Parashat BéMidbar, la grandeur du nom

« Mieux vaut se rendre célèbre par ses actions que de recevoir en naissant la célébrité de ses aïeux » (Solon).

Le livre BéMidbar[1], généralement dénommé le livre des Nombres, recense les fils d’Israël regroupés en familles et en tribus. Toutefois, une lecture attentive de la parashah BéMidbar révèle que ce livre met l’accent sur le nom et l’ascendance des princes d’Israël et des chefs de tribus :

יז וַיִּקַּח מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֵת הָאֲנָשִׁים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר נִקְּבוּ בְּשֵׁמֹת. (במדבר א: יז).ש

17 Et Moïse et Aaron s’adjoignirent ces hommes, désignés par leurs noms. (Nombres 1 : 17).

 Deux autres livres de la Tora mettent en lumière l’importance du nom chez les hommes : la Genèse et l’Exode. L’Eternel appelle tous ses élus en mentionnant leur prénom respectif :

 

Genèse :

א וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וְהָאֱלֹהִים נִסָּה אֶת-אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי. (בראשית כב: א).ש

1 Et il arriva, après ces faits, que le Seigneur éprouva Abraham. Il lui dit : « Abraham ! » Il répondit : « Me voici. » (Genèse 22 : 1).

Exode :

א וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הַבָּאִים מִצְרָיְמָה אֵת יַעֲקֹב אִישׁ וּבֵיתוֹ בָּאוּ. (שמות א: א).ש

1 Voici les noms des fils d’Israël, venus en Égypte ; ils y accompagnèrent Jacob, chacun avec sa famille (Exode 1 : 1)

Toutefois, la renommée acquise tout au long de la vie doit se justifier non par la lignée ancestrale, mais par les actes. Moïse comme Avraham nous le démontrent encore aujourd’hui, ainsi que Théodore Herzl, qui fut le prophète du retour au Pays et agit en conséquence, en sacrifiant sa propre vie de famille, et dont les enfants tombèrent dans l’oubli de l’Histoire :

ד וַיַּרְא יְהוָה כִּי סָר לִרְאוֹת וַיִּקְרָא אֵלָיו אֱלֹהִים מִתּוֹךְ הַסְּנֶה וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי. (שמו ג: ד).ש

4 Et l’Éternel vit qu’il s’approchait pour regarder ; alors le Seigneur l’appela du sein du buisson, disant : « Moïse ! Moïse ! » Et il répondit : « Me voici. » (Exode 3 : 4).

Le dénominateur commun entre l’appel d’Avraham et celui de Moïse réside dans le fait que tous deux, soumis à l’épreuve divine, doivent répondre à leur vocation, le premier en répondant à l’appel de l’Eternel de se rendre à « l’endroit qu’il lui indiquera » pour « offrir » son fils Its’hak en le « faisant monter à cet endroit même » et le second en retournant en Egypte afin « que lui et ses frères Hébreux adorent l’Eternel sur le Mont Sinaï ».

Cette faculté de répondre à l’appel de sa vocation détermine de manière significative l’identité profonde d’une personne ou d’une communauté. La notoriété grandit proportionnellement au degré de responsabilité portée par chacun d’entre nous. Ce n’est pas notre généalogie qui importe le plus mais ce que nous ferons de notre nom.

יא וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו. (שמות ב: יא).ש

11 Et il advint en ces temps-là, que Moïse grandit, qu’il sorti vers ses frères et qu’il éprouva leurs souffrances et qu’il vit un Egyptien frapper un Hébreu, l’un de ses frères. (Exode 2 : 11).

 La grandeur de Moïse naît de son abnégation pour ses frères Hébreux. C’est la raison pour laquelle l’Eternel appelle Moïse à deux reprises (Exode 3 : 4). Une première fois pour lui rappeler le nom donné par la fille de Pharaon (Exode 2 : 10) et la seconde fois lui annoncer que son nom sera reconnu par les siens et le monde entier (Exode 19 : 9). Les deux fils de Moïse, Guershom et Eliezer ne laissent aucune trace après eux. Il en est de même pour les deux fils du Cohen Gadol Eli, du juge-prophète Samuel, du fils de Salomon, Roboam, qui disparaissent tous de l’Histoire. 

Les noms de tous les princes d’Israël sont nommés explicitement afin qu’ils sachent relever le défi de porter les tribus jusqu’à la terre d’Israël, selon la promesse de l’Eternel.

Rabbi Lord Jonathan Sachs enseigne :

« La tragédie de Moïse fut la consolation d’Israël. « Pourquoi n’est-il pas habituel pour les érudits de donner naissance à des fils qui sont eux-mêmes des érudits ? … Pour qu’il ne soit pas dit que la Torah est leur héritage. » Le fait que son successeur n’était pas son fils mais Josué, son disciple, signifiait que tout le monde pouvait aspirer à une forme de leadership – historiquement et spirituellement la plus importante des trois couronnes. La dignité n’est pas un privilège de naissance. L’honneur ne se limite pas à ceux qui ont les parents adéquats. Dans le monde défini et créé par la Torah, chacun est un leader potentiel. Nous pouvons tous gagner le droit de porter la couronne. » (Parashat Pinhas : « The Crown All Can Wear », 5779).

Mais à la couronne de la Tora, s’ajoute la plus grande des couronnes, celle du nom que nous avons acquis par la force de nos actions, comme Moïse l’a acquise après avoir fait sortir les Hébreux d’Egypte.

ש« רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר, שְׁלֹשָׁה כְתָרִים הֵן: כֶּֽתֶר תּוֹרָה, וְכֶֽתֶר כְּהֻנָּה, וְכֶֽתֶר מַלְכוּת, וְכֶֽתֶר שֵׁם טוֹב עוֹלֶה עַל גַּבֵּיהֶן.» (פרקי אבות ד: יג).ש

« Rabbi Shimon dit : Il y a trois couronnes : la couronne de la Torah, la couronne de la prêtrise et la couronne de la royauté ; quant à la couronne de la bonne renommée, elle les surpasse toutes. » (Maximes des Pères 4 : 13).

 

[1] Parashat Bémidbar : Nombres 1 : 1-4 : 20.

 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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