Parashat Balak, l’animal, avec toute notre Gratitude !

« Ils [les hommes] ne font des lois que pour les violer ; et, ce qu’il y a de pis, c’est qu’ils les violent en conscience. Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions. Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, et n’emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées. » (Voltaire, « Dialogue du Chapon et de la Poularde », 1763).

 Alors même que Bil’am[1], le prophète des Nations, se met en route afin de maudire Israël sur la requête expresse de Balak roi de Moab, l’Eternel se pose en obstacle par trois fois à la marche de ce prophète motivé par l’appât du gain et une indifférence totale envers Israël :

כב וַיִּחַר-אַף אֱלֹהִים כִּי-הוֹלֵךְ הוּא וַיִּתְיַצֵּב מַלְאַךְ יְהוָה בַּדֶּרֶךְ לְשָׂטָן לוֹ וְהוּא רֹכֵב עַל-אֲתֹנוֹ וּשְׁנֵי נְעָרָיו עִמּוֹ. כג וַתֵּרֶא הָאָתוֹן אֶת-מַלְאַךְ יְהוָה נִצָּב בַּדֶּרֶךְ וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ וַתֵּט הָאָתוֹן מִן-הַדֶּרֶךְ וַתֵּלֶךְ בַּשָּׂדֶה וַיַּךְ בִּלְעָם אֶת-הָאָתוֹן לְהַטֹּתָהּ הַדָּרֶךְ.  (במדבר כב: כב-כג)ש

22 Mais le Seigneur étant irrité de ce qu’il partait, un ange du Seigneur se mit sur son chemin pour lui faire obstacle. Or, il était monté sur son ânesse, et ses deux jeunes serviteurs l’accompagnaient. 23 Et l’ânesse, voyant l’ange du Seigneur debout sur son passage et l’épée nue à la main, s’écarta de la route et alla à travers champs ; Balaam frappa l’ânesse pour la ramener sur la route (Nombres 22 : 22-23).

Fait unique dans l’Histoire biblique, l’animal a la capacité de voir l’invisible, plus que cet être humain aveuglé par la cupidité, au point de risquer de perdre son lien privilégié avec la divinité :

«וַתֵּרֶא הָאָתוֹן, וְהוּא לֹא רָאָה: שֶׁנָּתַן הַקָּדוֹשׁ-בָּרוּךְ-הוּא רְשׁוּת לַבְּהֵמָה לִרְאוֹת יוֹתֵר מִן הָאָדָם… ».ש

« Et l’ânesse vit Tandis que lui n’a rien vu. Le Saint béni soit-Il a donné à l’animal une vue plus pénétrante que celle de l’homme… » (Commentaire de Rashi sur le verset Nombres 22 : 23)

La source biblique tourne Bil’am en dérision ! Comment, en effet, le prophète des Nations, fort de son lien particulier avec le Seigneur, s’avère-t-il être incapable de percevoir l’ange perçu par son ânesse à pas moins de trois reprises (Nombres 22 : 23 ; 25 ; 27) ? De plus, Bil’am, apparemment, ne trouve aucune étrangeté à discuter pour ainsi dire « d’homme à homme », c’est-à-dire en langage humain, avec son ânesse ! Pourtant, ce simple fait aurait pu lui faire comprendre que l’Eternel était en train de se manifester à lui, par le moyen de son ânesse !  En résumé, l’Eternel était en train de faire appel à la propre conscience de Bil’am, mais ce dernier reste opaque à toute manifestation divine, ce qui démontre bien son aveuglement dû à sa cupidité naturelle, obstacle qu’il ne saura point surmonter.

En clair, au vu du dialogue entre Bil’am et son ânesse, si Bil’am avait fait appel à sa capacité de raisonnement et de déduction, sachant, comme il l’avouera lui-même, que son ânesse l’a toujours fidèlement servi, il aurait dû se douter que si son ânesse se comportait ainsi, non point une fois ni deux, mais bien trois fois, c’est que quelque chose d’invisible l’en empêchait, au lieu de se montrer, par son attitude colérique et brutale, ingrat envers sa fidèle ânesse.

Le Midrash développe amplement la notion de Gratitude à l’égard de créatures souvent méprisées comme le corbeau ou l’araignée.

