Parashat Ha’azinou, Méditation sur le pardon

Dans le cadre de la Parashat Ha’azinou[1], nous méditerons sur la racine verbale כ.פ.ר./ K. Ph. R. signifiant « couvrir, recouvrir » :

יד עֲשֵׂה לְךָ תֵּבַת עֲצֵי-גֹפֶר קִנִּים תַּעֲשֶׂה אֶת-הַתֵּבָה וְכָפַרְתָּ אֹתָהּ מִבַּיִת וּמִחוּץ בַּכֹּפֶר. (בראשית ו: יד).ש

14 Fais-toi une arche de bois de gôfèr ; tu distribueras cette arche en cellules, et tu l’enduiras, en-dedans et en-dehors, de poix. (Genèse 6 : 14).

 Cette racine verbale כ.פ.ר./K. Ph. R. signifie également « pardonner » :

מג הַרְנִינוּ גוֹיִם עַמּוֹ כִּי דַם-עֲבָדָיו יִקּוֹם  וְנָקָם יָשִׁיב לְצָרָיו  וְכִפֶּר אַדְמָתוֹ עַמּוֹ. (דברים לב: מג).  ש

43 Nations, félicitez son peuple, car Dieu venge le sang de ses serviteurs ; il exerce sa vindicte sur ses ennemis, pardonne à sa terre et à son peuple ! » (Deutéronome 32 : 43).

La matière végétale כֹּפֶר (KoPheR), communément traduite par « poix » ou « bitume », utilisée lors de l’édification de l’arche d’alliance par Noé (No’aH), vise à recouvrir l’ensemble de l’immense construction pour en hermétiser toutes les parties avant que ne survienne le déluge qui, tel un tsunami dévastateur, effacera toute trace de vie sur terre. Cette notion de recouvrement ou de couverture à base de כֹּפֶר (KoPheR) renferme au moins deux significations qui, pour opposées qu’elles puissent être, sont porteuses d’un message fort pour l’ensemble de l’Humanité. Interrogeons-nous sur la vocation de l’arche de Noé. Celle-ci doit-elle être considérée comme un moyen de perfection de l’être humain ou un but vers un monde meilleur ? Si l’on s’en tient à la première interprétation relative à l’idée de « moyen de perfection », l’arche renverrait donc l’image corrompue des hommes qui, « couvrant » et cachant leurs fautes, seraient invités et appelés à réparer celles-ci. A l’opposé, si l’on s’en tient à la seconde interprétation relative à la notion de « but », l’arche aurait pour dessein essentiel d’enseigner à l’Humanité l’urgence de développer progressivement une conscience du pardon se fondant sur la capacité, si ce n’est d’effacer totalement la faute d’autrui, de « recouvrir » au moins cette dernière, autrement dit de faire montre d’indulgence envers l’autre afin de maintenir la cohésion du tissu social. En d’autres termes, l’on peut avancer l’idée selon laquelle la génération de Noé, trop permissive vis-à-vis des fautes personnelles restées impunies, a opté, a contrario, en faveur d’une vision rigoriste quant aux fautes commises par la collectivité. Le « tu » devient synonyme de « coupable » !

Il est intéressant de noter que ce même terme כֹּפֶר (KoPheR) signifie également « Henné », comme l’enseigne le texte du Cantique des cantiques :

ד אֶשְׁכֹּל הַכֹּפֶר דּוֹדִי לִי בְּכַרְמֵי עֵין גֶּדִי (שיר השירים א: יד).ש

14 Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les cultures [de henné] vignes d’En-Ghedi. (Cantique des Cantiques 1 : 14).

יב לְכָה דוֹדִי נֵצֵא הַשָּׂדֶה נָלִינָה בַּכְּפָרִים. (שיר השירים ז: יב).ש

12 Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, passons la nuit dans les champs de henné. (Cantique des Cantiques 7 : 12).

 Les fleurs blanches, symbole de bonté et de pureté (la racine verbale כ.פ.ר./ Q. Ph. R. signifie par ailleurs « purifier », Ezéchiel 45 : 20) dégagent une odeur enivrante et douce couvrant les effluves nauséabondes et néfastes. Les feuilles séchées et écrasées permettent la fabrication du henné חֶינָה utilisé, entre autres, à embellir et à nourrir la peau et les cheveux.

Alors que les hommes se sont éloignés les uns des autres ou rejetés mutuellement au temps de Noé, le Cantique des cantiques nous délivre quant à lui une leçon de rapprochement et d’amour.  Cette union intime n’est rendue possible que par la remise des fautes mutuelles et de jugement d’autrui. L’on devient capable d’aimer autrui pour lui-même et ce, malgré ses défauts. Sur quelle base reposent les deux anges placés au-dessus du couvercle de l’arche d’Alliance ?

