Parashot Aharei-Mot-Quédoshim, Méditation sur l’Amour

Dans le cadre de notre lecture shabbatique[1], nous méditerons sur la racine א.ה.ב. / A. H. V. signifiant « aimer ».

L’un des plus célèbres versets de la Tora nous enjoignant d’aimer notre prochain se trouve dans la parashah Quedoshim relative à la sainteté :

יח לֹא-תִקֹּם וְלֹא-תִטֹּר אֶת-בְּנֵי עַמֶּךָ וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ אֲנִי יְהוָה. (ויקרא יט: יח).ש

18 Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même : je suis l’Éternel. (Lévitique 19 : 18).

Ce verset, aussi célèbre qu’il soit, est-il pour autant compris à sa juste valeur et accompli comme il se doit ?

Que signifie « aimer son prochain » ? Comment exprimer notre amour à autrui ? L’amour n’est-il donc qu’absence de vengeance et de rancune envers autrui ?

La racine hébraïque א.ה.ב. / A. H. V. signifiant « aimer » et la racine araméenne י.ה.ב./ Y.H.V. signifiant « donner, offrir » ont originellement la même racine, la première radicale Yod (י) araméenne correspondant à la consonne Alef (א) du verbe « aimer » en hébreu.

Aimer, c’est donner !

Nombreuses sont les sources bibliques témoignant de l’amour des hommes disposés à donner de leurs biens, de leur temps et de leur énergie à autrui :

Noa’h (Noé) sauve les animaux, les germes de la Planète et l’Humanité (Genèse 6, 17-21) d’une perte inéluctable ; Le Patriarche Avraham offre généreusement l’hospitalité à trois hommes anonymes venus de nulle part (Genèse 18, 2-8) ; La Matriarche Rébecca, quant à elle, abreuve les chameaux d’Eliézer, le fidèle serviteur d’Avraham, sans même qu’Eliézer le lui ait demandé :

מו וַתְּמַהֵר וַתּוֹרֶד כַּדָּהּ מֵעָלֶיהָ וַתֹּאמֶר שְׁתֵה וְגַם-גְּמַלֶּיךָ אַשְׁקֶה וָאֵשְׁתְּ וְגַם הַגְּמַלִּים הִשְׁקָתָה. (בראשית כד: מו).ש

46 Et aussitôt elle a ôté sa cruche de dessus son épaule, en disant : ‘Bois [s’adressant à Eliezer] et puis j’abreuverai tes chameaux.’ (Genèse 24 : 46).

Puis, dès lors que le plus grand des prophètes bibliques, Moïse, découvre la souffrance de ses propres frères hébreux esclaves en Egypte, il se pose en avocat des plus faibles (Exode 2, 12-13) et, plus tard, à la demande de l’Eternel, il se dévouera à tout Israël.

Toutefois, le plus grand amour dans la Bible demeure celui de Yéhonathan (Jonathan) envers David :

 

ג וַיִּכְרֹת יְהוֹנָתָן וְדָוִד בְּרִית בְּאַהֲבָתוֹ אֹתוֹ כְּנַפְשׁוֹד וַיִּתְפַּשֵּׁט יְהוֹנָתָן אֶת-הַמְּעִיל אֲשֶׁר עָלָיו וַיִּתְּנֵהוּ לְדָוִד וּמַדָּיו וְעַד-חַרְבּוֹ וְעַד-קַשְׁתּוֹ וְעַד-חֲגֹרוֹ. (שמואל א, יח: ג-ד).ש

3 Et Jonathan conclut une alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme lui-même ; 4 Et il se dépouilla du manteau qu’il portait et le donna à David, ainsi que son costume, et jusqu’à son épée, son arc et sa ceinture. (I Samuel 18 : 3-4).

Cet amour totalement dénué de tout intérêt personnel conduit Jonathan, haï lui-même par son propre père Shaoul (Saül) qui lui reproche son amitié avec David, qu’il sait être son rival, à abandonner tout désir de pouvoir au profit de David, qui doit s’enfuir de devant Shaoul (Saül).

Aimer, c’est renoncer à une part de soi-même !

Néanmoins, « Personne n’est devenu pauvre en donnant » (Anne Frank). Renoncer à une part de soi-même dans l’instant ne signifie donc point nécessairement perdre l’essentiel de sa vie et de son identité à long terme. Ainsi, la Matriarche Rivka, en abreuvant les chameaux d’Eliézer, fait preuve de générosité et répond sans en avoir conscience aux vœux de ce dernier (Genèse 24 : 12-20). Elle deviendra l’épouse du deuxième Patriarche d’Israël Yits’hak et donnera naissance à Ya’akov (Jacob), le troisième Patriarche, d’où seront issues les douze tribus.

Jacques Attali, ancien conseiller du Président François Mitterrand, adopte, quant à lui, la notion d’« altruisme intéressé ».

N’est-il point dit « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?

Le premier meurtre de l’histoire humaine, expliquent les Sages d’Israël, trouve son origine dans le refus de CaYiN (Caïn) de vivre en bonne entente avec son frère HeVeL (Abel) chacun occupant l’espace vital dont il a besoin pour vivre, en respectant les besoins de l’autre. Le noble dessein de collaborer à l’édification d’un monde harmonieux et équilibré requiert le développement d’une conscience ouverte au principe d’Unité régnant dans l’univers.

