Parashot VaYakel- Pékoudei, Méditation sur le temps du Shabbat

Dans le cadre de ce Shabbat, au cours duquel le peuple d’Israël lira deux parashot[1], nous méditerons sur le sens de la racine verbale ש.ב.ת./ Sh. B. T. signifiant « interrompre, cesser de travailler, cesser d’élaborer ».

Les Sages d’Israël s’interrogent sur la place du septième jour, le Shabbat, seul jour de la semaine ayant un nom, dans notre parashah :

 

א וַיַּקְהֵל מֹשֶׁה אֶת-כָּל-עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם  אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר-צִוָּה יְהוָה לַעֲשֹׂת אֹתָם. ב שֵׁשֶׁת יָמִים תֵּעָשֶׂה מְלָאכָה וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יִהְיֶה לָכֶם קֹדֶשׁ שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן לַיהוָה כָּל-הָעֹשֶׂה בוֹ מְלָאכָה יוּמָת. (שמות לה: א-ב).ש

1 Et Moïse rassembla toute la communauté des enfants d’Israël et leur dit : « Voici les paroles que l’Éternel a ordonné d’accomplir. 2 Pendant six le labeur sera accompli, mais au septième vous aurez une solennité sainte, un chômage absolu en l’honneur de l’Éternel ; quiconque travaillera en ce jour sera mis à mort. (Exode 35 : 1-2).

Pourquoi l’injonction de l’observation du Shabbat constitue-t-elle une priorité au point que la source biblique la mentionne avant même la construction effective du Tabernacle (Exode 35 :  4) ? Le Tabernacle, « la Demeure » de la Présence divine ne devrait-il point être au-dessus du Shabbat ?

Il est à remarquer que, de par le monde, différentes civilisations ont développé chacune un calendrier mesurant le temps différemment. Le début de l’année est différent, les mois même sont différents… Cependant, la structure même de la semaine de sept jours reste la même pour tous les peuples dans le monde. Le calendrier que les révolutionnaires français ont institué, avec une semaine de dix jours, n’a pas résisté à la fin de la Révolution française. Napoléon 1er supprime le calendrier républicain en 1806 et rétablit le calendrier grégorien.

Le grand penseur et Rabbin Avraham Yehoshua Heschel explique, dans l’une des œuvres majeures « Dieu en quête de l’homme », que « le Judaïsme est une religion de l’histoire, une religion du temps. Ce n’est pas dans les faits de la nature que le Dieu d’Israël s’est découvert essentiellement.  Il a parlé à travers les événements de l’histoire. Les divinités des autres peuples étaient associées aux lieux et aux choses ; le Dieu des prophètes est le Dieu des événements : le rachat de l’esclavage, la révélation de la Torah : donc Celui qui se manifeste dans l’événement historique plutôt qu’en des choses ou en des lieux » (p. 214-215). Ce thème de la primauté du temps occupe une place prépondérante dans l’œuvre générale d’Avraham Yehoshua Heschel, selon lequel « l’histoire biblique est le triomphe du temps sur l’espace » (p. 221). Le thème du Shabbat est longuement développé dans le livre « The Sabbath » qui, merveilleusement traduit par « les bâtisseurs du temps », n’en finit point de marquer les consciences. Dans le contexte du terrible fléau frappant le monde, fléau dû à la propagation ravageuse du coronavirus, ces propos trouvent un écho tout particulier. En effet, soumis au confinement dans son propre foyer auprès des siens, l’homme n’est plus confronté à la dimension de l’espace mais à celle du temps. Comment désormais gérer le temps ? Comment y insuffler du sens ?

Mais pourquoi, en définitive, instaurer un jour de repos par semaine, le Shabbat ? Après tout, pourquoi arrêter de travailler un jour entier ? Les Romains, à cause du respect du Shabbat, traitaient les Juifs de « paresseux ».

La Tora peut nous éclairer à ce sujet ;

Le respect du Shabbat apparaît deux fois dans les Dix Injonctions divines. La deuxième fois :

יא שָׁמוֹר אֶת-יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ כַּאֲשֶׁר צִוְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ. יב שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד, וְעָשִׂיתָ כָּל-מְלַאכְתֶּךָ. יג וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ-וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ-וַאֲמָתֶךָ וְשׁוֹרְךָ וַחֲמֹרְךָ וְכָל-בְּהֶמְתֶּךָ וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ לְמַעַן יָנוּחַ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ כָּמוֹךָ. יד וְזָכַרְתָּ כִּי עֶבֶד הָיִיתָ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם וַיֹּצִאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מִשָּׁם בְּיָד חֲזָקָה וּבִזְרֹעַ נְטוּיָה עַל-כֵּן צִוְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לַעֲשׂוֹת אֶת-יוֹם הַשַּׁבָּת.  (דברים ה: יא-יד).ש

11 Tu dois respecter le jour du Sabbat pour le sanctifier, comme te l’a prescrit l’Éternel, ton Dieu. 12 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires ; 13 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Dieu : tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton serviteur et ta servante,, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs ; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. 14 Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Egypte, et que l’Éternel, ton Seigneur, t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu ; c’est pourquoi l’Éternel, ton Seigneur, t’a prescrit de « faire » le jour du Sabbat. (Deutéronome 5 : 11-14).

