Yom Kippour, une poule pour le pardon ?

Lors de la période des « Dix jours de Retour vers l’Eternel » (עֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה Asseret Yémé Teshouva), entre Rosh HaShana et Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon, ou même à la veille de ce jour, certaines communautés religieuses poursuivent une ancienne tradition consistant à faire tournoyer au-dessus de la tête une poule, qui, envoyée ensuite à la she’hita (abattage rituel) sera finalement réservée et consommée par les plus démunis.

Cette tradition allant à l’encontre de toutes les lois bibliques relatives à l’interdiction formelle et absolue de faire souffrir l’animal (צַעַר בַּעֲלֵי-חַיִים Tsa’ar Ba’alei Hayim), même si elle encore pratiquée dans certains milieux religieux, a, de nos jours, perdu beaucoup de son importance religieuse.

Si certains maîtres justifient la pratique des כַּפָּרוֹת (kapparot) en l’identifiant au passage biblique du « bouc émissaire » (שְׂעִיר לַעֲזָאזֵל Seïr La’Azazel: Lévitique 16 : 8), de grands commentateurs comme Nah’manide (RaMBaN) et des Sages comme Rabbi Yossef Karo s’opposent clairement à cette coutume, considérant cette dernière comme d’origine païenne. Nah’manide dénomme cette pratique « דַּרְכֵי אֱמֹרִי Darkhey Emori, les voies de l’Amoréen ». RaShBa (רַבִּי שְׁלֹמֹה בֶּן אַבְרָהָם אִבְּן אֲדֶרֶת Rabbi Shelomo ben Aderet (1235- 1310), le disciple de Nah’manide, connu pour ses responsa, suit l’exemple de son maître et réussit à annuler dans sa ville Barcelone la pratique des kapparot. De nos jours, le Rabbin Hayim David Halevy (1924- 1998), ancien Grand-Rabbin de Tel-Aviv, ouvert à la modernité, écrit dans l’une de ses œuvres halachiques majeures קִצּוּר שֻלְחָן עָרוּך מְקוֹר חַיִּים Kitsour Shoul’han Aroukh Mekor Hayim:

ש«וְלָמָּה צְרִיכִים אָנוּ דָּוְקָא בְּעֶרֶב הַיּוֹם הַקָּדוֹשׁ, לְהִתְאַכְזֵר עַל בַּעֲלֵי חַיִּים, לְלֹא כָּל צוֹרֶךְ, וְלִטְבוֹחַ בָּהֶם לְלֹא רַחֲמִים, בְּשָׁעָה שֶׁאָנוּ עוֹמְדִים לְבַקֵּשׁ חַיִּים עַל עַצְמֵנוּ מֵאֵת אֱלוֹקִים חַיִּים?» (שו »ת עשה לך רב ג עמוד סז)ש

« Et pourquoi devons-nous, justement en cette veille du Jour saint (Yom Kippour), faire preuve de cruauté à l’encontre des animaux sans aucune raison et massacrer ceux-ci sans miséricorde, au moment même où nous nous apprêtons à demander que la Vie nous soit octroyée de la part du Seigneur Vivant ? » (Asseh Lekha Rav chap. 3 page 67).

Quelle est l’alternative à la proscription de la coutume des kapparot ?

Le  פִּדְיוֹן כַּפָּרוֹת Pidion kapparot consiste à substituer la poule par la Tsedaka, une somme d’argent qui sera remise aux plus pauvres. Le chapitre 58 du prophète Isaïe lu au Jour de Yom Kippour explique que l’Eternel ne recherche que la Justice et la Compassion :

ו הֲלוֹא זֶה צוֹם אֶבְחָרֵהוּ פַּתֵּחַ חַרְצֻבּוֹת רֶשַׁע הַתֵּר אֲגֻדּוֹת מוֹטָה וְשַׁלַּח רְצוּצִים חָפְשִׁים וְכָל-מוֹטָה תְּנַתֵּקוּ. ז הֲלוֹא פָרֹס לָרָעֵב לַחְמֶךָ, וַעֲנִיִּים מְרוּדִים תָּבִיא בָיִת כִּי-תִרְאֶה עָרֹם וְכִסִּיתוֹ וּמִבְּשָׂרְךָ לֹא תִתְעַלָּם. (ישעיהו נח: ו-ז).ש

6 Mais voici le jeûne que j’aime : c’est de rompre les chaînes de l’injustice, de dénouer les liens de tous les jougs, de renvoyer libres ceux qu’on opprime, de briser enfin toute servitude ; 7 puis encore, de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile ; quand tu vois un homme nu, de le couvrir, de ne jamais te dérober à ceux qui sont comme ta propre chair ! (Isaïe 58 : 6-7).

Le véritable culte divin, loin de s’exprimer par la contrition ou la mise à mort d’animaux par lesquels la rémission des fautes serait acceptée, trouve sa plus sublime expression par la pratique de la Tsedaka, de Justice et de bienveillance à savoir partager ses biens avec autrui, faire montre d’empathie à son égard afin non seulement de l’aider dans l’épreuve mais aussi et surtout de lui rendre sa dignité d’homme créé à l’image de l’Eternel.

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Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom et Gmar Hatima tova!

Haïm Ouizemann

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1 Response to Yom Kippour, une poule pour le pardon ?

  1. Cathy Faes dit :

    Merci Haïm. Dans nos cercles évangéliques il y a toujours cette notion que cette tradition est acceptée. Merci pour les commentaires de Nachmanide, Haim David Halevy et ton propre commentaire. J’ai enfin des réponses pour mes amis et amies.

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