Aimer, c’est embrasser tous les mondes ! 

Le Pasteur Martin-Luther King affirme : « Un individu n’a pas commencé à vivre jusqu’à ce qu’il puisse s’élever au-dessus des limites étroites de ses préoccupations individualistes aux préoccupations plus larges de toute l’humanité ».

Donner une part de notre lumière, aussi infime soit-elle, à autrui, loin d’amoindrir la nôtre, bien au contraire l’agrandit sans fin. Partager nos connaissances, notre expérience, notre joie de vivre non seulement rajoute à celles des autres mais, de surcroît, anoblit son donateur.

Que sommes-nous capables de donner à notre famille, à nos amis ?  Quelle est notre contribution en temps, en argent, en aide à l’ensemble de la Planète, espace de Vie où évoluent animaux et plantes ?

La Vie est le fruit du don, fruit lui-même de l’amour.

Le Rabbin Dessler (1892-1953), dans sa grande sagesse, explique :

«יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהַנְּתִינָה בָּאָה בְּעִקְבוֹת הָאֲהָבָה, הָאֲהָבָה בָּאָה בְּעִקְבוֹת הַנְּתִינָה»ש

« Bien plus que le don ne découle de l’amour, l’amour découle du don ».  (Rav Dessler, « Kountrass Ha’hessed »). 

La vie de sainteté n’est donc point seulement axée sur le retrait et la séparation d’avec le monde mais se fonde sur la voie de l’« Imitatio Dei », à savoir, marcher sur les pas de l’Eternel, qui, dans sa bienveillance éternelle et infinie, ne cesse de prodiguer de l’Amour à ses créatures et à tous les êtres doués de Vie et de conscience.

Le Rav Avraham Yts’hak HaCohen Kook disait :

«אַהֲבַת הַבְּרִיּוֹת צְרִיכָה לִהְיוֹת חָיָה בַּלֵּב וּבַנְּשָׁמָה, אַהֲבַת כָּל הָאָדָם בְּיִחוּד, וְאַהֲבַת כָּל הָעַמִּים כּוּלָּם, חֶפֶץ עִילוּיָּם וּתְקוּמָתָם הָרוּחָנִית וְהַחָמְרִית. וְהַשִּׂנְאָה צְרִיכָה לִהְיוֹת רַק עַל הָרִשְׁעָה וְהַזּוֹהָמָא שֶׁבָּעוֹלָם. אִי אֶפְשָׁר כְּלָל לָבֹא לִידֵי רוּם הָרוּחַ שֶׁל « הוֹדוּ לַה’ קִרְאוּ בִשְׁמוֹ הוֹדִיעוּ בָעַמִּים עֲלִילֹתָיו. » (דברי הימים א, טז: ח) בְּלֹא אֲהָבָה פְּנִימִית, מֵעִמְקֵי־לֵב וָנֶפֶשׁ, לְהֵיטִיב לָעֵמִּים כּוּלָּם, לְשַׁפֵּר אֶת קִנְיְנֵיהֶם, לְאַשֵּׁר אֶת חַיֵּיהֶם.» (הרב  א.י. קוק, מידות הראי »ה, בתוך: א.י. קוק, מוסר אביך, ירושלים תשל »א, עמ’ צ »ד)

« L’amour des créatures doit être dans le cœur et l’âme, l’amour de tout homme en particulier et l’amour de tous les peuples sans exception, le désir ardent de leur élévation et de leur régénération spirituelle et physique. La haine ne doit porter que sur le Mal et la fange dans le monde. Il est absolument impossible d’arriver à l’élévation de l’esprit : « Rendez hommage à l’Eternel, proclamez son nom, Publiez parmi les nations ses hauts faits. » (I Chroniques 16 : 8) sans amour qui vient de notre for intérieur, tiré des profondeurs du cœur et de l’âme, afin d’apporter le bien à tous les peuples, améliorer leurs biens matériels, rendre leur vie heureuse » (Rav A. Y. Hacohen Kook, Midot Hareiyah, dans : A. Y. Hacohen, Moussar Avikha, Jérusalem 1971, p. 94).  ּ

[1] Parashat Aharei Mot-Quedoshim : Lévitique 16, 1-20, 27.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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4 Responses to Parashot Aharei-Mot-Quédoshim, Méditation sur l’Amour

  1. Christian ANGA dit :

    Merci Haïm, excellent!
    Shabbat Shalom

  2. Charlotte Le Roux dit :

    Merci. C’est une grande chance pour moi de pouvoir vous lire. Merci pour votre ouvrage et votre partage. Bien à vous.

  3. Nathalie Trotzier dit :

    Yeshoua dit : »je vous ai aimes comme le Père m a aimé.
    Aimez vous comme je vous ai aimés.
    Il n y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »

    L amour supporte tout enduré tout…Il se réjouit de la justice..lettre aux corinthien 13.

    Celui qui aime souffre dans ce monde….Ne livrons pas la création aux fils du diable.

  4. bettydupuis dit :

    Haïm, l’Amour que tu partages dans ses paroles de la Torah est l’Amour que tout homme doit vivre. C’est un devoir d’aimer comme il nous a aimé.
    18 Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même : je suis l’Éternel. (Lévitique 19 : 18). C’est une règle d’Or, Universelle. Aimer son prochain comme soi même en appelle à la réconciliation Haïm…Le Pardon, L’Amour, La Vie….

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