Parashat VaYéhi, pour l’honneur de la Justice

« Ce que nous demandons à l’avenir, ce que nous voulons de lui, c’est la justice, ce n’est pas la vengeance. » (Victor Hugo)

ז אָרוּר אַפָּם כִּי עָז וְעֶבְרָתָם כִּי קָשָׁתָה אֲחַלְּקֵם בְּיַעֲקֹב וַאֲפִיצֵם בְּיִשְׂרָאֵל. (בראשית מט: ז).ש

7 Maudite soit leur colère, car elle fut malfaisante et leur indignation, car elle a été funeste ! Je veux les séparer dans Jacob, les disperser en Israël. (Genèse 49 : 7).

Le Patriarche Jacob[1], au crépuscule de sa vie, réunit tous ses fils et s’apprête à bénir chacun d’entre eux. Or, alors que ses deux fils Simon (SHiM’oN) et LéVI s’approchent de lui, il leur accorde une bénédiction en forme de malédiction.

Pourquoi Jacob décide-t-il de bénir ses deux fils de manière si ambiguë et, qui plus est, de les disperser en Israël ? Doit-on considérer cette dispersion comme une malédiction ou comme une bénédiction ?

Jacob rappelle les méfaits de ses deux fils SHiM’oN et LéVI :

ה שִׁמְעוֹן וְלֵוִי אַחִים כְּלֵי חָמָס מְכֵרֹתֵיהֶם. (בראשית מט: ה). ש

5 Siméon et Lévi ! Digne couple de frères ; leurs armes sont des instruments de violence. (Genèse 49 : 5).

Cette violence meurtrière que Jacob n’hésite point à dénommer ‘HaMaS/ חָמָס (« violence absolue ») renvoie aux actes de vengeance perpétrés par SHiM’oN et LéVI sur tous les habitants de SheKheM (Genèse 34 : 26) et non point seulement sur leur prince SheKhem, fils de ‘HaMoR, qui a brutalement violé leur sœur DINaH dans l’indifférence totale de tous les habitants :

ב וַיַּרְא אֹתָהּ שְׁכֶם בֶּן-חֲמוֹר הַחִוִּי נְשִׂיא הָאָרֶץ וַיִּקַּח אֹתָהּ וַיִּשְׁכַּב אֹתָהּ וַיְעַנֶּהָ. (בראשית לד: ב).ש

2 Et Shekhem fils de Hamor le Hévéen la remarqua, gouverneur du pays ; il l’enleva et s’approcha d’elle en lui faisant violence. (Genèse 34 : 2).

Pourquoi Jacob conservant le silence à l’annonce du viol de sa fille (Genèse 34 : 5) exprime-t-il son trouble extrême et refuse-t-il d’abonder dans le sens de ses fils qui, ayant l’intention de venger le déshonneur de leur sœur DINaH (Genèse 34 : 30) croient, de cette manière, sauver le nom d’Israël ?

Le Patriarche Jacob se révolte contre toute velléité de « vendetta ».  Selon Jacob, aucune atteinte à l’intégrité physique et morale, aussi grave et dramatique soit-elle, ne relève de la vengeance[2] mais de la justice. La justice avant d’être requise par les autres se doit d’être une exigence intérieure propre à Israël. La Justice constitue un principe si élevé que les juges en Israël sont dénommés ELoHIM (Exode 22 : 7). Ainsi Jacob va s’attacher à corriger la faute de ses fils en les dispersant tout d’abord pour écarter SHiM’oN de LéVI, dans le dessein d’éviter à ce dernier de subir en quelque manière que ce soit l’influence néfaste du premier, d’éduquer le second à contrôler ses pulsions, et afin de les préparer à leur vocation d’enseignants, d’éducateurs et d’hommes de justice.

SHiM’oN est d’entre les frères celui que l’on considère comme le plus cruel et dévoyé. Rappelons que le prince d’Israël ZiMRI BeN SaLOu entraînant les Hébreux à la débauche appartient à la tribu de SHiM’oN (Nombres 25 : 14). Le grand commentateur RaShI explique que le nom de ce prince est rendu public afin que la honte rejaillisse sur la tribu de SHiM’oN. C’est la raison pour laquelle la dernière bénédiction de MoShEH (Moïse) inclut la tribu de SHiM’oN au sein de celle de YéHOuDaH (Deutéronome 33 : 7 ; Josué 19 : 1).  YéHOuDaH, le garant de son frère BéNYaMIN (Genèse 43 : 9) est à même d’enseigner par son exemple et son mérite la voie à suivre à son frère SHiM’oN qui fut à l’origine de la vente de son frère YoSsePh (Genèse 42 : 24).

