Parashot Mattot-Massei, Méditation sur le mouvement

Dans le cadre de ces deux parashot[1] achevant le livre de BeMidbar (Nombres), nous méditerons sur la notion de mouvement.

יא וַתִּהְיֶינָה מַחְלָה תִרְצָה וְחָגְלָה וּמִלְכָּה וְנֹעָה בְּנוֹת צְלָפְחָד לִבְנֵי דֹדֵיהֶן לְנָשִׁים. (במדבר לו: יא).ש

11 Et Mahla, Tirça, Hogla, Milka et Noa se marièrent avec les fils de leurs oncles. (Nombres 36 : 11).

Les cinq filles de Tselophad (Nombres 27 : 1) viennent interroger Moïse sur leur droit d’héritage, alors que leur père vient de mourir sans avoir laissé de descendance mâle :

ד לָמָּה יִגָּרַע שֵׁם-אָבִינוּ מִתּוֹךְ מִשְׁפַּחְתּוֹ כִּי אֵין לוֹ בֵּן תְּנָה-לָּנוּ אֲחֻזָּה בְּתוֹךְ אֲחֵי אָבִינוּ. (במדבר כז: ד).ש

4 Faut-il que le nom de notre père disparaisse du milieu de sa famille, parce qu’il n’a pas laissé de fils ? Donne-nous une propriété parmi les frères de notre père ! (Nombres 27 : 4).

 

Moïse, le Prophète des prophètes, fort embarrassé, ne sachant que répondre, questionne l’Eternel qui lui enjoint de répondre favorablement à la requête des cinq filles de Tselophhad.

Comment expliquer le succès de ces cinq femmes considérées comme des Justes ?

Revenons à la racine de leurs noms respectifs :

Ma’HLaH/ מַחְלָה : la racine verbale ח.ל.ל.  / H. L. L. rappelle le substantif Ma’HoL/ מָחוֹל (Psaume 30 : 12) signifiant « danser » ;

TiRTsaH/ תִרְצָה : la racine verbale ר.ו.ץ./ R. Ou. Ts. (« courir, s’empresser » évoque Avraham courant רָץ vers ses hôtes en les invitant généreusement sous sa tente (Genèse 18 : 7).

‘HoGLaH/ חָגְלָה : Ce mot חָגְלָה ‘HoGLaH veut dire « perdrix ». Il suggère ainsi l’idée d’envol, d’essor. La racine ח.ג.ל. H. G. L. n’existant point, ce nom s’apparente à la racine ח.ו.ג./H.Ou.G.  (Isaïe 40 : 22) exprimant l’idée de « tourner autour de… ».

MiLKaH/  מִלְכָּה ressemble à la racine verbale ה.ל.כ.  / H. L. Kh équivalant à  « marcher, partir, aller vers… ».

No’AH/ נֹעָה fait songer à la racine נ.ו.ע/ N.Ou.’.  dénotant une notion de « s’agiter, remuer, s’élever au-dessus de (Juges 9 : 9), frissonner (Isaïe 7 : 2) ».

Il s’ensuit que les cinq noms colportent un message de mouvement, de dynamique et d’élévation. מַחְלָה Ma’HLaH, תִרְצָה TiRTsaH, חָגְלָה ‘HoGLaH, מִלְכָּה MiLKaH et נֹעָה No’AH atteignent leur but car leur démarche s’inscrit dans la vocation de progression du Patriarche Avraham auquel l’Eternel enjoint :

א וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָם לֶךְ-לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ. (בראשית יב: א).ש

1 Et l’Éternel avait dit à Avram: « Marche pour toi / vers toi en quittant ton pays, ton lieu natal et de la maison de ton père, vers la terre que je t’indiquerai. (Genèse 12 : 1).

La Tradition hébraïque encourage, même quand une cause semble a priori perdue, le mouvement, l’action et la marche vers l’avant. Les cinq femmes sont unies dans leur volonté de conserver et perpétuer le nom de leur père, et par là même, de porter leur regard sur l’avenir.

