Parashat Shémini, Abolition de la peine de mort animale

Dans le cadre la Parashat Shémini, la racine verbale  ש.ח.ט. / Sh.’H.T. signifiant « immoler, égorger » inspirera notre méditation du Shabbat.

ח וַיִּקְרַב אַהֲרֹן אֶל-הַמִּזְבֵּחַ וַיִּשְׁחַט אֶת-עֵגֶל הַחַטָּאת אֲשֶׁר-לוֹ. (ויקרא ט: ח).ש

8 Et Aaron s’approcha de l’autel, et il immola le veau expiatoire destiné à lui-même (Lévitique 9 : 8)[1].

Le texte biblique est on ne peut plus clair sur la méthode d’abattage de l’animal consacré à l’Eternel. La racine verbale  ש.ח.ט. / Sh.’H.T signifiant « immoler, égorger »  témoigne d’une terrible violence déployée par l’homme à l’encontre d’un être vivant qui ne demandait qu’à vivre.

Ce même verbe est employé dans le cas de meurtre humain :

ה הַנֵּחָמִים בָּאֵלִים תַּחַת כָּל-עֵץ רַעֲנָן שֹׁחֲטֵי הַיְלָדִים בַּנְּחָלִים תַּחַת סְעִפֵי הַסְּלָעִים. (ישעיהו נז: ה).ש

5 Vous vous enflammez dans les bocages, sous chaque arbre verdoyant ; vous égorgez les enfants dans les ravins, sous les pointes des rochers ! (Isaïe 57 : 5).

Il se pourrait même que le prophète fasse référence aux enfants immolés à Molokh, d’où l’emploi de cette racine verbale.

Autre référence :

ז וַיְהִי כְּבֹא הַסֵּפֶר אֲלֵיהֶם וַיִּקְחוּ אֶת-בְּנֵי הַמֶּלֶךְ וַיִּשְׁחֲטוּ שִׁבְעִים אִישׁ וַיָּשִׂימוּ אֶת-רָאשֵׁיהֶם בַּדּוּדִים וַיִּשְׁלְחוּ אֵלָיו יִזְרְעֶאלָה. (מלכים ב’, י’, ז’).ש

7 Au reçu de cette lettre, ils s’emparèrent des fils du roi et égorgèrent tous les soixante-dix. Puis ils mirent leurs têtes dans des paniers et les lui envoyèrent à Jezréel. (II Rois 10 : 7).

L’on explique généralement que l’immolation de l’animal se substituant à celle de l’homme serait préférable à la mise à mort de ce dernier.

Est-ce là, néanmoins, un argument suffisamment solide et tangible qui viendrait légitimer une telle effusion de sang et octroyer une bonne conscience à l’Homme ? La Tora, si éprise de Vie, dénommée à propos תּוֹרַת חַיִּים ToRaT HaYiM (« Tora de Vie »), peut-elle raisonnablement accepter et permettre que des créatures vivantes douées de conscience, de surcroît créées par l’Eternel, soient égorgées par celui-là même qui aurait failli à la volonté divine ?

Revenons aux trois Patriarches d’Israël, fondateurs de la future nation hébraïque, Avraham, Its’hak et Ya’akov et posons-nous la question de savoir pourquoi ils édifièrent des autels ? A priori nous serions tentés de penser que leur raison principale serait le dessein d’y présenter des sacrifices à l’Eternel. Comment pourrait-il en être autrement ?

Méditons à partir de la source biblique :

Alors qu’Avraham édifie quatre autels, dont trois à Shekhem (appelée aussi Elon Moré ; Genèse 12 : 6-7), à Beit-El (Genèse 12 : 8; 13 : 3), à Hébron (dénommée aussi Eloné Mamré; Genèse 13 : 18); son fils Its’hak ne construit qu’un seul et unique autel à Beer-Sheva (Genèse 26 : 25), après avoir réussi à s’installer à Réhovoth (Genèse 26: 22). Ya’akov, quant à lui, construit deux autels, le premier à Shekhem (Genèse 33 : 20) et le second à Beit-El (Genèse 35 : 6-7) lors de son retour d’exil après avoir fui de devant son frère Esaü.

