Parashat Ki Tavo, Méditation sur le lait et le miel

Dans le cadre de la Parashat Ki Tavo[1], notre méditation se focalisera sur deux mots, à savoir « חָלָב /HaLaV, le lait » et « דְּבַשׁ/DéVaSh, le miel ».

La parashat Ki Tavo mentionne pas moins de trois fois l’expression « אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ, le pays où coulent le lait et le miel » (Deutéronome 26 : 9 ; 15 ; 27 : 3). Cette expression célèbre apparaît pour la première fois au moment même où l’Eternel se révèle au Prophète Moïse (Exode 3 : 8) afin qu’il libère les Hébreux et les conduise en Erets Israël, « le pays où coulent le lait et le miel ». Elle est de nouveau mentionnée en Josué 5 : 6, passage concluant la traversée du désert pendant quarante ans et s’achevant par la réalisation de la promesse divine.

Que signifie cette expression « אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ, pays où coulent le lait et le miel » ? Peut-on s’en tenir uniquement au sens littéral de cette promesse divine du don d’une terre d’abondance citée à maintes reprises dans le TaNaKh (trente et une fois)

Force est de constater que le sens communément prêté à cette locution est qu’Israël est la contrée où le lait provient de la traite d’ovins et de bovins. Quant au miel, il trouverait son origine chez les abeilles.

Cette explication si communément admise est-elle, toutefois, conforme à la source biblique ?

Plusieurs versets bibliques répondent à la question :

ח אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹרָה וְגֶפֶן וּתְאֵנָה וְרִמּוֹן אֶרֶץ-זֵית שֶׁמֶן וּדְבָשׁ. (דברים ח: ח).ש

8 un pays qui produit le froment et l’orge, le raisin, la figue et la grenade, l’olive huileuse et le miel (Deutéronome 8 : 8).

Ce verset énumère sept fruits symboliques d’Israël, dont le dernier n’est que suggéré, étant un produit fabriqué de main d’homme : « le miel », ce qui laisse entendre que « le miel » dont il est question ne peut être que d’origine végétale. Les Sages, respectueux de la règle de symétrie reliant chaque terme du verset, lisent donc celui-ci dans sa continuité et en déduisent que le miel se rapporte à la datte (TaMaR/ תָּמָר) et non point aux abeilles. Rashi ajoute que ce « miel » provient aussi bien de dattes que de figues (Talmud de Babylone, Meguila 6 a). Par ailleurs, il est interdit de brûler du miel comme « encens » :

יא כָּל-הַמִּנְחָה אֲשֶׁר תַּקְרִיבוּ לַיהוָה לֹא תֵעָשֶׂה חָמֵץ כִּי כָל-שְׂאֹר וְכָל-דְּבַשׁ לֹא-תַקְטִירוּ מִמֶּנּוּ אִשֶּׁה לַיהוָה. (ויקרא ב: יא).ש

11 Quelque oblation que vous offriez à l’Éternel, qu’elle ne soit pas fermentée ; car nulle espèce de levain ni de miel ne doit fumer, comme combustion, en l’honneur de l’Éternel. (Lévitique 2 : 11)

Rashi explique :

«וְכָל-דְּבַשׁ: כָּל מְתִיקַת פְּרִי קָרוּי « דְּבַשׁ »»

« Et tout miel : Toute sécrétion sucrée qui s’écoule d’un fruit est appelée « miel » ».

Jéricho, réputée pour ses dattes, est dénommée « la cité des dattes/ עִיר הַתְּמָרִים ». A ce propos, Israël est, à l’heure actuelle, l’un des plus grands producteurs de « Silan », à savoir de sirop de dattes. L’une des dattes reconnues pour sa richesse en sucre est la datte majhoul,  תָּמָר מַגְ’הוּל.

Le livre des Nombres confirme la thèse des Sages :

כז וַיְסַפְּרוּ-לוֹ וַיֹּאמְרוּ בָּאנוּ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר שְׁלַחְתָּנוּ וְגַם זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ הִוא וְזֶה-פִּרְיָהּ. (במדבר יג: כז). ש

27 et ils [les explorateurs] lui firent ce récit : « Nous sommes entrés dans le pays où tu nous avais envoyés ; oui, vraiment, il ruisselle de lait et de miel, et voici de ses fruits. (Nombres 13 : 27).

Les explorateurs envoyés par Moïse utilisent explicitement le terme de « PeRi (Piriah, ses fruits)/ (פְּרִי – פִּרְיָהּ- le fruit de la terre d’Israël) » qu’ils associent sciemment à l’expression « le pays où coulent le lait et le miel » afin de d’apporter plus de véracité à leur thèse. Le fruit résume à lui seul l’état matériel d’une civilisation, l’on pourrait même y rajouter son degré spirituel.  Une terre où les fruits prennent le temps de se développer est une terre de Shalom, de paix et d’entente entre les hommes.

Quant au lait de la terre d’Israël, s’agit-il de lait de brebis ?

