Parashat Ki Tétsé, Méditation sur l’empathie


Dans le cadre de la Parashat Ki Tétsé[1], nous méditerons sur la racine ע.ל.מ. /Ayin. L. M. signifiant « cacher, dissimuler ».

La parashat Ki Tétsé mentionne à trois reprises la racine ע.ל.מ. /Ayin. L. M. sous la forme réflexive du Hitpaël, forme rarement employée dans l’ensemble du corpus biblique :

א לֹא-תִרְאֶה אֶת-שׁוֹר אָחִיךָ אוֹ אֶת-שֵׂיוֹ נִדָּחִים וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם הָשֵׁב תְּשִׁיבֵם לְאָחִיךָ. ג וְכֵן תַּעֲשֶׂה לַחֲמֹרוֹ וְכֵן תַּעֲשֶׂה לְשִׂמְלָתוֹ וְכֵן תַּעֲשֶׂה לְכָל-אֲבֵדַת אָחִיךָ אֲשֶׁר-תֹּאבַד מִמֶּנּוּ וּמְצָאתָהּ לֹא תוּכַל לְהִתְעַלֵּם. ד לֹא-תִרְאֶה אֶת-חֲמוֹר אָחִיךָ אוֹ שׁוֹרוֹ נֹפְלִים בַּדֶּרֶךְ וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם הָקֵם תָּקִים עִמּוֹ. (דברים כב: א; ג-ד).ש

1 « Tu ne dois pas voir le bœuf ou la brebis de ton frère égarés et tu ne te cacheras pas de devant eux : tu es tenu de les ramener à ton frère. 3 Et tu agiras de même à l’égard de son âne, de même encore à l’égard de son manteau, de même enfin à l’égard de toute chose perdue par ton frère et que tu aurais trouvée : tu n’as pas le droit de t’abstenir.4 Tu ne dois pas voir l’âne ou le bœuf de ton frère s’abattre sur la voie publique et tu ne te cacheras pas de devant eux : tu es tenu de les relever avec lui. (Deutéronome 22 : 1 ; 3-4).

L’expression verbale « וְהִתְעַלַּמְתָּ/ tu ne te cacheras pas » ne se rapporte, dans le contexte de notre parashah, qu’à l’animal. La Tora se montre d’une extrême sensibilité à l’égard de l’animal et enjoint à tout homme de faire preuve d’empathie envers l’animal, qu’il soit perdu ou même souffrant sous le poids de sa charge. Ce principe d’empathie envers l’animal est si fondamental que la Tora, au livre de l’Exode (Shemot), exhorte même à soulager l’animal surchargé, fût-t-il celui de notre ennemi :

ה כִּי-תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂנַאֲךָ רֹבֵץ תַּחַת מַשָּׂאוֹ וְחָדַלְתָּ מֵעֲזֹב לוֹ עָזֹב תַּעֲזֹב עִמּוֹ.  (שמות כג: ה).ש

5 « Si tu vois l’âne de ton ennemi succomber sous sa charge, garde-toi de l’abandonner ; aide-lui au contraire à le décharger. (Exode 23 : 5)

Il n’est point rare d’accuser les protecteurs d’animaux d’être « trop bienveillants » envers ces derniers, au point qu’ils en viendraient à oublier ou à délaisser leur prochain. Or un verset du livre du prophète Isaïe, lu au Jour solennel du Grand Pardon (Yom Kippour) nous met en garde contre une telle accusation :

ז הֲלוֹא פָרֹס לָרָעֵב לַחְמֶךָ וַעֲנִיִּים מְרוּדִים תָּבִיא בָיִת כִּי-תִרְאֶה עָרֹם וְכִסִּיתוֹ וּמִבְּשָׂרְךָ לֹא תִתְעַלָּם. (ישעיהו נח: ז).ש

7 puis encore, de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile ; quand tu vois un homme nu, de le couvrir, de ne jamais te cacher de devant ceux qui sont comme ta propre chair ! (Isaïe 58 : 7).

Ainsi, de la même manière que l’homme est sommé de prendre grand soin de l’animal souffrant, il se devra a fortiori de ne point détourner son regard de son prochain dans le besoin et de lui porter une assistance immédiate. La Tora d’Israël enjoint à l’Homme de faire montre d’empathie envers l’ensemble de toutes les créatures, sans aucune discrimination, plus particulièrement envers celles qui, faibles par nature ou par accident, sont le plus exposées à l’iniquité et à l’indifférence des hommes :

כז  נוֹתֵן לָרָשׁ אֵין מַחְסוֹר  וּמַעְלִים עֵינָיו רַב-מְאֵרוֹת. (משלי כח: כז).ש

27 Celui qui donne au pauvre, ne manque de rien : qui en détourne les regards est chargé de malédictions. (Proverbes 28 : 27).

