Parashat Bo, Méditation sur le pain de l’humilité

Dans le cadre de notre Parashat Bo, nous méditerons sur la racine ח.מ.צ./ H. M. Ts signifiant : « lever » au sens de « fermenter ».

Au moment même où les Hébreux sortent d’Egypte en tant qu’êtres libres, leur pain n’a point le temps de fermenter :

לד וַיִּשָּׂא הָעָם אֶת-בְּצֵקוֹ טֶרֶם יֶחְמָץ מִשְׁאֲרֹתָם צְרֻרֹת בְּשִׂמְלֹתָם עַל-שִׁכְמָם. (שמות יב: לד).ש

34 Et le peuple emporta sa pâte non encore levée, leurs pétrins sur l’épaule, enveloppées dans leurs vêtements. (Exode 12 : 34).

Ce fait est commémoré chaque année à la fête de Pessah :

ג לֹא-תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל-עָלָיו מַצּוֹת לֶחֶם עֹנִי כִּי בְחִפָּזוֹן יָצָאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם לְמַעַן תִּזְכֹּר אֶת-יוֹם צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ. (דברים טז: ג).ש

3 Tu ne dois pas manger de pain levé avec ce sacrifice ; durant sept jours tu mangeras en outre des azymes, pain de misère, car c’est avec précipitation que tu as quitté le pays d’Egypte, et il faut que tu te souviennes, tous les jours de ta vie, du jour où tu as quitté le pays d’Egypte. (Deutéronome 16 : 3).

Comment comprendre, en ce temps d’envergure historique à portée universelle, que la Tora en vienne à mentionner ce qui pourrait paraître comme une particularité de peu d’importance ? L’on aurait pu s’attendre à de grands discours centrés sur la puissance divine de la part des deux grands libérateurs MoSheH et Aa’RoN. Or il n’en est rien !

Que revêt donc le sens de la racine ח.מ.צ./ H. M. Ts, au-delà de son sens premier « fermenter (par acidité) », et en quoi son association à la Sortie d’Egypte, la maison de l’esclavage nous révèle-t-elle la vocation des BéNeY IsRaEL, des fils d’Israël face aux puissances et aux empires ?

La racine verbale ח.מ.צ./ H. M. Ts, très proche de la racine ח.מ.ס./ H. M. S, renvoie à la notion de violence absolue. Ainsi, le prophète Amos reproche aux Hébreux, de manière véhémente, de préférer les sacrifices, certes, prescrits, mais ne venant point de l’intérieur, du plus profond de leur cœur :

ה וְקַטֵּר מֵחָמֵץ תּוֹדָה … (עמוס ד: ה).ש

5 Et brûlez vos offrandes de reconnaissance consistant en pain fermenté… (Amos 4 : 5).

«… Vos offrandes de pain fermenté » qui, de surcroît, proviennent de la violence, étant en quelque sorte présentées comme les offrandes des païens, qui n’impliquent jamais l’intérieur de leur cœur. La traduction pourrait être également :

ה וְקַטֵּר מֵחָמֵץ תּוֹדָה … (עמוס ד: ה).ש

5 Et brûlez vos offrandes de reconnaissance consistant en pain de violence… (Amos 4 : 5).

Le psalmiste demande protection à l’Eternel contre l’homme de violence :

ד  אֱלֹהַי פַּלְּטֵנִי מִיַּד רָשָׁע  מִכַּף מְעַוֵּל וְחוֹמֵץ. (פרק תהלים עא: ד).ש

4 Mon Seigneur, délivre-moi de la main du méchant, de la poigne de l’homme inique et violent. (Psaume 71 : 4).
   

… contre l’homme de violence empli d’amertume et d’acidité, disposé à détruire son environnement.

L’un des versets, tiré du livre de Jérémie (יִרְמְיָהוּ /   YiRMéYaHOu), tout en reprenant le sens de violence et de fermentation, y associe le substantif שְׁאֵרִי signifiant « ma chair » :

לה חֲמָסִי וּשְׁאֵרִי עַל-בָּבֶל תֹּאמַר יֹשֶׁבֶת צִיּוֹן וְדָמִי אֶל-יֹשְׁבֵי כַשְׂדִּים תֹּאמַר יְרוּשָׁלִָם. (ירמיהו נא: לה). ש

35 Que la violence exercée sur moi et dans ma chair soient imputées à Babel ! s’écrie l’habitante de Sion ; que mon sang retombe sur les gens de Chaldée ! s’écrie Jérusalem. (Jérémie 51 : 35).

Or, ce dernier terme n’est point sans rappeler « שְׂאֹר/ levain » :

ז מַצּוֹת יֵאָכֵל אֵת שִׁבְעַת הַיָּמִים וְלֹא-יֵרָאֶה לְךָ חָמֵץ וְלֹא-יֵרָאֶה לְךָ שְׂאֹר בְּכָל-גְּבֻלֶךָ. (שמות יג: ז).ש

7 On consommera des pains azymes durant ces sept jours; et l’on ne doit voir chez toi ni pain levé, ni levain, dans toute ta frontière (Exode 13 : 7).

Par ailleurs, la racine verbale ח.מ.צ./H.M.Ts signifie également « rouge sang »:

א מִי-זֶה בָּא מֵאֱדוֹם חֲמוּץ בְּגָדִים מִבָּצְרָה זֶה הָדוּר בִּלְבוּשׁוֹ צֹעֶה בְּרֹב כֹּחוֹ אֲנִי מְדַבֵּר בִּצְדָקָה רַב לְהוֹשִׁיעַ. (ישעיהו סג: א). ש

1 Quel est celui qui vient d’Edom, qui arrive de Boçra, les vêtements teints de rouge? Qu’il est magnifique dans son costume et s’avance fièrement dans l’éclat de sa force! C’est moi, qui parle le langage de la justice et suis puissant pour sauver. (Isaïe 63: 1)

Ainsi, ce pain azyme, s’il rappelle à Israël son passé d’esclave souffrant le pouvoir génocidaire d’une Egypte altière (Exode 3 : 7 ; 4 : 31) ainsi que le sang mis sur les linteaux des portes, en signe de l’acceptation de la Parole divine, ce même pain invite également le peuple de l’Eternel à porter son regard vers l’avenir. Israël est en passe de devenir une grande nation en s’écartant de l’orgueil dont le levain, שְׂאֹר/ SéoR est le symbole, cet orgueil qui mena de grandes puissances à l’effondrement, et en tendant la main aux fidèles de la Paix afin que le sang d’hommes, de femmes et d’enfants, enfin ne coule plus.

Si l’on permute les trois radicales de la racine verbale ח.מ.צ./ H. M. Ts , l’on obtient une nouvelle racineצ.מ.ח. / Ts. M. H. signifiant « germer, croître » lorsqu’il s’agit de plante :

טו בַּיָּמִים הָהֵם וּבָעֵת הַהִיא אַצְמִיחַ לְדָוִד צֶמַח צְדָקָה וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה בָּאָרֶץ. (ירמיהו לג: טו).ש

15 En ces jours et à cette époque, je ferai sortir de David un rejeton juste, qui exercera le droit et la justice dans le pays. (Jérémie 33 : 15).

A la violence succède une ère de Paix!

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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