Parashat Balak, Méditation : transformer la malédiction en bénédiction !

Dans le cadre de la Parashat Balak[1], notre méditation portera sur la racine de la malédiction נ.ק.ב./ N.K.B. ou ק.ב.ב./ K.B.B. signifiant « maudire ».

Balak, roi de Moav, recrute les services du prophète des Nations Bil’am, dans le dessein de maudire Israël :

ז וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר מִן-אֲרָם יַנְחֵנִי בָלָק מֶלֶךְ-מוֹאָב מֵהַרְרֵי-קֶדֶם לְכָה אָרָה-לִּי יַעֲקֹב וּלְכָה זֹעֲמָה יִשְׂרָאֵל. (במדבר כג: ז).ש

7 Et il proféra son oracle en disant : « Il me fait venir d’Aram, BaLaK roi de Moab ; il m’appelle des monts de l’orient : « Viens maudire pour moi Jacob ! Oui, viens menacer Israël ! » (Nombres 23 : 7).

Bil’am répond :

ח מָה אֶקֹּב לֹא קַבֹּה אֵל וּמָה אֶזְעֹם לֹא זָעַם יְהוָה. (במדבר כג: ח).ש

8 Comment maudirais-je celui que le Seigneur n’a point maudit ? Comment menacerai-je, quand l’Éternel est sans colère ? (Nombres 23 : 8).

Bil’am explique à Balak qu’il n’est point en son pouvoir de maudire le peuple que l’Eternel a béni.

יא וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל-בִּלְעָם מֶה עָשִׂיתָ לִי לָקֹב אֹיְבַי לְקַחְתִּיךָ וְהִנֵּה בֵּרַכְתָּ בָרֵךְ. (במדבר כג: יא).ש

11 Et Balak dit à Balaam : « Que m’as-tu fait ! J’ai eu recours à toi pour maudire mes ennemis, et voilà que tu les bénis, au contraire ! » (Nombres 23 : 11).

Mais en quoi cette remarque est-elle importante ?

י וַיִּחַר-אַף בָּלָק אֶל-בִּלְעָם וַיִּסְפֹּק אֶת-כַּפָּיו וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל-בִּלְעָם לָקֹב אֹיְבַי קְרָאתִיךָ וְהִנֵּה בֵּרַכְתָּ בָרֵךְ זֶה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים. (במדבר כד: י).ש

10 Balak, enflammé de colère contre Bil’am, frappa des mains, et il dit à Bil’am : « C’est pour maudire mes ennemis que je t’avais appelé, et tu as persisté à les bénir, par trois fois ! (Nombres 24 : 10).

La racine verbale נ.ק.ב./ N.K.B. traduite par « maudire » constitue l’une des racines clés de cette parashah.

Quelle est donc la pensée intime de Bil’am que nous retrouvons chez Balak ?

La racine verbale נ.ק.ב./ N.K.B. au-delà de son sens commun, « maudire » signifie également « trouer, faire des trous, percer ». (II Rois 12 : 10 ; Isaïe 36 : 6). L’on peut imaginer que Balak, conscient de son impuissance à attaquer l’Eternel et en éradiquer le Nom, tente, par le biais des malédictions de Bil’am, de paralyser Israël et d’en annihiler toute la force. Mais à trois reprises Bil’am, qui transmet fidèlement les paroles que l’Eternel met dans sa bouche, bénit Israël. L’étude de ces trois bénédictions nous permet de remonter par la négative aux véritables pensées de malédiction qui animent le prophète (encore) Bil’am. Ce dernier promet que l’Eternel octroiera à Israël la force du lion, symbole de la tribu de Juda d’où sera issu le Messie, car Israël…

  • refuse de se soumettre au culte étranger, aux forces de l’au-delà et à l’occultisme (Nombres 23 : 21- 24) ;
  • prend soin de la pudeur d’autrui en respectant la sphère privée (Nombres 24 : 2) ;
  • répond à l’appel de l’étude (Nombres 24 : 5- 9), ce qui lui vaudra la victoire sur ses principaux ennemis Amalek, Edom et Moav .