Tout d’abord, le Shabbat est fait pour l’Eternel : « שַׁבָּת לַה’, Shabbat pour l’Eternel ». Pourquoi un jour pour l’Eternel ? Pour que l’Homme se souvienne de Lui, quand enfin il se repose de ses activités journalières qui risquent grandement de lui faire oublier que son Père, l’Eternel, est là, l’attend en lui rappelant qu’Il est le Créateur du monde et le Libérateur de tous les êtres.

Dans ce passage, l’observance du Shabbat signifie le souvenir de la Sortie d’Egypte, événement fondateur pour le peuple d’Israël. C’est la liberté d’un peuple en devenir. Mais pourquoi cette liberté ? Comme Moïse l’a dit à Pharaon :

א  כֹּה-אָמַר ה’ אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל שַׁלַּח אֶת-עַמִּי וְיָחֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר. (שמות ה: א).ש

1 : « Ainsi a parlé l’Éternel, Dieu d’Israël : Laisse partir mon peuple, pour qu’ils fêtent pour moi dans le désert. » (Exode 5 : 1).

Un autre aspect du souvenir du Shabbat nous est donné dans le premier passage sur le Shabbat :

ז זָכוֹר אֶת-יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ. ח שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד וְעָשִׂיתָ כָּל-מְלַאכְתֶּךָ. ט וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא-תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ וּבְהֶמְתֶּךָ וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ. י כִּי שֵׁשֶׁת-יָמִים עָשָׂה יְהוָה אֶת-הַשָּׁמַיִם וְאֶת-הָאָרֶץ אֶת-הַיָּם וְאֶת-כָּל-אֲשֶׁר-בָּם וַיָּנַח בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עַל-כֵּן בֵּרַךְ יְהוָה אֶת-יוֹם הַשַּׁבָּת וַיְקַדְּשֵׁהוּ. (שמות כ: ז-י).ש

7 « Tu dois te souvenir du jour du Shabbat pour le sanctifier. 8 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires, 9 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel ton Dieu : tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton serviteur et ta servante,, ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. 10 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment et il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du Sabbat et l’a sanctifié. (Exode 20 : 7-10).

Le Shabbat est donc le souvenir de la Création, également. Or, quel peut être le lien entre la sortie d’Egypte et la Création ? Dans l’œuvre de la Création, l’Eternel a créé le jardin d’Eden, ce jardin où l’Homme était en pleine harmonie avec l’entité divine.

L’on peut donc dire que le respect du Shabbat pour l’Eternel amène l’Homme à se souvenir de l’Eternel, des jours où, au jardin d’Eden, il était en communication totale et permanente avec l’Eternel, et ces liens particuliers allaient de soi.

Effectivement, dans la Tradition hébraïque, le Shabbat est un rappel du jardin d’Eden :

ש«שָׁבַּת אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְעוֹלָם הַבָּא » (תלמוד בבלי ברכות נז: ב).ש

« Le Shabbat est un soixantième du monde à venir [qui est le retour au jardin d’Eden] » (Talmud de Babylone, Traité Bérakhot, 57 : b).

Le Shabbat est donc bien une retraite, un temps séparé du reste des jours dédié à la méditation de notre présence hic et nunc, à la contemplation sur le sens et la portée de nos actes.

ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת. (בראשית ב: ג).ש

3 Et le Seigneur bénit le septième jour et le proclama saint (séparé), parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait créée pour la parfaire [par l’Homme]. (Genèse 2 : 3).

Le retrait chez soi et en soi ne va point de soi en ce sens où, porteur de bienfaits, de bénédictions et d’espoir, il suppose un ralentissement du rythme quotidien oublié par la société occidentale. L’Occident, qui a mis en avant le sens du regard, de l’esthétique, doit redécouvrir le sens de l’écoute en réhabilitant la dimension du Temps. C’est dans le silence du retrait que l’on apprend à entendre le murmure de notre propre voix intérieure ainsi que le souffle doux de la voix de l’Eternel. Le Shabbat redonne ses lettres de noblesse à la Nature qui reprend ses droits trop souvent bafoués, annonce la fin de toute concurrence sauvage au sein d’un système économique fragilisé par l’excès du gain, en appelle à la conscience des puissants de ce monde de mettre de côté leur ego destructeur et d’en finir une fois pour toutes avec la guerre. La Liberté, l’Egalité et la Fraternité, les plus nobles principes fondamentaux que la Tora aura prodigués à l’Humanité, s’inscrivent dans le respect du Shabbat :

יב שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד וְעָשִׂיתָ כָּל-מְלַאכְתֶּךָ. יג וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ-וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ-וַאֲמָתֶךָ וְשׁוֹרְךָ וַחֲמֹרְךָ וְכָל-בְּהֶמְתֶּךָ, וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ לְמַעַן יָנוּחַ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ כָּמוֹךָ. (דברים ה: יב- יג) ש

12 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de tout ton labeur ; 13 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Seigneur : tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton serviteur et ta servante, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs ; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. (Deutéronome 5 : 12- 13).

