la Vie, Ya’AQoV considère que le temps qu’il lui faut travailler afin d’épouser Ra’HeL, l’élue de son cœur, passe en un clin d’œil :

כ וַיַּעֲבֹד יַעֲקֹב בְּרָחֵל שֶׁבַע שָׁנִים וַיִּהְיוּ בְעֵינָיו כְּיָמִים אֲחָדִים בְּאַהֲבָתוֹ אֹתָהּ. (בראשית כט: כ).ש

20 Et Jacob servit, pour obtenir Rachel, sept années et elles furent à ses yeux comme quelques jours, tant il l’aimait. (Genèse 29 : 20).

La faculté d’extrapoler l’avenir insuffle du sens au présent.

Quant à Ya’aqov, l’assurance de retrouver YoSsePh entraîne chez le Patriarche un regain de force spirituelle. L’espoir d’un avenir prometteur et radieux porte les germes fécondants d’un renouveau, d’une nouvelle croissance, source significative de joie toute intérieure:

כז וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו אֵת כָּל דִּבְרֵי יוֹסֵף אֲשֶׁר דִּבֶּר אֲלֵהֶם וַיַּרְא אֶת הָעֲגָלוֹת אֲשֶׁר-שָׁלַח יוֹסֵף לָשֵׂאת אֹתוֹ וַתְּחִי רוּחַ יַעֲקֹב אֲבִיהֶם. (בראשית מה: כז).ש

27 Alors ils [Les fils de Ya’AQoV] lui répétèrent toutes les paroles que Joseph leur avait adressées et il vit les carrioles que Joseph avait envoyées pour l’emmener et la vie revint au cœur de Jacob leur père. (Genèse 45 : 27).

L’on peut donc en déduire que le véritable temps de bonheur que vécut Ya’AKoV fut, sur les cent quarante-sept années de sa vie, de trente-quatre ans, si l’on additionne les premières années de YossePh, jusqu’à ses dix-sept ans, aux  dix-sept dernières années que Ya’aqov a passées avec ce dernier.

Ce n’est donc point le nombre d’années qui détermine le sens profond de la Vie et sa qualité mais plutôt la signification, le sens que nous sommes capables de lui insuffler. L’Ethique,  la valeur de chaque action, dépasse et sublime la nature biologique de l’être.  Cette notion subjective d’impression de « temps raccourci » ou de victoire sur l’emprise du temps n’est point sans rappeler les travaux du célèbre psychiatre Viktor Frankl (1905-1997), père de la Logothérapie qui, s’inspirant de sa difficile et cruelle expérience des camps de concentration, réfléchit sur la question relative à la force de Vie. Comment pouvons-nous expliquer que des hommes et des femmes aient pu, après tant de souffrance et de perte de dignité, survivre à l’horreur nazie ? Viktor Frankl en déduit que celles et ceux qui auront su donner un sens à leur Vie dans un monde d’aliénation totale réduisant l’Homme à un numéro d’immatriculation et privant ce dernier de tout repère valorisant son identité propre, conserveront la volonté ardente de survivre. Dans l’une de ses plus célèbres œuvres « Man’s Search for Meaning » (« Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie »), Viktor Frankl confie son sentiment du sens de la Vie après que sa très chère femme enceinte ait été assassinée : « Mon esprit était tout entier habité par le souvenir de ma femme. Je l’imaginais avec une précision incroyable. Je la voyais. Elle me répondait, me souriait, me regardait tendrement ; son regard était lumineux, aussi lumineux que le soleil qui se levait. J’avais enfin découvert la vérité, la vérité telle qu’elle est proclamée dans les chants des poètes et dans les sages paroles des philosophes : l’amour est le plus grand bien auquel l’être humain peut aspirer. Je me rendais compte qu’un homme à qui il ne reste rien peut trouver le bonheur, même pour de brefs instants, dans la contemplation de sa bien-aimée. (…) Si l’on m’avait appris, à ce moment-là, qu’elle était morte, je ne crois pas que j’aurais cessé pour autant de contempler son image, ou que ma conversation avec elle aurait été moins vivante. « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, car l’amour est plus fort que la mort. ».

ו שִׂימֵנִי כַחוֹתָם עַל-לִבֶּךָ כַּחוֹתָם עַל-זְרוֹעֶךָ כִּי-עַזָּה כַמָּוֶת אַהֲבָה … (שיר השירים ח: ו).ש

6 Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l’amour est fort comme la mort … (Cantique des cantiques 8 : 6).

[1]  Parashat Vayé‘hi: Genèse 47 : 28-50 : 26.

[2] Rashi à propos du nombre d’années de la Matriarche Sarah : «וַיִּהְיוּ חַיֵּי שָׂרָה מֵאָה שָׁנָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה וְשֶׁבַע שָׁנִים: לְכָךְ נִכְתָּב שָׁנָה בְּכָל כְּלָל וּכְלָל לוֹמָר לְךָ שֶׁכָּל אֶחָד נִדְרָשׁ לְעַצְמוֹ בַּת ק’ כְּבַת כ’ לְחֵטְא מַה בַּת כ’ לֹא חָטְאָה שֶׁהֲרֵי אֵינָהּ בַּת עוֹנָשִׁין אַף בַּת ק’ בְּלֹא חֵטְא. וּבַת כ’ כְּבַת ז’ לְיוֹפִי – שְׁנֵי חַיֵּי שָׂרָה: כֻּלָּן שָׁוִין לְטוֹבָה.   La vie de Sara fut de cent ans et vingt ans et sept ans Pourquoi le mot « ans » est-il répété à trois reprises ? C’est pour te dire que chaque nombre exige une explication : à cent ans, elle était comme à vingt, sans péché. De même qu’elle était sans péché à vingt ans, parce qu’irresponsable de ses actes, de même l’était-elle à cent ans. Et à vingt ans, elle était aussi belle qu’à sept Les années de la vie de Sarah Toutes égales pour le bien. » (Beréchith raba 58).

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat VaYéhi, Méditation sur le sens de la Vie

  1. Frederique de Cara dit :

    Etty Hillsum a de tres belles pages sur ce sujet ecrites lorsqu elle etait au camp de Winsterbrok

  2. Vasile Sanda dit :

    Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son coeur, objet de ses fatigues sous le soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin; même la nuit son coeur ne repose pas. C’est encore là une vanité.

    Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. (Ecclésiaste 2:22-24)

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