Quel est donc le but essentiel de l’édification de ces autels ? La source biblique surprend en nous enseignant qu’Avraham, à Beit-El, y invoque le Nom de l’Eternel sans même y apporter un quelconque sacrifice :

ח וַיַּעְתֵּק מִשָּׁם הָהָרָה מִקֶּדֶם לְבֵית-אֵל וַיֵּט אָהֳלֹה בֵּית-אֵל מִיָּם וְהָעַי מִקֶּדֶם וַיִּבֶן-שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה.ש 

8 Il se transporta de là vers la montagne à l’est de Béthel et y dressa sa tente, ayant Béthel à l’occident et Aï à l’orient ; il y érigea un autel au Seigneur, et il proclama le nom de l’Éternel (Genèse 12 : 8)

Its’hak, lui aussi, construit un autel pour y invoquer le Nom divin :

כה וַיִּבֶן שָׁם מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה וַיֶּט-שָׁם אָהֳלוֹ וַיִּכְרוּ-שָׁם עַבְדֵי-יִצְחָק בְּאֵר. (בראשית כו: כה).ש

25 Il érigea en ce lieu un autel et proclama le nom de l’Éternel. Il y dressa sa tente et ses serviteurs y creusèrent un puits. (Genèse 26 : 25).

Ya’akov marche sur les traces de ses aïeuls et lui également :

כ וַיַּצֶּב-שָׁם מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא לוֹ אֵל אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל. (בראשית לג: כ).  ש

20 …érigea un autel qu’il dénomma : « le Seigneur est le Seigneur d’Israël. »

Moïse, après sa victoire, édifie un autel sur lequel, comme les Patriarches, il n’offre aucun sacrifice comme l’on aurait pu naturellement s’y attendre :

טו וַיִּבֶן מֹשֶׁה מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא שְׁמוֹ יְהוָה נִסִּי. (שמות יז: טו).ש

15 Et Moïse érigea un autel, qu’il nomma : « Le Seigneur est ma bannière. » (Exode 17 : 15).

Ni les Patriarches ni même le plus grand des prophètes ne fondent le culte divin sur l’immolation de l’animal.

כב כִּי לֹא-דִבַּרְתִּי אֶת-אֲבוֹתֵיכֶם וְלֹא צִוִּיתִים בְּיוֹם הוציא (הוֹצִיאִי) אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם עַל-דִּבְרֵי עוֹלָה וָזָבַח. (ירמיהו ז: כב).ש

22 Car Je [L’Eternel] n’ai rien dit, rien ordonné à vos ancêtres, le jour où je les ai fait sortir du pays d’Egypte, en fait d’holocauste ni de sacrifice. (Jérémie 7 :22).

Effectivement, ces autels ne servent point aux sacrifices, mais à concrétiser de manière extérieure le lien intrinsèque qui unit le Patriarche à la divinité. Pour cela, point besoin de sacrifices. Ces autels sont l’ancêtre de l’autel de l’encens qui sera établi dans le Mishkan (Tabernacle du Désert), d’abord, puis dans le Temple.

Quant à l’autel qu’Avraham construisit sur le Mont Moriah (Genèse 20 : 9) sa vocation aurait dû être la même : exprimer, voire même sublimer ce lien intrinsèque qui unit la divinité à l’Homme, au Patriarche. Or, Avraham a construit cet autel en lui donnant le même but que l’autel des sacrifices qui figurait au Mishkan, au Temple. Or, sacrifier des sacrifices animaux représente un éloignement, une distance de plus entre celui qui sacrifie et la divinité, et non point un rapprochement, puisque les sacrifices offerts représentent tous l’état d’esprit, le for intérieur de celui qui offre le sacrifice et sont un écran de plus entre l’Homme et la divinité. Pourtant, Avraham n’a point voulu sacrifier d’animal représentant son propre for intérieur, mais son propre fils ! rejoignant en cela les hommes des civilisations environnantes qui offraient des sacrifices à leurs dieux pour qu’ils se montrent favorables.