Le monde (OLaM/ עוֹלָם) vient de cette même racine ע.ל.מ. /(Ayin. L. M). Or, cette racine employée pour notre globe terrestre עוֹלָם signifie qu’en quelque sorte, sa véritable essence nous est cachéeנֶעֱלֶמֶת  à nos propres yeux, de même que la véritable essence de la nature humaine. Effectivement, le terme « jeune homme עֶלֶם ‘ELeM, jeune fille עַלְמָה ‘ALMaH » est construit sur cette même racine ע.ל.מ. /Ayin. L. M.[2]

Ainsi, un écran semble s’être interposé entre les êtres humains et le monde, dans leur essence véritable, et d’autre part, la divinité. En effet, si l’on interchange la lettre ע de עוֹלָם avec la lettre א , l’on forme le terme « אוּלָם, ‘OuLaM, le palais de l’Eternel ».

Ainsi donc, l’Homme, considéré en son état de jeune homme עֶלֶם, de jeune fille עַלְמָה, fait partie intégrante du même monde, du même globe terrestre, dont la même essence reste cachée à nos yeux.

Or, au tout début de l’Humanité, l’Homme אָדָם fut créé en étant tiré de la terre אֲדָמָה, mère nourricière. De la même manière que le mot אָדָם est constitué sur la même racine que אֲדָמָה pour mettre en exergue le lien étroit qui unit l’Homme à son environnement, de la même manière, עֶלֶם est bâti sur la même racine que עוֹלָם, car la véritable essence du monde, comme de l’être humain, nous a été cachée, et que, lorsque l’Homme est tombé, après être sorti du Gan Eden, le monde est tombé avec lui, comme il est dit :

יז וּלְאָדָם אָמַר כִּי-שָׁמַעְתָּ לְקוֹל אִשְׁתֶּךָ וַתֹּאכַל מִן-הָעֵץ אֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ לֵאמֹר לֹא תֹאכַל מִמֶּנּוּ אֲרוּרָה הָאֲדָמָה בַּעֲבוּרֶךָ בְּעִצָּבוֹן תֹּאכְלֶנָּה כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ. (בראשית ג: יז).  ש

17 Et à l’homme il dit : « Parce que tu as cédé à la voix de ton épouse, et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais enjoint de ne pas manger, maudite est la terre à cause de toi : c’est avec effort que tu en tireras ta nourriture, tant que tu vivras. (Genèse 3 : 17).

Au vu de ce qui précède, le termeוְהִתְעַלַּמְתָּ  dans nos versets de départ (Deutéronome 22 : 1 ; 3-4 ; Isaïe 58 : 7) peut signifier aussi bien : « tu te feras disparaître, tu réduiras ton ego autant que possible, pour que tu puisses t’occuper de ton prochain » que : « tu essaieras, autant que faire se peut, de retourner à l’état de jeune homme/de jeune fille, pour que tu puisses prendre conscience du monde qui t’entoure et dont tu te nourris ». Puisse l’Humanité considérer le monde, œuvre de l’Eternel, fût-ce en méditant sur lui-même et écouter Son appel, et entendre Sa voix, Lui qui est à la recherche de l’Homme :

יא אֶת-הַכֹּל עָשָׂה יָפֶה בְעִתּוֹ גַּם אֶת-הָעֹלָם נָתַן בְּלִבָּם מִבְּלִי אֲשֶׁר לֹא-יִמְצָא הָאָדָם אֶת-הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר עָשָׂה הָאֱלֹהִים מֵרֹאשׁ וְעַד-סוֹף. (קהלת ג: יא).ש

11 Il a fait toute chose excellente à son heure ; il a mis aussi le monde dans le cœur de l’homme, sans quoi celui-ci ne saisirait point l’œuvre accomplie par le Seigneur du commencement à la fin. (Ecclésiaste 3 : 11).

[1] Parashat Ki Tétsé : Deutéronome 21 : 10-25 : 19.

[2] I Samuel 17 : 56 ; 20 : 22 ; Genèse 24 : 43 ; Exode 2 : 8 ; etc.

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Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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