La bénédiction de Jacob à Juda répond à cette dernière interrogation :

יא אֹסְרִי לַגֶּפֶן עִירֹה וְלַשֹּׂרֵקָה בְּנִי אֲתֹנוֹ כִּבֵּס בַּיַּיִן לְבֻשׁוֹ וּבְדַם-עֲנָבִים סוּתֹה. יב חַכְלִילִי עֵינַיִם מִיָּיִן וּלְבֶן-שִׁנַּיִם מֵחָלָב.(בראשית מט: יב) ש

11 Alors on attachera son ânon à la vigne, et à la treille le fils de son ânesse : on lavera son vêtement dans le vin, et dans le sang des raisins sa tunique ; 12 les yeux seront pétillants de vin et les dents toutes blanches de lait. (Genèse 49 : 11-12).

L’on serait tenté de comprendre le mot חָלָב (« lait ») comme le produit de la vache, de la brebis. Pourtant, par parallélisme des termes hébraïques, les mots « le vin, les raisins » du verset 11 se retrouvent dans le verset 12 : « le vin, le lait », et l’on comprend que le lait dont il est question ici ne peut être ni le lait de vache ni de brebis, mais le vin blanc, la couleur laiteuse du vin blanc s’opposant avec la couleur rouge sang des raisins du verset 11.  Ainsi, le parallélisme est parfaitement respecté.

Toutefois, l’interprétation classique selon laquelle le miel provient d’abeilles et le lait, de brebis, est développée par le prophète Isaïe. En effet, après que la terre d’Israël ait été détruite et rasée par la puissance assyrienne, le sol livré à lui-même a progressivement recouvré son état sauvage. Les champs agricoles délaissés par la guerre et ruinés de leur production redeviennent des pâturages, rendant possible le développement d’ovins et de bovins ainsi que l’expansion de forêts, lieux naturels favorables aux abeilles qui y construisent leurs ruches sauvages (Isaïe 7 : 21-22).  L’élevage d’abeilles par les hommes dans le dessein de produire du miel ne se développe que tardivement, à l’époque de la Mishna et n’est donc que post-biblique.

L’expression « אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ, le pays où coulent le lait et le miel » fait allusion au Jardin d’Eden, le Paradis terrestre.  De la même manière qu’ADaM fut expulsé du Paradis, les Hébreux furent exilés du Pays d’Israël en raison de leurs fautes. Mais les prophètes d’Israël annoncent le retour des fils d’Israël sur leur terre comme l’expression du Tikkoun HaOlam (Réparation cosmique) :

ד  שִׁמְעוּ בְקוֹלִי וַעֲשִׂיתֶם אוֹתָם כְּכֹל אֲשֶׁר-אֲצַוֶּה אֶתְכֶם וִהְיִיתֶם לִי לְעָם וְאָנֹכִי אֶהְיֶה לָכֶם לֵאלֹהִים. ה לְמַעַן הָקִים אֶת-הַשְּׁבוּעָה אֲשֶׁר-נִשְׁבַּעְתִּי לַאֲבוֹתֵיכֶם לָתֵת לָהֶם אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ כַּיּוֹם הַזֶּה וָאַעַן וָאֹמַר אָמֵן יְהוָה. ו וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֵלַי קְרָא אֶת-כָּל-הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה בְּעָרֵי יְהוּדָה וּבְחֻצוֹת יְרוּשָׁלִַם לֵאמֹר שִׁמְעוּ אֶת-דִּבְרֵי הַבְּרִית הַזֹּאת וַעֲשִׂיתֶם אוֹתָם. (ירמיהו יא: ד-ו).ש

4 Ecoutez ma voix et pratiquez toutes les injonctions que je vous prescris, alors vous serez mon peuple et je serai votre Seigneur ; 5 de manière à accomplir le serment que j’ai fait à vos ancêtres de leur donner un pays où coulent le lait et le miel, comme cela s’est réalisé aujourd’hui ! » Je répondis par ces mots : « Amen, ô Eternel ! » 6 Et l’Eternel me dit : « Publie toutes ces paroles dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem, savoir : Ecoutez les termes de cette alliance, afin de les accomplir (Jérémie 11 : 4-6).

[1] Parashat Ki Tavo : Deutéronome 26, 1-29, 8.

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Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 Response to Parashat Ki Tavo, Méditation sur le lait et le miel

  1. Yves Boutboul dit :

    L’on serait tenté de comprendre le mot חָלָב (« lait ») comme le produit de la vache, de la brebis. Pourtant, par parallélisme des termes hébraïques, les mots « le vin, les raisins » du verset 11 se retrouvent dans le verset 12 : « le vin, le lait », et l’on comprend que le lait dont il est question ici ne peut être ni le lait de vache ni de brebis, mais le vin blanc, la couleur laiteuse du vin blanc s’opposant avec la couleur rouge sang des raisins du verset 11. Ainsi, le parallélisme est parfaitement respecté.

    Ton végétalisme te fait torturer le texte…..les hébreux sont un peuple d’éleveurs; pourquoi ne pas admettre qu’ils consomment des laitages et de la viande……..

    ד שִׁמְעוּ בְקוֹלִי וַעֲשִׂיתֶם אוֹתָם le début du texte manque.

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