A l’inverse, la femme de לוֹט /LoT, pour s’être retournée, par curiosité malsaine, par nostalgie -vers le passé- malgré l’interdiction formelle de le faire sous peine de mourir (Genèse 19 : 17), se transforme en statue de sel, symbolisant de ce fait une attitude figée, cristallisée sur le passé :

כו וַתַּבֵּט אִשְׁתּוֹ מֵאַחֲרָיו וַתְּהִי נְצִיב מֶלַח. (ברשאית יט: כו).ש

26 Et la femme de Lot, ayant regardé en arrière, devint une statue de sel. (Genèse 19 : 26).

Ce passage n’est point sans rappeler deux épisodes héroïques au cours desquels des hommes firent preuve de bravoure et de force intérieure hors du commun.

 13 octobre 1972, le vol 571 transportant les joueurs d’une équipe de rugby amateur, les Old Christians, s’écrase dans la Cordillère des Andes. Sur les 45 passagers, 16 seulement survivront au crash de l’appareil. Nando Parrado et Roberto Canessa, après moult hésitations, prennent l’initiative de partir chercher du secours. Ils devront pour cela parcourir la montagne enneigée et hostile pendant dix jours au terme desquels ils finissent miraculeusement par rencontrer un paysan qui sera leur salvateur. Grâce à lui, ils pourront partir sauver le restant des rescapés de ce vol fatidique.   

La seconde histoire rendue célèbre par le film américain « Jungle »[2],  tiré d’un fait réel, relate l’aventure de Yossi Ghinsberg qui, perdu au cœur de la jungle bolivienne durant trois semaines, va affronter les conditions les plus hostiles et les plus terribles. Yossi Ghinsberg décide, par le fruit d’un effort mental soutenu, de ne point abandonner et poursuit sa longue et difficile marche à travers la Jungle. Il finit par être retrouvé par son ami Kevin Gale, qui, lui-même, ne renoncera jamais à retrouver ses amis perdus dans la jungle bolivienne.[3]

Cette démarche de continuer sans jamais s’arrêter, de surmonter les obstacles, de lutter s’il le faut, s’inscrit dans l’approche de YaaKoV, le troisième Patriarche, vainquant l’homme/ l’ange (Genèse 32 : 29) après avoir eu le courage de traverser le passage du Yabok :

כג וַיָּקָם בַּלַּיְלָה הוּא וַיִּקַּח אֶת-שְׁתֵּי נָשָׁיו וְאֶת-שְׁתֵּי שִׁפְחֹתָיו וְאֶת-אַחַד עָשָׂר יְלָדָיו וַיַּעֲבֹר אֵת מַעֲבַר יַבֹּק. כד וַיִּקָּחֵם וַיַּעֲבִרֵם אֶת-הַנָּחַל וַיַּעֲבֵר אֶת-אֲשֶׁר-לוֹ. (בראשית לב: כג-כד).  ש 

23 Et il [Jacob] se leva, quant à lui, pendant la nuit ; il prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants et passa le gué de Yabok. 24 Puis il les aida à traverser le torrent et fit passer ce qui lui appartenait. (Genèse 32 : 23-24).

[1] Parashot Mattot-Massei: Nombres 30 : 2-36 : 13.

[2] Film inspiré du livre de Yossi Ghinsberg en hébreu « De retour de Tuichi » (« בחזרה מטואיצ’י »)

[3] Livre de Kevin Gale, «שלי, הסיפור שטרם סופר   טואיצ’י», Kinneret, Zmora, Dvir, Publishing House Ltd, Modiin, Israël, 2019.

 

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Shabbat shalom  !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 Responses to Parashot Mattot-Massei, Méditation sur le mouvement

  1. Christiane Peycher dit :

    Shalom Haim,commentaire édifiant,d’autant que l’hébreu apporte toute sa substance

  2. Distel Gérard dit :

    Merci Haim, c’est toujours aussi édifiant, merci pour la profondeur et l’importance que tu nous fais observer et comprendre des textes hebraiques bibliques. C’est une richesse incroyable.
    Merci encore

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