Parashot VaYaqhel-Pékoudey, Les miroirs de Sainteté

« Les femmes vont parfois trop loin, c’est vrai. Mais c’est seulement quand vous allez trop loin que les autres écoutent. » (Indira Gandhi, ex-premier ministre de l’Inde).

La parashah VaYaqhel[1] semble débuter comme la parashah Téroumah. Elle rappelle la noblesse d’esprit des enfants d’Israël dans leur généreuse et gracieuse contribution à l’édification de la Tente du Rendez-Vous.

Pourquoi, alors, la Torah trouve-t-elle nécessaire de revenir sur cette contribution ? S’agit-il d’une simple répétition et en quoi celle-ci s’avère-t-elle novatrice ?

Une lecture approfondie de la parashah VaYaqkhel révèle l’apparition de nombreux éléments nouveaux.

Alors que la parashah Téroumah déploie le plan de la construction de la Tente du Rendez-Vous, la parashah VaYaqhel décrit, quant à elle, la réalisation de la Demeure divine. L’essentiel du programme architectural relève désormais de l’ordre de l’accomplissement. Le verbe « faire, accomplir » revient à maintes reprises tout au long de la parashah.

Le rôle des femmes participant activement à cet accomplissement est absolument indéniable et mis en exergue :  

כב וַיָּבֹאוּ הָאֲנָשִׁים, עַל-הַנָּשִׁים כֹּל נְדִיב לֵב הֵבִיאוּ חָח וָנֶזֶם וְטַבַּעַת וְכוּמָז כָּל-כְּלִי זָהָב וְכָל-אִישׁ אֲשֶׁר הֵנִיף תְּנוּפַת זָהָב לַיהוָה. (שמות לה: כב).ש

22 Et les hommes associés aux femmes se présentèrent. Tous les gens dévoués de cœur apportèrent boucles, pendants, anneaux, colliers, tout ornement d’or ; quiconque avait voué une offrande en or pour le Seigneur. (Exode 35 : 22).

Effectivement, la source biblique, qui jette une lumière particulière sur les princes d’Israël et leur peu d’empressement à apporter leurs riches offrandes, puisque cités en fin de liste de ceux qui ont offert de leurs richesses pour construire la Tente du Rendez-vous (Exode 35 : 27), tient à rendre hommage aux femmes qui, aux côtés des grands artistes inspirés Betsalel, Oholiav et tous les maîtres d’œuvre dans leur art (Exode 36 : 2), prirent une part active à la réalisation de la Tente :

כה וְכָל-אִשָּׁה חַכְמַת-לֵב בְּיָדֶיהָ טָווּ וַיָּבִיאוּ מַטְוֶה אֶת-הַתְּכֵלֶת וְאֶת-הָאַרְגָּמָן אֶת-תּוֹלַעַת הַשָּׁנִי וְאֶת-הַשֵּׁשׁ.  כו וְכָל-הַנָּשִׁים אֲשֶׁר נָשָׂא לִבָּן אֹתָנָה בְּחָכְמָה  טָווּ אֶת-הָעִזִּים. (שמות לה: כה-כו).ש

25 Et toute femme sage de cœur fila elle-même et elle apporta, tout filés, l’azur, la pourpre, l’écarlate et le lin ; 26 et toutes les femmes qui se distinguaient par une habileté supérieure, filèrent le poil de chèvre. (Exode 35 : 25-26).

Le texte insiste sur l’égale contribution des hommes aussi bien que des femmes :

כט כָּל-אִישׁ וְאִשָּׁה אֲשֶׁר נָדַב לִבָּם אֹתָם לְהָבִיא לְכָל-הַמְּלָאכָה אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה לַעֲשׂוֹת בְּיַד-מֹשֶׁה הֵבִיאוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל נְדָבָה לַיהוָה. (שמות לה: כט).ש

29 Tous, hommes et femmes, ce que leur zèle les porta à offrir pour les divers travaux que l’Éternel avait prescrits par l’intermédiaire de Moïse, les enfants d’Israël en firent un hommage volontaire à l’Éternel. (Exode 35 : 29).

Pourquoi la contribution des femmes n’est-elle explicitement mentionnée qu’à la fin du texte de l’Exode et non point dans la parashah Teroumah ?

Il est fort probable que la Torah veuille mettre en lumière le rôle prépondérant des femmes dans le pardon accordé par l’Eternel après la faute du veau d’or et enseigner leur vocation réparatrice. Cette notion de Tikkoun, de Réparation semble corroborée par la présence du bassin et de son support, fabriqués par Betsalel, non pas seulement à partir de cuivre comme d’autres instruments, mais aussi à partir de « miroirs » faits de cuivre offerts par les femmes.

