Parashat VaYeshev, A la poursuite de la Paix

« Je crois que des hommes inspirés par l’amour du prochain pourront reconstruire ce qu’ont détruit des hommes inspirés par l’amour de soi… Je continue de croire qu’un jour viendra où l’humanité s’inclinera devant les autels de Dieu pour recevoir la couronne de la victoire sur la guerre et l’effusion de sang, où la bonne volonté animée par la non-violence rédemptrice dictera la loi sur la terre. « Et le lion habitera avec l’agneau et chaque homme s’assoira sans crainte sous sa propre vigne ou son propre figuier et nul n’aura rien à redouter. » Je continue de croire que nous vaincrons. » (Martin Luther King, Discours du Prix Nobel de la Paix, 10 décembre 1964).

יג וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף הֲלוֹא אַחֶיךָ רֹעִים בִּשְׁכֶם לְכָה וְאֶשְׁלָחֲךָ אֲלֵיהֶם וַיֹּאמֶר לוֹ הִנֵּנִי. (בראשית לז: יג).ש

13 Et Israël dit à Joseph : « Tes frères font paître les troupeaux à Sichem. Viens donc, je veux t’envoyer auprès d’eux. » Il lui répondit : « Me voici. » (Genèse 37 : 13).

 Ce passage[1] n’est point sans susciter maintes interrogations.

Jacob était-il vraiment conscient de la haine de ses fils envers Joseph ? Comment a-t-il pu prendre l’initiative de l’envoyer à leur rencontre ? Et comment Joseph a-t-il accepté sa mission, sachant qu’il s’exposait à la vindicte de la part de ses propres frères ? Ou bien ignorait-il la profondeur de leur haine envers sa personne ?

ד וַיִּרְאוּ אֶחָיו כִּי-אֹתוֹ אָהַב אֲבִיהֶם מִכָּל-אֶחָיו וַיִּשְׂנְאוּ אֹתוֹ וְלֹא יָכְלוּ דַּבְּרוֹ לְשָׁלֹם. (בראשית לז: ד).ש

4 Et ses frères, voyant que leur père l’aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler pacifiquement. (Genèse 37 : 4).

Nul doute que Jacob, sachant que ses fils vont faire paître leurs troupeaux à Shekhem, développe une inquiétude justifiée par rapport à ses fils, sachant que c’est à Shekhem que Simon et Levy ont décimé la population par la ruse par vengeance pour le déshonneur infligé à Dina leur sœur. Il s’inquiète à juste titre de savoir si tout va bien pour ses fils et s’ils n’ont pas été victimes de représailles des habitants de la région qui pourraient se souvenir des événements passés.

Toujours est-il que Jacob qui, lui-même, avait déjà fait l’expérience de ce rapprochement avec son frère ennemi Esaü, avait par le biais du dialogue, réussi à apaiser ses velléités de guerre contre lui. Pourrait-il en être de même avec Joseph ? Jacob le croit intimement :

יד וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה. (בראשית לז: יד).ש

14 Et il reprit : « Va voir, je te prie, si tes frères sont en paix, comment se porte le bétail et rapporte-m’en des nouvelles. » Il l’envoya ainsi de la vallée d’Hébron et Joseph se rendit à Shekhem. (Genèse 37 : 14).

C’est alors que Joseph, répondant à l’injonction paternelle, fait la rencontre d’un « homme » errant :

טו וַיִּמְצָאֵהוּ אִישׁ וְהִנֵּה תֹעֶה בַּשָּׂדֶה וַיִּשְׁאָלֵהוּ הָאִישׁ לֵאמֹר מַה-תְּבַקֵּשׁ. (בראשית לז: טו).ש

15 Et un homme le rencontra errant dans la campagne ; cet homme lui demanda : « Que cherches-tu ? » (Genèse 37 : 15).

 Cette rencontre pour le moins mystérieuse n’est point sans rappeler la rencontre au gué du torrent du Yabok entre Jacob et un être mystérieux. Comme son père Jacob, Joseph se retrouve vraisemblablement face à sa propre conscience. Cet alter-ego, cette voix intérieure dictée par sa conscience lui fait dire :

טז וַיֹּאמֶר אֶת-אַחַי אָנֹכִי מְבַקֵּשׁ הַגִּידָה-נָּא לִי אֵיפֹה הֵם רֹעִים. (בראשית לז: טז).ש

16 Et il répondit : « Ce sont mes frères que je cherche. Veuille me dire où ils font paître leur bétail ? » (Genèse 37 : 16).

Il s’avère que cette réponse de Joseph rappelle la question que l’Eternel pose à Caïn.

ט וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-קַיִן אֵי הֶבֶל אָחִיךָ וַיֹּאמֶר לֹא יָדַעְתִּי הֲשֹׁמֵר אָחִי אָנֹכִי. (בראשית ד: ט).ש

9 Et l’Éternel dit à Caïn : « Où est Abel ton frère ? » Il répondit : « Je ne sais ; suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4 : 9).

Toutefois, sa réponse, contrairement à celle de Caïn, est pleine d’humanité et d’empathie.

