Parashat VaYiKra, Méditation sur le sacrifice

Dans le cadre de la Parashah VaYiKra[1], nous méditerons sur la racine ק.ר.ב/ K. R.B. [V] signifiant « s’approcher, approcher, se présenter ».

Le livre du Lévitique, désigné également sous le nom de livre des Cohanim (serviteurs de l’Eternel) décrit maintes injonctions aussi bien d’ordre religieux qu’éthique. Le Lévitique donne une place importante à la pratique des sacrifices dont l’homme occidental a le plus grand mal à comprendre le sens.

א וַיִּקְרָא אֶל-מֹשֶׁה וַיְדַבֵּר ה’ אֵלָיו מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר. ב דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם אָדָם כִּי-יַקְרִיב מִכֶּם קָרְבָּן לַה’ מִן-הַבְּהֵמָה מִן-הַבָּקָר וּמִן-הַצֹּאן תַּקְרִיבוּ אֶת-קָרְבַּנְכֶם. (ויקרא א : א-ב).ש

1 Et l’Éternel appela Moïse, et lui parla, de la Tente d’assignation, en ces termes : 2 « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur : Si quelqu’un d’entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail, c’est dans le gros ou le menu bétail que vous pourrez choisir votre offrande. (Lévitique 1 : 1-2).

Dans notre méditation sur le masque, nous rappelions que pour accéder au Divin, une certaine distance s’impose, car il ne peut y avoir nul mélange entre le divin et l’être humain. La parashah VaYiKra, quant à elle, met en avant la notion de rapprochement entre le Créateur et ses créatures. En effet, Le terme קָרְבָּן /KoRBaN se compose de la racine verbale ק.ר.ב/ K. R.B. [V] signifiant « s’approcher de …, s’avancer à la rencontre de … ».

L’Eternel a-t-il donc besoin de sacrifices ? Ces derniers sont-ils vraiment nécessaires au rapprochement divin ?

ו בַּמָּה אֲקַדֵּם יְהוָה אִכַּף לֵאלֹהֵ מָרוֹם הַאֲקַדְּמֶנּוּ בְעוֹלוֹת בַּעֲגָלִים בְּנֵי שָׁנָה. ז הֲיִרְצֶה יְהוָה בְּאַלְפֵי אֵילִים בְּרִבְבוֹת נַחֲלֵי-שָׁמֶן הַאֶתֵּן בְּכוֹרִי פִּשְׁעִי פְּרִי בִטְנִי חַטַּאת נַפְשִׁי. (מיכה ו: ו-ז).ש

6 « Mais quel hommage offrirai-je au Seigneur ? Comment montrerai-je ma soumission au Seigneur suprême ? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes, avec des veaux âgés d’un an ? 7 Le Seigneur prendra-t-il plaisir à des hécatombes de béliers, à des torrents d’huile par myriades ? Donnerai-je mon premier-né pour ma faute, le fruit de mes entrailles comme rançon expiatoire de ma vie ? » (Michée 6 : 6-7).

C’est effectivement la question que pose le prophète Michée : ces holocaustes, ces sacrifices, ont bien été demandés et prescrits par l’Eternel. Ne sont-ils point tous exposés et expliqués en détail dans le Livre du Lévitique ? Pourtant, le sacrifice, quel qu’il soit, n’est que l’expression extérieure de ce que ressent celui qui offre le sacrifice en son for intérieur. Or, ce que l’Eternel demande, précisément, ce ne sont pas les expressions extérieures de l’être humain, mais l’accès direct à son for intérieur. C’est le sens même de la Téshouva, du retour à l’Eternel, qui rend caduc les sacrifices en tant qu’expression extérieure des sentiments de celui qui offre le sacrifice :

ב שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֺנֶךָ. ג קְחוּ עִמָּכֶם דְּבָרִים וְשׁוּבוּ אֶל-יְהוָה אִמְרוּ אֵלָיו כָּל-תִּשָּׂא עָוֺן וְקַח-טוֹב וּנְשַׁלְּמָה פָרִים שְׂפָתֵינוּ. ו כִּי חֶסֶד חָפַצְתִּי וְלֹא-זָבַח וְדַעַת אֱלֹהִים מֵעֹלוֹת. (הושע יד: ב-ג; ו).ש

2 Reviens, Israël, jusqu’à l’Eternel, ton Seigneur ; car tu n’es tombé que par ton péché. 3 Prenez avec vous des paroles [suppliantes] et revenez au Seigneur ! Dites-lui : « Fais grâce entière à la faute, agrée la réparation nous voulons remplacer les taureaux par cette promesse de nos lèvres… 6 C’est que je prends plaisir à la bonté et non au sacrifice, je préfère la connaissance de Dieu aux holocaustes (Osée 14 : 2- 3 ; 6).

C’est pourquoi, alors que la Tora enjoint aux Hébreux de sacrifier des animaux comme expiation des fautes ou comme acte de gratitude, les prophètes d’Israël, quant à eux, vont essentiellement insister sur les notions de la prière du cœur et de l’étude de la Parole divine, plaçant le sacrifice animal comme secondaire, voire même inutile. De fait, le monde et ce qu’il renferme est la propriété du Créateur suprême. Nous Lui offririons donc ce qui lui appartient déjà !