Quel peut être le sens de ces miroirs ? Pourquoi entrent-ils dans la composition d’instruments voués au culte divin ?

«בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל הָיוּ בְּיָדָן מַרְאוֹת שֶׁרוֹאוֹת בָּהֶן כְּשֶׁהֵן מִתְקַשְּׁטוֹת וְאַף אוֹתָן לֹא עִכְּבוּ מִלְּהָבִיא לְנִדְבַת הַמִּשְׁכָּן וְהָיָה מוֹאֵס מֹשֶׁה בָּהֶן מִפְּנֵי שֶׁעֲשׂוּיִם לַיֵּצֶר הָרַע. אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: קַבֵּל כִּי אֵלּוּ חֲבִיבִין עָלַי מִן הַכֹּל שֶׁעַל יְדֵיהֶם הֶעֱמִידוּ הַנָּשִׁים צְבָאוֹת רַבּוֹת בְּמִצְרַיִם כְּשֶׁהָיוּ בַּעֲלֵיהֶם יְגֵעִים בַּעֲבוֹדַת פֶּרֶךְ הָיוּ הוֹלְכוֹת וּמוֹלִיכוֹת לָהֶם מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה וּמַאֲכִילוֹת אוֹתָם וְנוֹטְלוֹת הַמַּרְאוֹת וְכָל אַחַת רוֹאָה עַצְמָהּ עִם בַּעֲלָהּ בַּמַּרְאָה וּמְשַׁדַּלְתּוֹ בִּדְבָרִים לוֹמָר אֲנִי נָאָה מִמְּךָ וּמִתּוֹךְ כָּךְ מֵבִיאוֹת לְבַעֲלֵיהֶם לִידֵי תַּאֲוָה וְנִזְקָקוֹת לָהֶם וּמִתְעַבְּרוֹת וְיוֹלְדוֹת שָׁם» (רש »י על פסוק שמות לח: ח).ש

« Les femmes d’Israël possédaient des miroirs dans lesquels elles se regardaient lorsqu’elles se faisaient belles. Et même ces miroirs, elles n’ont pas hésité à les offrir pour la construction du tabernacle. Moïse répugnait à les accepter, car ils ont pour vocation d’encourager le penchant au mal. Le Saint béni soit-Il lui a dit : « Accepte-les ! Ils me sont plus chers que tout, car c’est grâce à eux que les femmes ont donné le jour à de nombreuses armées (צְבָאוֹת tsevaoth) d’enfants en Egypte ! » Quand leurs maris étaient épuisés par leur dur travail, elles allaient leur apporter nourriture et boissons. Elles leur donnaient à manger puis elles prenaient leurs miroirs. Chacune se regardait dans le miroir avec son mari, et elle lui disait tendrement : « Je suis plus belle que toi ! » Elles éveillaient ainsi le désir chez leurs maris, elles s’unissaient à eux, devenaient enceintes et accouchaient. » (Rashi sur le verset Exode 38 : 8).

Ce commentaire, loin de prendre en compte la dimension du penchant au mal, apparemment inhérent aux miroirs, met au contraire en lumière l’intention des femmes hébreues de sauver Israël d’une destruction totale. C’est la dimension de sainteté- (קְדוּשָׁה Quedousha) qui est mise en avant.  Cela expliquerait que plus l’esclavage va en se durcissant, plus les fils d’Israël grandissent en nombre (Exode 1 : 14-20).  

Ainsi, sur le modèle de ces femmes aux nobles intentions, les Cohanim devaient, en se présentant face au bassin et à sa base, faire un travail de profonde introspection, purifier leurs pensées et méditer sur la juste intention de tous leurs actes, toujours dirigés vers le bien collectif du peuple d’Israël.

Les femmes, comme l’expliquent les Sages d’Israël (Exode Raba 21 : 10 sur le verset Exode 32 : 3), n’auraient point pris part à l’édification du veau d’or. Elles sont celles qui réparent la faute des hommes en leur montrant le chemin de la sainteté.

