Parashat Ré’éh, Méditation sur la Présence divine

Dans le cadre de la Parashat Ré’éh [1], nous méditerons sur la racine verbale ש.כ.נ. / Sh.Kh.N. signifiant « habiter, résider, être voisin ».

יא וְהָיָה הַמָּקוֹם אֲשֶׁר-יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם בּוֹ לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם שָׁמָּה תָבִיאוּ אֵת כָּל-אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם עוֹלֹתֵיכֶם וְזִבְחֵיכֶם מַעְשְׂרֹתֵיכֶם וּתְרֻמַת יֶדְכֶם וְכֹל מִבְחַר נִדְרֵיכֶם אֲשֶׁר תִּדְּרוּ לַיהוָה. (דברים יב: יא).ש

11 c’est alors, au lieu choisi par l’Éternel, votre Seigneur, pour y asseoir sa résidence, c’est là que vous apporterez tout ce que je vous prescris : vos holocaustes et vos sacrifices, vos dîmes et vos offrandes, et tous les présents de choix que vous aurez voués au Seigneur. (Deutéronome 12 : 11).

La Torah (le Pentateuque) ne mentionne jamais le nom de Jérusalem de manière explicite. La cité de l’Eternel est nommée par Moïse « הַמָּקוֹם אֲשֶׁר-יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם בּוֹ לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם – le lieu où l’Eternel choisira de faire résider son Nom » (Deutéronome 12 : 11 ; 14 : 13 ; 16 : 2 ; 6 ; 11 ; 26 : 2), le lieu où les fils d’Israël viendront offrir leurs sacrifices.

A l’opposé de la Torah, les livres des Prophètes d’Israël citent clairement Jérusalem, la Demeure מִשְׁכָּן par excellence de l’Eternel :

יח הִנֵּה אָנֹכִי וְהַיְלָדִים אֲשֶׁר נָתַן-לִי יְהוָה לְאֹתוֹת וּלְמוֹפְתִים בְּיִשְׂרָאֵל מֵעִם יְהוָה צְבָאוֹת הַשֹּׁכֵן בְּהַר צִיּוֹן. (ישעיהו ח: יח).  ש

18 Voici, moi et les enfants que l’Eternel m’a donnés, nous servirons de signes et d’avertissements de la part de l’Eternel-des Armées, qui réside sur le mont Sion (Isaïe 8 : 18).

ה נִשְׂגָּב יְהוָה כִּי שֹׁכֵן מָרוֹם מִלֵּא צִיּוֹן מִשְׁפָּט וּצְדָקָה. (ישעיהו לג: ה).ש

5 Sublime est le Seigneur : il réside dans les hauteurs, il remplit Sion de justice et de droiture (Isaïe 33 : 5).

טו כִּי כֹה אָמַר רָם וְנִשָּׂא שֹׁכֵן עַד וְקָדוֹשׁ שְׁמוֹ מָרוֹם וְקָדוֹשׁ אֶשְׁכּוֹן…   (ישעיהו נז :טו)ש

ש

15 Car ainsi parle le Seigneur très haut et suprême, Celui qui habite l’Eternité et qui a nom le Saint : « Suprême et saint, Je demeurerai ! … (Isaïe 57 : 15).

Ces deux passages enseignent que la transcendance divine se déploie aussi bien dans l’espace (Jérusalem) que dans le temps et confère à cette même transcendance un sens d’éternité. Les maîtres de la Kabbale dénomment ce déploiement divin la שְׁכִינָה ShéKhiNaH. Alors que dans la parasha précédente, Parashat Ekev, nous avions médité sur le rapprochement de l’homme vers son Créateur, rapprochement défini comme דְּבֵקוּת DeVeKouT, la notion de SheKhiNaH שְׁכִינָה, quant à elle, se fonde sur l’idée que l’Eternel reste proche de Ses créatures.  L’Eternel « se rabaisse » au niveau des hommes. Il cherche, comme l’enseigne le grand penseur Avraham Yehoshua Heschel, à être révélé par l’Homme.

Comment alors expliquer, si l’on s’en tient au fait que l’Eternel emplit le Temple de Sa Présence, le verset du livre de Shemot (Exode) :

ח וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם. (שמות כה: ח).ש

8 Et ils [Israël] me construiront un sanctuaire, pour que Je [L’Eternel] réside au milieu d’eux (Exode 25 : 8).

Autrement dit, le Tabernacle du désert- מִשְׁכָּן et plus tard, le Temple de Jérusalem בֵּית ה’ ne seraient pas le lieu unique de la ShéKhiNaH!