כ וְהָיוּ הַכְּרֻבִים פֹּרְשֵׂי כְנָפַיִם לְמַעְלָה סֹכְכִים בְּכַנְפֵיהֶם עַל-הַכַּפֹּרֶת וּפְנֵיהֶם אִישׁ אֶל-אָחִיו אֶל-הַכַּפֹּרֶת יִהְיוּ פְּנֵי הַכְּרֻבִים (שמות כה: כ).ש

20 Et ces chérubins auront les ailes étendues en avant et dominant le propitiatoire et leurs visages, tournés l’un vers l’autre, seront dirigés vers le propitiatoire. (Exode 25 : 20).

Les deux chérubins, les deux anges se recouvrent de leurs ailes respectives en tournant la face l’un vis-à-vis de l’autre. Ce face-à-face quasiment fusionnel n’est rendu possible que grâce au lien commun unissant ces deux êtres célestes tel un couple inséparable : la כַּפֹּרֶת/ KaPpOReT, le couvercle du pardon et de l’indulgence. L’arche de l’Alliance ne constitue plus un moyen ou un but visant le pardon mais l’essence du Pardon !

Ainsi, après le dramatique épisode du veau d’or, le prophète Moïse retourne vers l’Eternel afin de couvrir la faute collective des fils d’Israël :

ל וַיְהִי מִמָּחֳרָת וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם אַתֶּם חֲטָאתֶם חֲטָאָה גְדֹלָה וְעַתָּה אֶעֱלֶה אֶל-יְהוָה אוּלַי אֲכַפְּרָה בְּעַד חַטַּאתְכֶם. (שמות לב: ל).ש

30 Puis le lendemain, Moïse dit au peuple : « Pour vous, vous avez commis un grand péché ! Et maintenant, je vais monter vers le Seigneur, peut-être obtiendrai-je grâce pour votre péché. » (Exode 32 : 30).

Au terme de quarante jours de prières supplémentaires au cours desquelles Moïse n’a eu de cesse d’intercéder en faveur d’Israël, la racine verbale כ.פ.ר. [פָּנִים]/ K. Ph. R.  [PaNiM] signifiant également « apaiser la colère de… Genèse 32 : 21), il redescend du mont Sinaï au Jour du Dix Tishrei plus connu sous le nom de Yom Kippour, tenant en ses mains les seconde Tables portant les Dix Paroles. L’Eternel dans son infinie miséricorde recouvre les fautes de son peuple, telle une mère protégeant sa progéniture.

ד  גַּם-צִפּוֹר מָצְאָה בַיִת וּדְרוֹר קֵן לָהּ-  אֲשֶׁר-שָׁתָה אֶפְרֹחֶיהָ:ש
אֶת-מִזְבְּחוֹתֶיךָ יְהוָה צְבָאוֹת מַלְכִּי וֵאלֹהָי. (דברים פד: ד).ש

4 Même l’oiseau trouve un abri, le moineau a son nid où il dépose ses petits. [Moi, je rêvais] de tes autels, Eternel-des Armées, mon roi et mon Seigneur. (Psaume 84 : 4).

[1] Parashat Ha’azinou: Deutéronome 32 : 1-52.

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Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom et Gmar Hatima tova!

Haïm Ouizemann

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3 Responses to Parashat Ha’azinou, Méditation sur le pardon

  1. Francoise BINET dit :

    Shabat shalom, Pouvez-vous indiquer le passage dans les écritures qui permet de dire que le jour où Moshe redescend pour la seconde fois avec les table de la loi, c’est le jour de yom kippur  » il redescend du mont Sinaï au Jour du Dix Tishrei plus connu sous le nom de Yom Kippour »
    Je vous remercie.
    Cordialement
    Françoise

  2. Yves Boutboul dit :

    יב לְכָה דוֹדִי נֵצֵא הַשָּׂדֶה נָלִינָה בַּכְּפָרִים. (שיר השירים ז: יב)12 Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, passons la nuit dans les champs de henné.
    il me semble que tu forces le texte… כְּפָרִים Memri les hameaux. Chouraki; LSG les villages…

    אֲשֶׁר-שָׁתָה אֶפְרֹחֶיהָ:ש
    אֶת-מִזְבְּחוֹתֶיךָ יְהוָה צְבָאוֹת מַלְכִּי וֵאלֹהָי. (דברים פד: ד).ש
    C’est tehilim pas devarim

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