Quant à LéVI, lui non plus n’hérite d’aucune terre comme son frère SHiM’oN:

כ וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן בְּאַרְצָם לֹא תִנְחָל וְחֵלֶק לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּתוֹכָם אֲנִי חֶלְקְךָ וְנַחֲלָתְךָ בְּתוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (במדבר יח: כ).ש

20 Et l’Eternel dit encore à Aaron : « Tu ne posséderas point sur leur territoire, et aucun lot ne sera le tien parmi eux : c’est moi qui suis ton lot et ta possession au milieu des enfants d’Israël. (Nombres 18 : 20).

L’héritage de LéVI est l’Eternel. Les Lévi, dispersés sur l’ensemble d’Israël – quarante-huit cités leur sont accordées- sont responsables du maintien du culte divin et de l’enseignement de la Tora aux fils d’Israël. Les Cohanim, les serviteurs de l’Eternel, ceux-là mêmes qui intercèdent pour la remise des fautes d’Israël, sont issus de la tribu de Lévi. Six villes de refuge, sous l’égide de la Tribu des Lévi, ont pour but de protéger tout fils d’Israël qui aurait par mégarde tué l’un des siens. Il est intéressant de noter que l’une de ces cités de refuge n’est autre que Shekhem, la cité où fut violée DINaH, la fille de Jacob vengée par ses frères SHiM’oN et LéVI. Nous devons comprendre que le remède se trouve dans le mal et que la réprimande empreinte de respect et à la hauteur du mal commis, se révèle souvent comme une bénédiction :

ה  יֶהֶלְמֵנִי צַדִּיק חֶסֶד  וְיוֹכִיחֵנִי שֶׁמֶן רֹאשׁ אַל-יָנִי רֹאשִׁי… (תהלים קמא: ה).ש

5 Que le juste m’assène des coups, c’est une preuve d’amour ; qu’il me châtie, c’est comme de l’huile sur la tête, à laquelle ma tête ne se soustrait point… (Psaume 141 : 5).

Effectivement, il apparaît que les deux frères SHiM’oN et LéVI, loin d’avoir été maudits par leur père Israël comme pourrait le laisser croire une première lecture, reçoivent sa bénédiction. Leur dispersion s’avère non seulement bénéfique pour leur tribu mais aussi pour l’ensemble de la nation d’Israël. Trois prophètes sont issus de la tribu de SHiM’oN : NaHOuM, ‘HaBaKOuK et TséPhaNIaH (Sophonie).

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne[3] :

« Ma thèse selon laquelle la pratique de la non-violence nécessite une croyance en la vengeance divine sera impopulaire auprès de nombreux chrétiens, en particulier les théologiens en Occident… Dans un monde de conflits ethniques, alimenté par une ferveur religieuse parfois mortelle, c’est une vérité qui a besoin d’être rétablie. Il y a des choses que nous devons laisser à D.ieu. Sinon, nous nous retrouverons dans la condition de l’humanité avant le Déluge, lorsque le monde était « rempli de violence » et que D.ieu était « attristé d’avoir fait l’homme sur la terre, et Son cœur était rempli de douleur ». La vengeance appartient à D.ieu. Elle ne doit pas être pratiquée par des êtres humains au nom de D.ieu. ( Ha’azinu (5770) – « Vengeance» ).

Le Patriarche Jacob enseigne que la Justice appartient au Maître du monde, le Créateur de tous les êtres et à ses juges:

יב  וְיֹאמַר אָדָם אַךְ-פְּרִי לַצַּדִּיק  אַךְ יֵשׁ-אֱלֹהִים שֹׁפְטִים בָּאָרֶץ. (תהלים נח: יב).ש

12 Et l’on dira : « Certes, il y a une récompense pour le juste ; certes, il est des juges exerçant la justice sur terre ! » (Psaume 58 : 12).

[1] Parashat VaYéhi : Genèse 47 : 28 – 50 : 26.

[2]   Faide : système de vengeance privée opposant deux familles ennemies, deux clans, deux tribus, etc. Elle rappelle la « vendetta » italienne.

[3] Commentaire sur la Parashat Ha’azinu (5770) – « Vengeance ».

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Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

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