Parashat Tolédot, A l’écoute de l’appel du futur !

L’aînesse nobiliaire[1] et roturière fondée sur les règles coutumières sera abolie en principe en 1791 :

« Tous privilèges, toute féodalité et nobilité de biens étant détruits, les droits d’aînesse et de masculinité à l’égard des fiefs, domaines et alleux nobles, et les partages inégaux à raison de la qualité des personnes, sont abolis». (Article 11, Décret du 15 mars 1791).

Ce droit aboli par la force de la loi ne le sera de facto qu’en 1849.

Qu’enseigne le Tanakh (Bible hébraïque) à propos du droit d’aînesse ?

ט לֶךְ-נָא אֶל-הַצֹּאן וְקַח-לִי מִשָּׁם שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים טֹבִים וְאֶעֱשֶׂה אֹתָם מַטְעַמִּים לְאָבִיךָ כַּאֲשֶׁר אָהֵב. י וְהֵבֵאתָ לְאָבִיךָ וְאָכָל בַּעֲבֻר אֲשֶׁר יְבָרֶכְךָ לִפְנֵי מוֹתוֹ. (בראשית כז: ט-י).ש

9 Va je te prie au menu bétail et prends moi deux beaux chevreaux et j’en ferai pour ton père un ragoût tel qu’il l’aime. 10 Et alors tu le présenteras à ton père et il mangera ; de sorte qu’il te bénira avant de mourir. » (Genèse 27 : 9-10).

Pourquoi RiVKaH (Rébecca) aspire-t-elle tant à voir son fils préféré Ya’aKoV (Jacob) bénéficier de la bénédiction du droit d’aînesse par son père Its’HaK (Isaac) ? ESsaV (Esaü), le premier fils, ne devait-il point jouir de son droit naturel d’aînesse ?

יז כִּי אֶת-הַבְּכֹר … כִּי-הוּא רֵאשִׁית אֹנוֹ לוֹ מִשְׁפַּט הַבְּכֹרָה.  (דברים כא: יז).ש

17 Car c’est le fils aîné… qui est le premier fruit de sa force, à lui appartient le droit d’aînesse. (Deutéronome 21 : 17).

Peut-on véritablement, pour légitimer le droit d’aînesse transmis à Jacob, se fonder sur l’épisode relatant l’achat de ce même droit à Esaü pour un plat de lentilles ? (Genèse 25 : 29-34) Peut-on prétendre que Jacob ait « dérobé » le droit d’aînesse à son frère aîné par la voie du subterfuge ? Il faut toutefois rappeler que Rebecca, la mère de Jacob et d’Esaü, ne s’est jamais appuyée sur cet argument de l’achat du droit d’aînesse par Jacob puisqu’en aucune manière et à aucun moment elle fut informée de cette troublante transaction.

Pourquoi Jacob est-il donc, selon sa mère Rébecca, plus digne que son frère aîné Esaü de devenir l’héritier éternel de son père Isaac et le troisième Patriarche dont les douze tribus d’Israël seront issues ?

La réponse à toutes ces interrogations réside chez Isaac.

Pourquoi l’Eternel promet-il à Isaac l’accomplissement du don de la terre de Canaan et une grande descendance ?

L’Eternel le lui promet en vertu du mérite d’Avraham qui, malgré les épreuves endurées, n’a jamais cessé d’écouter la Parole divine. Ecouter l’Eternel, c’est Lui obéir et comprendre Sa Volonté.

ה עֵקֶב אֲשֶׁר-שָׁמַע אַבְרָהָם בְּקֹלִי וַיִּשְׁמֹר מִשְׁמַרְתִּי מִצְוֺתַי חֻקּוֹתַי וְתוֹרֹתָי. (בראשית כו:ה).ש

5 En récompense de ce qu’Abraham a écouté ma voix et suivi mon observance, exécutant mes préceptes, mes lois et mes doctrines. » (Genèse 26 : 5).

La racine ש.מ.ע.  / Sh.M. ‘. signifie à la fois écouter, comprendre et obéir comme nous l’enseigne la prière « Shéma Israël » appelant Israël à s’unir par l’écoute intérieure à l’Eternel UN.

Or, à l’instar de son époux Isaac et d’Avraham, Rebecca se fait l’écho fidèle de cette Promesse :

ח וְעַתָּה בְנִי שְׁמַע בְּקֹלִי לַאֲשֶׁר אֲנִי מְצַוָּה אֹתָךְ. (בראשית כז: ח).ש

8 Et maintenant, mon fils, obéis à ma voix, sur ce que je vais t’ordonner. (Genèse 27 : 8).

Le commentateur Onkelos traduit en araméen le verbe שְׁמַע « entendre » par le verbe קַבֵּל signifiant « recevoir, accepter, rejoindre, contracter une obligation ».

Rébecca, par l’emploi de l’expression du verbe שְׁמַע בְּ (« obéir »), enjoint son fils Jacob d’être fidèle au mérite d’Avraham et lui rappelle qu’il lui faut s’engager dans la même voie, comme l’évoque le verset 5 du chapitre 26, verset qui prend sa source au chapitre 22 : 18 :

יח וְהִתְבָּרְכוּ בְזַרְעֲךָ כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ עֵקֶב אֲשֶׁר שָׁמַעְתָּ בְּקֹלִי. (בראשית כב: יח).ש

18 Et toutes les nations de la terre seront bénies par ta postérité, en récompense de ce que tu as obéi à ma voix. (Genèse 22 : 18).