Le prophète Isaïe poursuit au chapitre 57 :

טו … וְאֶת-דַּכָּא וּשְׁפַל-רוּחַ לְהַחֲיוֹת רוּחַ שְׁפָלִים וּלְהַחֲיוֹת לֵב נִדְכָּאִים [אֶשְׁכּוֹן]. (ישעיהו נז: טו).ש

15… Mais Je demeure aussi dans les cœurs contrits et humbles, pour vivifier l’esprit des humbles, pour ranimer le cœur des affligés. (Isaïe 57 : 15).

La Présence divine réside dans le cœur des hommes capables de souffrir, d’empathie envers les souffrants. Le véritable service de l’homme ne se résumerait donc plus à offrir des sacrifices à Jérusalem mais à ne plus se montrer indifférent à la souffrance d’autrui. Le véritable Temple réside au plus profond de l’Homme, dans ce qu’il a de plus intime, à savoir son cœur de chair et de compassion.

Le maître d’Israël qui aura le mieux compris cette notion de שְׁכִינָה ShéKhiNaH est sans l’ombre d’un doute Rabbi Yohanan ben Zakkaï. Alors que les forces armées de Titus rasent le Temple de Jérusalem jusqu’en ses fondements, Rabbi Yohanan ben Zakkaï développe l’idée révolutionnaire selon laquelle la Présence divine, retirée du Saint des saints, se replie et se concentre totalement dans la lettre de la Torah. Tous les Sages d’Israël finiront par adopter l’idée que l’étude de la Torah, c’est-à-dire la Torah pénétrant dans le cœur de l’Homme, est plus importante que la présentation de sacrifices au Temple, acte extérieur à l’Homme, même s’il symbolise son for intérieur :

«רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן תְּרַדְיוֹן אוֹמֵר: שְׁנַיִם שֶׁיּוֹשְׁבִין וְיֵשׁ בֵּינֵיהֶם דִּבְרֵי תּוֹרָה, שְׁכִינָה שְׁרוּיָה בֵּינֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: (מלאכי ג: טז) « אָז נִדְבְּרוּ יִרְאֵי יְיָ אִישׁ אֶל רֵעֵהוּ וַיַּקְשֵׁב יְיָ וַיִּשְׁמָע וַיִּכָּתֵב סֵפֶר זִכָּרוֹן לְפָנָיו לְיִרְאֵי יְיָ וּלְחֹשְׁבֵי שְׁמוֹ »» (פרקי אבות ג: ב).ש

« Rabbi ‘Hananiya ben Téradione enseigne : deux personnes assises qui échangent des paroles de Torah, la Présence Divine réside au milieu d’elles, car il est dit : Alors ceux qui craignaient l’Éternel conversaient entre eux, l’Éternel prêta attention et entendit, et un livre du souvenir fut écrit devant Lui pour ceux qui craignent l’Éternel et révèrent son Nom (Malachie 3 : 16) ». (Maximes des Pères 3 : 2).

«רַבִּי חֲלַפְתָּא בֶּן דּוֹסָא אִישׁ כְּפַר חֲנַנְיָה אוֹמֵר, עֲשָׂרָה שֶׁיּוֹשְׁבִין וְעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה, שְׁכִינָה שְׁרוּיָה בֵּינֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: (תהלים פב: א) « אֱלֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל »» (פרקי אבות ג: ו).ש

« Rabbi ‘Halafta ben Dossa de Kfar ‘Hanania dit : « Lorsque dix personnes sont assises à étudier la Torah, la présence de Dieu règne sur eux, car il est dit : Le Tout-Puissant Se tient parmi l’assemblée de Dieu. » (Maximes des Pères 3 : 6). [Une assemblée de prière doit compter au minimum dix personnes].

L’Homme est donc celui par lequel la Présence divine se révèle mais qui aussi, par son étude et ses actions de bonté, maintient la שְׁכִינָה ShéKhiNaH dans le monde.

Et finalement Rabbi ‘Hananiya ben Téradione conclut son raisonnement en enseignant :

«וּמִנַּֽיִן אֲפִילוּ אֶחָד, שֶׁנֶּאֱמַר: (שמות כ: כ) « בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי, אָבֹא אֵלֶֽיךָ וּבֵרַכְתִּֽיךָ »» (פרקי אבות ג: ב).ש

« Et d’où sait-on qu’il en est de même pour une seule ? Car il est dit : En chaque endroit où Je rappelerai mon Nom [ sous-entendu par le biais de l’Homme], Je viendrai vers toi et te bénirai. (Exode 20 : 20) » (Maximes des Pères 3 : 2). [L’Eternel s’adresse ici à chacun des Hébreux, à chacun de ceux qui écoutent Sa Parole].

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Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

[1] Parashat Ré’éh: Deutéronome 11 : 26-16 : 17.

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1 Response to Parashat Ré’éh, Méditation sur la Présence divine

  1. Yves Boutboul dit :

    (ישעיהו לג: טו). (Isaïe 57 : 15). petite erreur…..

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