Parashat BéHa’alothékha, Méditation sur la grossesse

Dans le cadre de la Parasha BeHa’alothekha[1], notre méditation se tournera vers la racine verbale [ה.ר.י[ה/ H. R. Y [H] signifiant « être enceinte, concevoir un enfant ».

יב הֶאָנֹכִי הָרִיתִי אֵת כָּל-הָעָם הַזֶּה אִם-אָנֹכִי יְלִדְתִּיהוּ כִּי-תֹאמַר אֵלַי שָׂאֵהוּ בְחֵיקֶךָ כַּאֲשֶׁר יִשָּׂא הָאֹמֵן אֶת-הַיֹּנֵק עַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לַאֲבֹתָיו. (במדבר יא: יב).ש

12 Est-ce donc moi qui ai conçu tout ce peuple, moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte le nourrisson, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères ? (Nombres 11 : 12).

Moïse, exaspéré par l’attitude des fils d’Israël se plaignant de ne point pouvoir consommer de la viande en plein désert, se tourne vers l’Eternel afin de lui faire savoir combien lui, le Prophète d’Israël, est exténué et n’a plus la force de guider ce peuple à la nuque raide.

Notons l’allitération avec le verbe הֲרֵעֹתָ/ HaRe’oTa mentionné dans le verset précédent :

יא וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה, לָמָה הֲרֵעֹתָ לְעַבְדֶּךָ וְלָמָּה לֹא-מָצָתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ לָשׂוּם אֶת-מַשָּׂא כָּל-הָעָם הַזֶּה עָלָי. (במדבר יא: יא).ש

11 et il dit à l’Éternel : « Pourquoi as-tu fais du mal à ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, et m’as-tu imposé le fardeau de tout ce peuple ? (Nombres 11 : 11).

הֲרֵעֹתָ/ HaRé’oTa (« Tu as causé du mal ») est très proche sur le plan sonore du verbe הָרִיתִי / HaRiTi (« j’ai mis au monde »).

Pourquoi la racine verbale  [ה.ר.י[ה/ H. R. Y [H] est-elle utilisée par Moïse ? En effet, trois autres verbes auraient pu être mis dans la bouche du Prophète :

ו הַלְיְהוָה תִּגְמְלוּ-זֹאת עַם נָבָל וְלֹא חָכָם הֲלוֹא-הוּא אָבִיךָ קָּנֶךָ הוּא עָשְׂךָ וַיְכֹנְנֶךָ.  (דברים לב: ו).ש

6 Est-ce ainsi que vous payez Dieu de retour, peuple insensé et peu sage ? N’est-il donc pas ton père, ton créateur ? N’est-ce pas lui qui t’a fait et qui t’a fondé ? (Deutéronome 32 : 6).

Ces trois verbes ק.נ.י / K. N. Y, ע.שׂ.י  / ‘. S. Y et כ.ו.ן / K. O. N. renvoient à la notion de conception physique. L’Eternel crée le peuple d’Israël comme il crée l’univers. La naissance d’Israël est mise sur le même plan que la naissance du monde, par l’emploi des mêmes verbes.

Quant au verbe [ה.ר.י. [ה H. R. Y [H], au-delà de sa signification matérielle, il renvoie également à une notion spirituelle et mentale.

Moïse, comparé à la femme enceinte, portant à lui seul l’ensemble des Hébreux, va devoir relever le défi de faire des enfants d’Israël un peuple uni en formant son caractère spirituel. D’ailleurs la conception de tout projet ou initiative, comme celui d’un enfant, avant de prendre forme, doit d’abord naître en esprit, en imagination. Nous l’apprenons dans le TaNaKh par la négative :

טו  הִנֵּה יְחַבֶּל אָוֶן וְהָרָה עָמָל וְיָלַד שָׁקֶר. (תהלים ז: טו).ש

15 Voyez, [le méchant] ourdit l’iniquité, il conçoit le mal et enfante le mensonge (Psaume 7 : 15).

La période de grossesse est précédée, dans le meilleur des cas, par un temps de conception mentale au cours de laquelle la mère et le père visualisent et idéalisent leur futur enfant en développant leur désir d’enfant. Ils portent son image en leur sein. Le mot HoRaH [HoRaTaM הוֹרָתָם « leur mère »] signifie « mère » (Osée 2 : 7) et HoRiM הוֹרִים « parents » (Genèse 49 : 26) car même après la naissance de l’enfant, la responsabilité leur incombe de les former par l’enseignement et l’acquisition de valeurs telles que le respect d’autrui et l’amour du prochain. Le verbe « enseigner / LéHoRoT לְהוֹרוֹת » [forme verbale factitive] dont la racine hébraïque est [י.ר.י.[ה/ Y. R. Y [H] est proche de [ה.ר.י. [ה/ H. R. Y [H].

Autrement dit, l’enfantement, loin d’être la fin d’un processus créatif, n’en constitue, en fait, que le commencement. Concevoir un enfant, l’amener au monde suppose, selon l’enseignement biblique, prendre soin de lui sur le plan éducatif et le soutenir dans son développement aussi bien intellectuel, mental que spirituel. L’on peut affirmer que la dimension éthique l’emporte sur la dimension biologique.

Ainsi la Tora תּוֹרָה, l’Enseignement divin הוֹרָאָה, sortira de la montagne הַר du Seigneur :

ב וְהָיָה בְּאַחֲרִית הַיָּמִים נָכוֹן יִהְיֶה הַר בֵּית-יְהוָה בְּרֹאשׁ הֶהָרִים וְנִשָּׂא  מִגְּבָעוֹת וְנָהֲרוּ אֵלָיו כָּל-הַגּוֹיִם. (ישעיהו ב:ב)ש

2 Et il arrivera, à la fin des temps, que la montagne de la maison du Seigneur sera affermie sur la cime des montagnes et se dressera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront. (Isaïe 2 : 2).

Le terme « montagne, הַר /HaR » en hébreu, dont la racine verbale est [ה.ר.י[ה/ H. R. Y [H], enseigne que Jérusalem, comme une femme enceinte porteuse d’un fœtus prometteur, donnera naissance à la Tora תּוֹרָה, l’enseignement de l’Eternel הוֹרָאָה, que les Nations viendront étudier et méditer. Jérusalem deviendra, alors, à la fois la Matrice et le Cordon ombilical de la Connaissance divine qui, illuminant le monde, ouvrira une ère de Paix pour l’ensemble du genre humain.

ט לֹא-יָרֵעוּ וְלֹא-יַשְׁחִיתוּ בְּכָל-הַר קָדְשִׁי כִּי-מָלְאָה הָאָרֶץ דֵּעָה אֶת-יְהוָה כַּמַּיִם לַיָּם מְכַסִּים.  (ישעיהו יא: ט).ש

9 Plus de méfaits, plus de violences sur toute la montagne de Sainteté ; car la terre sera pleine de la Connaissance du Seigneur, comme l’eau abonde dans le lit des mers. (Isaïe 11 : 9).

[1] Parashat BéHa’alothékha : Nombres 8: 1-12:16.

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Shabbat shalom  !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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