Jacob, confiant en sa mère Rébecca, se rattache, tel un chaînon, à la bénédiction de son père Isaac par la promesse que ce dernier reçut lui-même de son père Avraham. Rebecca œuvre afin de conserver et faire perdurer l’Alliance conclue avec Avraham et Isaac :

ז וַיִּשְׁמַע יַעֲקֹב אֶל-אָבִיו וְאֶל-אִמּוֹ וַיֵּלֶךְ פַּדֶּנָה אֲרָם. (בראשית כח: ז).ש

7 Et Jacob écouta son père et à sa mère, était allé au territoire d’Aram. (Genèse 28 : 7).

Quelle est donc la différence avec Esaü, pour que ce dernier ne puisse mériter le droit d’aînesse ?

ו וַיַּרְא עֵשָׂו כִּי-בֵרַךְ יִצְחָק אֶת-יַעֲקֹב וְשִׁלַּח אֹתוֹ פַּדֶּנָה אֲרָם לָקַחַת-לוֹ מִשָּׁם אִשָּׁה בְּבָרְכוֹ אֹתוֹ–וַיְצַו עָלָיו לֵאמֹר לֹא-תִקַּח אִשָּׁה מִבְּנוֹת כְּנָעַן. (בראשית כח: ו).ש

6 Et Ésaü vit qu’Isaac avait béni Jacob, qu’il l’avait envoyé au territoire d’Aram pour s’y choisir une épouse ; qu’en le bénissant il lui avait donné cet ordre : « Ne prends point femme parmi les filles de Canaan » (Genèse 28 : 6).

Et encore :

ח וַיַּרְא עֵשָׂו כִּי רָעוֹת בְּנוֹת כְּנָעַן בְּעֵינֵי יִצְחָק אָבִיו. ט וַיֵּלֶךְ עֵשָׂו אֶל-יִשְׁמָעֵאל וַיִּקַּח אֶת-מָחֲלַת בַּת-יִשְׁמָעֵאל בֶּן-אַבְרָהָם אֲחוֹת נְבָיוֹת עַל-נָשָׁיו לוֹ לְאִשָּׁה. (בראשית כח: ח-ט).ש

8 et Ésaü vit que les filles de Canaan déplaisaient à Isaac son père. 9 Alors Ésaü alla vers Ismaël et prit pour femme Mahalath, fille d’Ismaël, fils d’Abraham, sœur de Nebaïoth, en outre de ses premières femmes. (Genèse 28 : 8-9).

Alors que Jacob se singularise par le sens de l’ouïe, Esaü, quant à lui, se particularise par le sens de la vision. La source biblique distingue deux formes d’appréhension du monde : l’une visuelle, l’autre auditive, la dernière surpassant la première. Rappelons qu’Ésaü, en épousant les femmes cananéennes (Genèse 26 : 34), s’éloigne de la volonté de son père Isaac et par là-même de son grand père Avraham qui avait absolument interdit à Eliézer de prendre pour Isaac une femme Cananéenne (24 : 3-4).

Autrement dit Jacob est l’homme de l’écoute.

Le prophète et juge Samuel qui ne comprenait point que l’Eternel l’appelait apprend également à écouter la voix divine.

Il s’avère qu’aucun aîné dans la Bible ne jouit du droit d’aînesse. Ni Ishmaël, ni Esaü, Ni Reouven (Genèse 49 : 4), ni Amnon le premier fils de David et de A’hinoam (puisque c’est Salomon le fils de Bat Sheva qui succèdera à son père), ne jouissent de ce droit qui pourtant leur aurait octroyé le pouvoir de gouverner.

L’Ecriture enseigne que la Promesse divine et le rang social ne suffisent point à octroyer un privilège quelconque, en l’occurrence le droit d’aînesse, comme cela fut le cas au Moyen-âge et sous l’Ancien régime. Seul le mérite des actions est capable d’insuffler un souffle de Vie à un monde emporté par l’usure naturelle de la loi de l’entropie. Esaü ne juge point nécessaire de jouir du privilège qui lui échoit car il voit et croit comprendre que la mort l’emporte sur la Vie. Au contraire, Jacob mérite toutes les bénédictions de la Vie présente car il entend l’appel du futur.

Rabbi Lord Jonathan Sachs enseigne :

« L’écoute est au cœur même de la relation. Cela signifie que nous sommes ouverts à l’autre, que nous le ou la respectons, que ses perceptions et ses sentiments comptent pour nous. Nous leur donnons la permission d’être honnêtes, même si cela signifie nous rendre vulnérables en le faisant. Un bon parent écoute son enfant. Un bon employeur écoute son employé(e). Une bonne entreprise est à l’écoute de sa clientèle. Un bon leader écoute ceux et celles qu’il ou elle dirige. Écouter ne signifie pas être d’accord, mais attentionné. L’écoute est le climat dans lequel grandissent l’amour et le respect » (« The Spirituality of Listening », Eikev 5776).

ח  שְׁמַע בְּנִי מוּסַר אָבִיךָ  וְאַל-תִּטֹּשׁ תּוֹרַת אִמֶּךָ. (משלי א: ח).ש

8 Ecoute, mon fils, les leçons de morale de ton père, ne délaisse pas l’enseignement de ta mère (Proverbes 1 : 8).

[1] Parashat Toledot: Genèse 25 : 19-28 : 9.

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hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

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