Si le livre de Béreshit (Genèse) débute par le drame du fratricide de Caïn tuant Abel et s’achève sur la réconciliation des frères avec Joseph, le livre de Shemot (Exode), quant à lui, commence par le sauvetage de Moïse par des femmes (les sages-femmes Shiphrah et Pouah, Myriam, Batya la fille de Pharaon, Yokheved la mère de Moïse et son épouse Tsippora) et s’achève par le pouvoir des femmes à insuffler la Vie et la Sainteté au sein même du culte pratiqué dans le Tabernacle.  La grandeur des femmes d’Israël est d’avoir osé prendre l’initiative d’amener leurs miroirs à Betsalel sans craindre l’avis mitigé de Moïse ! (Exode 38 : 8).

Le Tabernacle où les Cohanim rendent le culte se transforme par le pouvoir intentionnel des femmes en un vivier fécond, en une matrice d’avenir (« רֶחֶם ReHeM/ Utérus ») qui a pour anagramme (« מָחָר MaHaR / demain ») et n’est point sans rappeler l’arche de Noé où fut préservée l’Humanité. Le miroir de ces femmes devient, alors, le catalyseur d’une métamorphose intérieure. Le miroir (« מַרְאָה MaR’aH ») dénué de son sens latin « Speculum, observation » des étoiles et de leur mouvement, renvoie chaque Cohen à sa propre conscience et sa responsabilité personnelle. Ainsi, les femmes même exclues de la כְּהֻנָּה Kéhouna (« Prêtrise ») en constituent en fait l’essence !

Nombreuses sont les femmes d’Israël qui ouvrent les portes de l’avenir. Esther sauve son peuple de la solution finale, la juge et prophétesse Dévorah prend le commandement des troupes d’Israël, suivie par le général d’armée Barak :

ט וַתֹּאמֶר הָלֹךְ אֵלֵךְ עִמָּךְ אֶפֶס כִּי לֹא תִהְיֶה תִּפְאַרְתְּךָ עַל-הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר אַתָּה הוֹלֵךְ כִּי בְיַד-אִשָּׁה יִמְכֹּר יְהוָה אֶת-סִיסְרָא וַתָּקָם דְּבוֹרָה וַתֵּלֶךְ עִם-בָּרָק קֶדְשָׁה. (שופטים ד: ט).ש

9 Et elle répliqua : « Certes, j’irai avec toi ; seulement, ce n’est pas à toi que reviendra l’honneur de ton entreprise, puisque c’est à une femme que l’Eternel aura livré Sissra. » Et là-dessus Déborah s’en alla avec Barak à Kadech. (Juges 4 : 9).

Dans l’Histoire moderne d’Israël, Golda Meïr cosigne la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël et devient l’une des premières femmes au monde à occuper la fonction de premier ministre.

Quant à l’héroïne polonaise, Gusta Dawidson Draenger, fondatrice du mouvement « HeHalouts HaLohem (Mouvement de Défense juive) » et du mouvement de résistance à Krakow (1942) elle est arrêtée par la Gestapo. Torturée et emprisonnée, elle rédige, en 1943, l’histoire de la résistance juive sur des bouts de papier toilette qui, rassemblés, aboutiront à la rédaction du livre intitulé « Journal de Justina ». Ses mémoires seront utilisées à charge comme preuve dans le procès historique du bourreau nazi Adolphe Eichmann condamné à la peine capitale par l’Etat hébreu.

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« Comment alors, si les femmes émergent si puissamment en tant que leaders, ont-elles été exclues dans la loi juive de certains rôles de leadership ? Si nous regardons attentivement, nous verrons que les femmes étaient historiquement exclues de deux domaines. L’un était la « couronne de la prêtrise », qui revenait à Aaron et à ses fils. L’autre était la « couronne de la royauté », qui revenait à David et à ses fils. C’étaient deux rôles construits sur le principe de la succession dynastique. Cependant, de la troisième couronne – la « couronne de la Torah » – les femmes ne furent point exclues. Il y avait des prophétesses, pas seulement des prophètes. Les Sages en ont énuméré sept (Megillah 14a). Il y a toujours eu de grandes femmes érudites de la Torah, depuis la période mishnique (Beruriah, Ima Shalom) jusqu’à nos jours ». (Women as Leaders (Shemot 5781).

ל שֶׁקֶר הַחֵן וְהֶבֶל הַיֹּפִי אִשָּׁה יִרְאַת-יְהוָה הִיא תִתְהַלָּל. (משלי לא: ל).ש

30 Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! La femme qui craint l’Eternel est seule digne de louanges. (Proverbes 31 : 30).

[1] Parashat VaYaqhel-Pékoudey: Exode 35: 1-40: 38.

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Avec toutes mes amitiés,

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

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