ט  לֹא-אֶקַּח מִבֵּיתְךָ פָר מִמִּכְלְאֹתֶיךָ עַתּוּדִים. י  כִּי-לִי כָל-חַיְתוֹ-יָעַר בְּהֵמוֹת בְּהַרְרֵי-אָלֶף. יא  יָדַעְתִּי כָּל-עוֹף הָרִים וְזִיז שָׂדַי עִמָּדִי. יב  אִם-אֶרְעַב לֹא-אֹמַר לָךְ כִּי-לִי תֵבֵל וּמְלֹאָהּ. יג  הַאוֹכַל בְּשַׂר אַבִּירִים וְדַם עַתּוּדִים אֶשְׁתֶּה. (מזמור תהלים נ: ט-יג).ש

9 Je ne réclame pas de taureau de ta maison, ni des béliers de tes parcs. 10 Car à moi sont tous les fauves de la forêt, les bêtes qui peuplent par milliers les montagnes. 11 Je connais tous les oiseaux des hauteurs, tout ce qui se meut dans les champs est à ma portée. 12 Dussé-je avoir faim, je ne te le dirais pas, car l’univers, avec ce qu’il renferme, m’appartient. 13 Est-ce donc que je mange la chair des taureaux ? Est-ce que je bois le sang des béliers ? (Psaume 50 : 9-13).

L’Eternel aspire aux actions de grâce qui viennent du cœur !

יד  זְבַח לֵאלֹהִים תּוֹדָה וְשַׁלֵּם לְעֶלְיוֹן נְדָרֶיךָ. (מזמור תהלים נ: יד).ש

14 En guise de sacrifice, offre au Seigneur des actions de grâce, ainsi tu acquitteras tes vœux envers le Très-Haut. (Psaume 50 : 14).

Est-ce un hasard si le mot signifiant « s’approcher, approcher, se présenter », à l’origine du mot « קָרְבָּן/KoRBaN, sacrifice », possède la même racine ק.ר.ב/ K. R.B. [V] que les deux mots «  /קְרָבguerre » (Psaume 144 : 1) et « קֶרֶב/ KéReV (Psaume 64 : 7) intériorité profonde, (pensée intime) de l’homme » ? Le plus significatif est ce qui se passe, chez l’Homme, en son for intérieur : c’est la lutte continuelle et incessante qui se joue dans le cœur même de l’Homme, entre le bon penchant יֵצֶר הָטּוֹב/Yetser HaTov et le mauvais penchant יֵצֶר הָרַע  /Yetser HaRa de l’Homme, lequel pénètre le cœur de l’Homme. Il pourrait même être comparé au virus Corona qui sévit actuellement, immobilisant toute l’économie mondiale et s’étendant indistinctement à toutes les couches de la société et à toutes les populations.

Les équipes médicales sont mises à rude épreuve. Bravant le spectre de la mort prêts, pour la plupart d’entre elles, à sacrifier leur vie, elles vont tenter coûte que coûte d’apporter un soin salvateur à la souffrance physique et morale d’êtres atteints du coronavirus. Ce noble et suprême sacrifice de soi n’est autre que l’expression ultime de l’éveil de l’étincelle divine au sein du plus intime de la conscience humaine. Le personnel sanitaire de tous les pays, composé de médecins, d’infirmières et de tous ceux qui accompagnent leurs efforts quasiment sisyphiques s’exposent à mourir dans cette guerre où l’ennemi fantôme et silencieux frappe sans distinction. Et pourtant, sans aucune hésitation, le corps médical en son entier répond : הִנֶּנּוּ, Hinnénnou ! Nous voici !

A eux notre hommage et notre louange éternels.

ח הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה-טּוֹב וּמָה-יְהוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם-עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם-אֱלֹהֶיךָ. (מיכה ו: ח).ש

8 Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi : rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Seigneur (Michée 6 : 8).

Si, dans la lutte virale contre le corona, il convient de renforcer le système immunitaire de chacun, de la même manière, dans la lutte contre le Yetser HaRa, il faut renforcer la Présence divine dans le cœur de l’Homme, par l’étude biblique et la mise en pratique de cette même étude, pour que la Parole divine puisse transformer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, qui, en rendant tout sacrifice définitivement inutile, constituerait un parfait système immunitaire contre le Yetser HaRa, le mauvais penchant, qui, bien que présent dans le corps comme un virus, n’aurait plus le pouvoir de nuire.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר. (יחזקאל לו: כו).ש

26 Et Je vous donnerai un cœur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le cœur de pierre de votre sein et je vous donnerai un cœur de chair. (Ezéchiel 36 : 25).

[1] Parashah Vayikra : Lévitique 1 : 1-5 : 26.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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4 Responses to Parashat VaYiKra, Méditation sur le sacrifice

  1. Gaul Leclercq Myriam dit :

    Merci beaucoup Haim. Moins d espace temps pour le travail , c est plus de temps pour la louange et la méditation. Voilà du positif . Shalom.

  2. Frédérique de CARA dit :

    Le sacrifice qui plait à D.ieu est un esprit brisé ,tu ne repousses pas O mon D.ieu un coeur brisé et broyé ( ps 50 ) peut on y faire allusion ici ?

  3. Yves Boutboul dit :

    ו כִּי חֶסֶד חָפַצְתִּי וְלֹא-זָבַח וְדַעַת אֱלֹהִים מֵעֹלוֹת. (מיכה יד: ב-ג; ו)
    6 C’est que je prends plaisir à la bonté et non au sacrifice, je préfère la connaissance de Dieu aux holocaustes (Osée 14 : 2- 3 ; 6). en hébreu Miha en français Osée
    il ne s’agit pas de Osée 14 6 je ne retrouve pas….

  4. Yves Boutboul dit :

    leurs efforts quasiment zizyphiques
    mot inconnu dans le Robert….
    le Littré donne: terme de chimie acide cristallisable de l’extrait de jujubier.
    j’adore les jujubes que nous tunisiens mangeons à Rosh A Shanah mais quel est le rapport ?
    explique STP cher professeur un peu pédant que nous adorons !

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