Le Jour du Shabbat s’affirme être donc à l’extrême opposé de la vision d’un monde où la Nécessité – allusion à la déesse Anankè issue de la mythologie grecque unie au dieu Chronos– fixerait définitivement et inexorablement le cours l’Histoire des hommes. Ainsi il incombe aux hommes, par le biais du respect du Shabbat, de briser les chaînes de l’iniquité et d’étouffer le feu d’une violence sans frontière. C’est en cela que le Shabbat est à même d’ébranler le monde, en révolutionnant notre mode de pensée. Au jour du Shabbat, l’Homme n’écrit plus sa propre histoire, il crie son espoir d’un monde meilleur. Il ne médit plus sur autrui, Il médite sur l’altruisme. Il ne panse plus les blessures d’un monde passé, il pense aux bénédictions d’un monde en devenir. Le retrait est novateur et créateur !

Dans son œuvre « les Bâtisseurs du temps », Avraham Yehoshua Heschel annonce que « les monuments de pierre sont voués à disparaître ; les jours de l’esprit ne s’échappent pas… La civilisation technique… est la victoire de l’homme sur l’espace ; mais le temps demeure inviolé. Nous pouvons triompher de la distance, mais non pas ramener le passé ou sonder l’avenir. L’homme l’emporte sur l’espace, mais le temps transcende l’homme » (p. 199 et 200).

«הָרַחֲמָן הוּא יַנְחִילֵנוּ יום שֶׁכֻּלּו שַׁבָּת וּמְנוּחָה לְחַיֵּי הָעולָמִים»

« Le Miséricordieux nous fera hériter d’un Jour qui sera totalement SHaBbaT cessation et repos à tout jamais » (Prière).

Nous vivons, sans l’ombre d’un doute, le début d’une ère où s’accomplira le Shabbat universel :

יג אִם-תָּשִׁיב מִשַּׁבָּת רַגְלֶךָ עֲשׂוֹת חֲפָצֶךָ בְּיוֹם קָדְשִׁי וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹנֶג לִקְדוֹשׁ יְהוָה מְכֻבָּד וְכִבַּדְתּוֹ מֵעֲשׂוֹת דְּרָכֶיךָ מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר. יד אָז תִּתְעַנַּג עַל-יְהוָה וְהִרְכַּבְתִּיךָ עַל-במותי (בָּמֳתֵי) אָרֶץ; וְהַאֲכַלְתִּיךָ, נַחֲלַת יַעֲקֹב אָבִיךָ כִּי פִּי יְהוָה דִּבֵּר. (ישעיהו נח: יג-יד).ש

13 Si tu cesses de fouler aux pieds le sabbat, de vaquer à tes affaires en ce jour qui m’est consacré, si tu considères le sabbat comme un délice, la sainte journée de l’Eternel comme digne de respect, si tu le tiens en honneur en t’abstenant de suivre tes voies ordinaires, de t’occuper de tes intérêts et d’en faire le sujet de tes entretiens, 14 alors tu te délecteras dans le Seigneur et je te ferai dominer sur les hauteurs de la terre et jouir -de l’héritage de ton aïeul Jacob… C’est la bouche de l’Eternel qui l’a dit. (Isaïe 58 : 13-14)

[1] Parashot Vayakhel – Pekoudei : Exode 35 : 1 – 38 : 20.

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

Ce contenu a été publié dans Erets Israël. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 Responses to Parashot VaYakel- Pékoudei, Méditation sur le temps du Shabbat

  1. Pascal HENRI dit :

    Le travail dominical s’est banalisé en France et je le déplore car même si ce n’est pas shabbat, çà en avait l’esprit !

  2. Yves Boutboul dit :

    pourquoi l’épouse n’est pas citée ? demande mon épouse…..
    le fils, la fille, le servant, la servante, l’ étranger et mémé les animaux et pas l’épouse !

  3. Tattagan dit :

    Amen quelle belle perspective que cette vision du shabbat comme étant un jour de grande faveur pour que le peuple de L Eternel soit uni à son Créateur.
    Il se cache là un grand mystère que je désire percer par sa grâce. J aspire à être dans la volonté parfaite de Dieu et Yechoua a dit de ne pas oublier un seul commandement et je souhaite inspirer bcp de personnes à respecter, aimer et honorer le shabbat, ne serait ce que mes propres enfants.
    Merci à toi serviteur du Dieu Tout Puissant que jai eu la grâce de rencontrer.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.