Pour en revenir au Mishkan, ce n’est qu’après le Don de la Tora au mont Sinaï et la construction de la Tente du Rendez-Vous que de nombreux sacrifices (חַטָּאת Hatat, עוֹלֶה וְיוֹרֵד  Olé VéYored, אָשָׁם  Asham) deviennent obligatoires, témoignant, alors, du déclin moral d’Israël.  Ces mêmes sacrifices, auxquels s’ajoutent l’holocauste (עוֹלָה Olah) et les pacifiques (שְׁלָמִים Shelamim) ne pouvaient être consommés qu’à l’intérieur du parvis de la Tente du Rendez-Vous, prohibant ainsi toute forme possible de consommation de viande profane en-dehors de la sphère du sacré. L’animal, même abattu cruellement, demeure la propriété exclusive de Son Créateur. Et si la consommation de viande, lors de l’entrée des Hébreux en terre promise, devient autorisée, elle n’en est pas moins désignée péjorativement «  בְּשַׂר תַּאֲוָה BaSsaR Ta’aVaH, La chair du désir » (Deutéronome 12 : 20).

Israël se doit plus que jamais d’être un modèle de non-violence et la lumière des Nations en se prononçant en faveur de l’abolition totale et absolue de la mise à mort de millions de têtes de bétail en appelant à fermer tous les abattoirs sans exception aucune, nonobstant la critique que pourrait susciter cette démarche révolutionnaire chez les antisémites trop heureux d’y trouver un alibi à leurs thèses révisionnistes et négationnistes. Rappelons que la législation nazie, en 1933, interdira la she’hita, l’abattage rituel juif au motif d’épargner toute souffrance inutile à l’animal. Hitler concevra, en 1941, la solution finale qui conduira à l’une des souffrances humaines incommensurables, la shoah. Mais cela ne doit en aucune manière constituer une raison pour ne rien faire ! Le choix de l’indifférence face à tant d’horreur perpétrée et légalisée par le genre humain ne nous serait point pardonnée par les générations futures qui saisiront, elles, l’ampleur de cette faute morale. En une ère d’élévation morale, le respect de l’intégrité de l’animal devrait être l’une des priorités majeures comme le fut, au XIXe siècle l’abolition de l’esclavage en Europe.

ז  צִדְקָתְךָ כְּהַרְרֵי-אֵל מִשְׁפָּטֶיךָ תְּהוֹם רַבָּה אָדָם וּבְהֵמָה תוֹשִׁיעַ יְהוָה. (מזמור תהלים לו: ז).ש

7 Ta justice est comme les montagnes puissantes, tes arrêts sont comme l’immense abîme : aux hommes et aux bêtes, tu es secourable, Eternel ! (Psaume 36 : 7).

[1]  Parashat Shémini, Lévitique 9: 1- 11: 47

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

Ce contenu a été publié dans Erets Israël, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Parashat Shémini, Abolition de la peine de mort animale

  1. Nathalie Trotzier dit :

    Les âmes vivantes appartiennent à L Eternel et nous répondrons de leur âme.
    Puisse ce beau message être entendu et les animaux vivre au milieu de nous.
    Pour l amour de la vie
    Amen

  2. Yves Boutboul dit :

    20 …érigea un autel qu’il dénomma : « le Seigneur est le Seigneur d’Israël. »
    il manque la référence en français: Genèse 33-20
    et pas de points de suspensions; c’est bien le début.

    Sur le fond, tu montres bien par le texte que les sacrifices animaux ne sont pas prescrits partout dans la Torah.
    Mais par le texte on pourrait aussi démontrer que les patriarches sont des mangeurs de viande.

    J’admire ton combat pour « l’abolition » mais ce combat a t il besoin de la Torah ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.