Joseph exprime ici clairement son sens de la responsabilité personnelle là où a failli Caïn, niant et fuyant tout sens fondamental de fraternité envers Abel ! la voix d’Abel errant dans le champ, le lieu où il connaîtra la mort, semble résonner avec force à travers la conscience de Joseph :

ח וַיֹּאמֶר קַיִן אֶל-הֶבֶל אָחִיו וַיְהִי בִּהְיוֹתָם בַּשָּׂדֶה וַיָּקָם קַיִן אֶל-הֶבֶל אָחִיו וַיַּהַרְגֵהוּ. (בראשית ד: ח).ש

8 Et Caïn parla à son frère Abel ; mais il advint, comme ils étaient dans le champ, que Caïn se jeta sur Abel, son frère, et le tua. (Genèse 4 : 8).

 Au vu de l’intention de ses frères de le mettre à mort, comme Caïn tua Abel, Joseph réussira-t-il à accomplir la requête de son père Jacob ? Au moment de la confrontation entre Joseph et ses frères, en Egypte, Joseph leur rappelle subtilement l’impact que leurs vaines rivalités auront sur leur père commun, dans le dessein de leur faire prendre conscience de ce fait, que, même s’ils sont nés de mères différentes, leur père leur est unique :

כז וַיִּשְׁאַל לָהֶם לְשָׁלוֹם וַיֹּאמֶר הֲשָׁלוֹם אֲבִיכֶם הַזָּקֵן אֲשֶׁר אֲמַרְתֶּם הַעוֹדֶנּוּ חָי. (בראשית מג: כז).ש

27 Et il s’inquiéta de savoir s’ils étaient en paix, puis il dit : « Comment se porte votre père, ce vieillard dont vous avez parlé ? Vit-il encore ? » (Genèse 43 : 27).

Joseph devra attendre vingt-deux ans, comme son père Jacob avec Esaü, pour reconstruire l’identité fraternelle. De la même manière que Joseph s’enquiert de ses frères lors de sa rencontre avec l’homme errant, Juda (YéHOuDaH) se porte responsable de son frère Benjamin (BeNYaMin) devant son père Jacob :

ט אָנֹכִי אֶעֶרְבֶנּוּ מִיָּדִי תְּבַקְשֶׁנּוּ  אִם-לֹא הֲבִיאֹתִיו אֵלֶיךָ וְהִצַּגְתִּיו לְפָנֶיךָ וְחָטָאתִי לְךָ כָּל-הַיָּמִים. (בראשית מג: ט).ש

9 C’est moi qui réponds de lui, c’est à moi que tu le redemanderas : si je ne te le ramène et ne le remets en ta présence, je me déclare coupable à jamais envers toi. (Genèse 43 : 9).

Il ne faut jamais attendre que la paix vienne à nous. Nous devons nous mettre en route à sa recherche et la poursuivre de toutes nos forces. C’est ainsi que nous pourrons construire la paix. Cette poursuite après la paix en allant vers l’autre n’est toutefois pas sans risque. Nombreux sont celles et ceux qui la recherchant éperdument comme Avrabram Lincoln, Martin Luther King, le Mahatma Gandhi et Hevrin Khalaf le paient de leur vie.

Cette volonté de paix ne serait plus mue par des intérêts politiques, économiques mais par le fait que nous sommes les fils du même père ADaM et du même Père, l’Eternel :

י הֲלוֹא אָב אֶחָד לְכֻלָּנוּ הֲלוֹא אֵל אֶחָד בְּרָאָנוּ מַדּוּעַ נִבְגַּד אִישׁ בְּאָחִיו לְחַלֵּל בְּרִית אֲבֹתֵינוּ. (מלאכי ב: י).ש

10 N’avons-nous pas tous un seul père? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi commettrions-nous une trahison l’un contre l’autre, de façon à déshonorer l’alliance de nos pères ? (Malachie 2 : 10).

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« La bonne société ne se produit pas spontanément. Elle n’est pas non plus créée par le marché ou par l’État. Elle se réalise à partir des choix moraux de chacun de nous. Tel est le message essentiel du Deutéronome : choisirons-nous la bénédiction ou la malédiction ? Comme le dit Moïse à la fin du livre :

« J’en atteste sur vous, en ce jour, le ciel et la terre : j’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la calamité ; choisis la vie ! Et tu vivras alors, toi et ta postérité ». (Deutéronome 30 : 19).

Le test d’une société n’est pas militaire, politique, économique ou démographique. Il est moral et spirituel. C’est ce qui est révolutionnaire dans le message biblique… Dans le judaïsme, nous ne servons pas l’État ; nous servons Dieu seul. L’éthique unique de l’alliance, dont le texte clé est le livre de Devarim (Deutéronome), place sur chacun de nous une immense double responsabilité, individuelle et collective ». (« The Good Society », Re’eh 5780).

ו  סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה-טוֹב בַּקֵּשׁ שָׁלוֹם וְרָדְפֵהוּ. (תהלים לד: טו).ש

15 éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et la poursuis. (Psaume 34 : 15).

[1] Parashat Vayeshev : Genèse 37, 1-40 : 23.

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

Ce contenu a été publié dans TaNaKh et Droits de l'Homme, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.