Ces trois bénédictions constituent en fait l’antithèse absolue de toute la vision spirituelle du monde adoptée par le roi de Moav et les civilisations païennes environnantes. Ainsi, le prince de la tribu de Shim’on (Simon), Salou ben Zimri s’isole dans la tente (alcôve) de Kozbi Bat Tsour, la princesse midianite et cohabite avec elle, s’affichant effrontément avec elle alors que tout Israël pleure les victimes qui viennent de succomber à l’épidémie (Nombres 25 : 9) due à l’idolâtrie dans laquelle sont tombées les fils d’Israël (Nombres 25 : 6-8). C’est donc un acte délibéré de rébellion flagrante contre l’Eternel.

ח וַיָּבֹא אַחַר אִישׁ-יִשְׂרָאֵל אֶל-הַקֻּבָּה וַיִּדְקֹר אֶת-שְׁנֵיהֶם אֵת אִישׁ יִשְׂרָאֵל וְאֶת-הָאִשָּׁה אֶל-קֳבָתָהּ וַתֵּעָצַר הַמַּגֵּפָה מֵעַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (במדבר כה: ח).ש

8 Et il [Pinh’as, fils d’Eléazar, fils d’Aaron le Cohen] entra, sur les pas de l’Israélite, dans la tente, et les perça tous deux, l’Israélite ainsi que cette femme, qu’il frappa en son ventre ; et le fléau cessa de sévir parmi les enfants d’Israël. (Nombres 25 : 8).

Notons que l’endroit où se trouvaient le prince d’Israël et sa compagne midianite n’est point appelé OHeL אֹהֵל / renvoyant à l’étude et au Nom divin ELOaH אֱלֹהַּ mais קֻבָּה/ KouBaH (mieux traduit par « alcôve ») dont la racine renvoie à la malédiction לָקֹב. Quant au mot « ventre » ou plus exactement « bas-ventre » קֳבָתָהּ (substantif absolu : « KoBaH קֳבָּה », de la princesse païenne est, selon la source biblique, associée à la racine de la malédiction -נ.ק.ב. / N.K.B.

Toute la vie du roi BaLaK בָּלָק  est placée sous le signe du blasphème et de la malédiction. En effet, l’anagramme du nom « BaLaK- בָּלָק  » en hébreu renvoie à l’infinitif construit « לָקֹב, maudire ».  En somme, BaLaK– בָּלָק est celui qui porte en son nom la dimension universelle du mal et du renversement des valeurs spirituelles. L’homme devient l’incarnation de ce à quoi il aspire au plus profond de son être. Les pensées sont créatrices de sens et de transformation. Ainsi, Baroukh Ben Nériah, dont le nom signifie : « Béni le fils de la Lumière divine », le scribe et le plus proche disciple de Jérémie peut s’expliquer par le fait qu’il avait à transcrire toutes les paroles dictées par l’Eternel. Qu’aurait été Jérémie sans Baroukh Ben Nériah ? Alors que le roi de Moav, Balak rabaisse le monde à sa dimension du mal, le scribe Baroukh Ben Nériah, quant à lui, élève cette dernière malgré l’hostilité affligeant son maître.

Nous avons le pouvoir de transformer notre monde en un monde meilleur en prenant soin de définir et de nommer chaque chose par son nom véritable. Là se trouve la bénédiction. Le sens positif de נ.ק.ב./ N.K. B est « désigner, définir, nommer ». Moïse et Aaron, lors du dénombrement des fils d’Israël, ne se contentent point de compter les leurs, mais les désignent par leur nom, désignation s’avérant fondamentale dans la formation de la future nation hébraïque :

יז וַיִּקַּח מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֵת הָאֲנָשִׁים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר נִקְּבוּ בְּשֵׁמֹת. (שמות א: יז).ש

17 Et Moïse et Aaron s’adjoignirent ces hommes, désignés par leurs noms. (Nombres 1 : 17).

[1] Parashat Balak : Nombres 22 : 2-25 : 9.

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Shabbat shalom  !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Balak, Méditation : transformer la malédiction en bénédiction !

  1. Yves Boutboul dit :

    נִקְּבוּ בְּשֵׁמֹת.
    Chouraki traduit littéralement dont les noms ont été troués.
    LSG : qui avaient été désignés par leur nom.

    En arabe nokbè est aussi un trou. ( nokbè fel mè : un trou dans l’eau )

    Quel rapport entre trouer et nommer; designer ?

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