Yom Kippour, la voix du silence

Selon la tradition d’Israël, Moïse, après la faute du veau d’or par les Hébreux dans le désert, réussit à obtenir le pardon de l’Eternel le Jour même de Yom Kippour.

יט סְלַח-נָא לַעֲוֺן הָעָם הַזֶּה כְּגֹדֶל חַסְדֶּך וְכַאֲשֶׁר נָשָׂאתָה לָעָם הַזֶּה מִמִּצְרַיִם וְעַד-הֵנָּה. כ וַיֹּאמֶר יְהוָה סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶךָ. (במדבר יד: יט-כ).ש

19 Pardonne, je te prie, le crime de ce peuple selon ta clémence infinie, et comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Egypte jusqu’ici ! » 20 Et l’Éternel répondit : « Je pardonne, selon ta demande. (Nombres 14 : 19-20).

Ce temps de Yom Kippour au cours duquel l’ensemble du peuple d’Israël jeûne durant vingt-cinq heures est propice à la méditation et à l’introspection. Cette année, beaucoup d’entre nous ne pourront point prier au sein de leur communauté respective, en raison des rigoureuses restrictions sanitaires. N’est-il point temps d’accomplir un véritable HeShBoN NePheSh, (חֶשְׁבּוֹן נֶפֶשׁ, « introspection »), à savoir méditer sur nos manquements passés et chercher à les réparer ?  Nombreux sont les thèmes de méditation en ce Jour solennel consacré à la contrition, au regret (חֲרָטָה, ‘HaRaTtah) et au pardon :  les treize attributs de Miséricorde, intercéder en faveur du peuple d’Israël…

Un thème possible est le silence. Nous pourrions, sur l’exemple du prophète Elie qui alla s’isoler dans une grotte, nous retirer dans notre chambre pour y pratiquer une méditation unique consistant à observer un silence total et le conserver le plus longtemps possible, telle une plongée en apnée.

ט וַיָּבֹא-שָׁם אֶל-הַמְּעָרָה וַיָּלֶן שָׁם וְהִנֵּה דְבַר-יְהוָה אֵלָיו וַיֹּאמֶר לוֹ מַה-לְּךָ פֹה אֵלִיָּהוּ. (מלכים א, יט: ט)ש

9 Là, il entra dans une caverne, où il passa la nuit. Et voici que la voix divine s’adressa à lui, disant : « Que fais-tu là, Elie ? » (I Rois 19 : 9).

Le terme מְּעָרָה  (Me’aRaH), « caverne », est construit à partir de la racine verbale [ע.ר.י [ה signifiant « se découvrir, se mettre à nu » (Isaïe 3 : 17), « vider » (Genèse 24 : 20). C’est en ce lieu d’isolement que le prophète Elie, exposant sa nudité intérieure face à la transcendance de l’Eternel et se dépouillant de toute forme de zèle extrême et d’esprit altier (I Rois 19 : 10) que l’Eternel lui fait découvrir le secret de la prophétie :

יא וַיֹּאמֶר צֵא וְעָמַדְתָּ בָהָר לִפְנֵי יְהוָה וְהִנֵּה יְהוָה עֹבֵר וְרוּחַ גְּדוֹלָה וְחָזָק מְפָרֵק הָרִים וּמְשַׁבֵּר סְלָעִים לִפְנֵי יְהוָה לֹא בָרוּחַ יְהוָה וְאַחַר הָרוּחַ רַעַשׁ לֹא בָרַעַשׁ יְהוָה. יב וְאַחַר הָרַעַשׁ אֵשׁ לֹא בָאֵשׁ יְהוָה וְאַחַר הָאֵשׁ קוֹל דְּמָמָה דַקָּה.  (מלכים א, יט: יא-יב).ש

11 Et la voix reprit : « Sors, et tiens-toi sur la montagne pour attendre le Seigneur ! » Et de fait, le Seigneur se manifesta. Devant lui un vent intense et violent, entrouvrant les monts et brisant les rochers, mais dans ce vent n’était point le Seigneur. Après le vent, une forte secousse ; le Seigneur n’y était pas encore. 12 Après la secousse, un feu ; le Seigneur n’était point dans le feu. Puis, après le feu, la voix fluette du silence. (I Rois 19 : 11- 12).

Elie entend la voix de l’Eternel dans le silence de l’isolement, loin de tout artifice extérieur. Dans le désert du Sinaï, les Hébreux entendent le retentissement de la voix divine. Cette fois-ci Elie la percevra dans le silence de la grotte !

Cette expression קוֹל דְּמָמָה דַקָּה / KoL DeMaMaH DakaH que l’on devrait traduire « la voix, un fluet silence » (selon les signes de cantillation) est une seconde fois évoquée dans le livre de Job :

טז  יַעֲמֹד וְלֹא-אַכִּיר מַרְאֵהוּ תְּמוּנָה לְנֶגֶד עֵינָי
דְּמָמָה וָקוֹל  אֶשְׁמָע. (איוב ד: טז).ש

16 Une figure, dont les traits m’étaient inconnus, se tint là sous mes yeux, et j’entendis le faible son d’une voix (Job 4 : 16).

Et si cette figure, loin d’être une créature céleste, n’était autre que le visage de Job lui-même ? Le plus difficile n’est-il point de se faire face ?

Le commentateur Abraham Ebn Ezra enseigne :

ש« « דְּמָמָה וָקוֹל »  – כְּמוֹ: « קוֹל דְּמָמָה דַקָּה », וְזוֹ דֶּרֶךְ נְבוּאָה קְטַנָּה.»ש

« « le faible son d’une voix » comme « la voix du fluet silence » : c’est le chemin de la petite prophétie » (« écho de prophétie »)

Cette expression associant le silence et la voix de l’Eternel enseigne que notre aptitude à faire le silence intérieur rend possible l’écoute attentive de la voix divine que notre cœur, alors, capte dans toute son ampleur. Le prophète Ezéchiel, après l’exil des fils d’Israël et la perte du Temple, le lieu unique et central de culte pour le peuple d’Israël, réconforte celui-ci :

ש«וָאֱהִי לָהֶם לְמִקְדָּשׁ מְעַט».ש

« Je leur ai été un petit sanctuaire » (Ezéchiel 11 : 16).

Le Nom de l’Eternel est à lui seul le Sanctuaire d’Israël !

Ce Jour si particulier au cours duquel le Cohen Gadol, le Grand-Prêtre ne pénétrait qu’une seul fois par an dans le Saint des saints / Qodesh HaQodashim, est en ces jours de confinement ouvert à tous les fils d’Israël !

Pourquoi donc ne point consacrer le Jour de Yom Kippour au silence intérieur afin d’y entendre la Voix de l’Eternel et par là-même pénétrer au sein du דְּבִיר DeViR (« Lieu de la Parole », plus communément appelé « Saint des saints », 1 Rois 8 : 6) ?

ב  לְךָ דֻמִיָּה תְהִלָּה אֱלֹהִים בְּצִיּוֹן  וּלְךָ יְשֻׁלַּם-נֶדֶר. (תהלים סה: ב).ש

2 A toi, Seigneur, qui résides dans Sion, convient le silence, la louange ! Envers toi, on s’acquitte de ses vœux. (Psaume 65 : 2).

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hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Gmar Hatima tova!

Haïm Ouizemann

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