L’un des midrashim (Pirkey DeRabbi Eliezer chap. 21) tente de répondre au profond désarroi et à l’indicible détresse d’Adam et de Hava qui, après le meurtre de Hevel (Abel) par son frère Caïn, ne savent que faire de sa dépouille abandonnée à même la terre. C’est alors qu’un corbeau apparut et, saisi de compassion pour le premier couple de l’Humanité, lui révéla le secret de l’inhumation en enterrant lui-même son enfant mort. Par ailleurs, Noah (Noé) choisit le corbeau pour savoir si le niveau de l’eau avait baissé sur la terre, choix qui aurait été motivé par un sentiment de Compassion devant le fait que celui-ci est un animal non casher, autrement dit, impropre à la consommation et donc impropre également à être sacrifié sur l’autel de l’Eternel. L’Eternel, témoin de cette scène, serait intervenu en faveur du corbeau et, s’adressant à Noé, lui annonce qu’un jour viendra où les corbeaux sauveront le prophète Elie de la famine[2] :

ו וְהָעֹרְבִים מְבִאִים לוֹ לֶחֶם וּבָשָׂר בַּבֹּקֶר וְלֶחֶם וּבָשָׂר בָּעָרֶב וּמִן-הַנַּחַל יִשְׁתֶּה. (מלכים א, יז: ו).ש

6 Et les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, du pain et de la viande le soir, et il buvait de l’eau du torrent. (I Rois 17 : 6).

Ce même midrash va même jusqu’à préciser que les corbeaux se seraient rendus chez Josaphat, le roi de Juda pour se procurer cette nourriture et non chez Achav, roi d’Israël, roi ayant dévié de la volonté divine en ayant épousé la cruelle reine Izevel (Jézabel).

Un autre Midrash[3] décrit David méprisant le travail de tissage de l’araignée en prétendant que celle-ci était incapable de fabriquer un vêtement mais uniquement sa toile. L’Eternel s’adressa, alors, à David et lui annonça qu’un jour prochain, il aurait à regretter son mépris. Ce jour arriva finalement. En effet, poursuivi par Shaoul (Saül), David aurait eu la vie sauve grâce à une araignée bienveillante. David, recherché par Saül, aurait trouvé refuge dans une grotte et alors même que ce dernier s’apprêtait à y pénétrer, une araignée se mit à tisser sa toile, fermant ainsi l’entrée de la grotte. Saül en déduisit que David ne pouvait pas y entrer sans avoir préalablement déchiré la toile. C’est pourquoi il revint sur ses pas.  David alla trouver l’araignée afin de lui exprimer toute sa reconnaissance.

Que pouvons-nous déduire de ces textes extraits du Midrash ?

La Torah et les Sages d’Israël nous enseignent que si la Compassion à l’égard d’être vivants doués de conscience constitue l’un des principes fondamentaux qu’il nous incombe de respecter, il existe un autre principe tout aussi fondamental, à savoir celui de la Gratitude. Ces midrashim visent à mettre en valeur le rôle respectif de chaque créature animale sur notre Planète Terre. Toute créature est nécessaire à l’équilibre de la Création :

«אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כׇּל מַה שֶּׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעוֹלָמוֹ לֹא בָּרָא דָּבָר אֶחָד לְבַטָּלָה» (תלמוד בבלי, מסכת שבת, עז: ב).ש

« Rav Yehouda enseigne au nom de Rav : « Tout ce que le Saint béni soit-Il a créé dans Son monde, il ne l’a point créé en vain » » (Talmud de Babylone, Traité Shabbat 77 : b).

Puissions-nous espérer qu’un jour prochain, l’on en vienne à abolir totalement la corrida, la chasse, la pêche et la participation forcée d’animaux contraints à de tristes et cruelles prestations dans des cirques ou des bassins artificiels conçus à cet effet. Les lions, les éléphants ainsi que les orques et les dauphins sont soumis à une vie de servitude alors même qu’ils appartiennent à notre famille, celle des mammifères. Aurions-nous l’idée de faire souffrir l’un des nôtres, l’un de nos proches ?

Notons toutefois que de nombreux progrès sont à noter.  L’ex-dresseur André-Joseph Bouglione et son épouse Sandrine, estimant que le temps de l’exploitation d’animaux était désormais révolu, ont inventé le concept d’Eco-cirque. Des hologrammes remplacent totalement les animaux.

Une autre avancée est également à noter. Même si de nombreux autres pays comme l’Inde en 2018, la Serbie en 2019, la Californie, la Croatie et l’Allemagne en 2017, interdisent la vente de fourrure, Israël devient le premier pays au monde à avoir légiféré en faveur de l’interdiction de la vente de la fourrure d’animaux, import, export[4]. L’élevage d’animaux à fourrure avait déjà interdit en 1976. Cette réussite est le fruit d’un dur combat mené par l’activiste israélienne Jane Halevy-Morano fondatrice de la « Coalition internationale anti-fourrure » (IAFC).

Depuis 2017, les plus grandes maisons de couture ont totalement banni la fourrure de leurs collections de mode. L’on rapporte même que la nouvelle garde-robe de la reine d’Angleterre Elisabeth II ne sera plus composée de fourrure.

En outre, nombreux sont, aujourd’hui, à comprendre l’importance de chaque créature vivante pour le bien du genre humain. Un rapport remis au Sénat, en 2007, affirme que « Beaucoup de procédés industriels que nous mettons en œuvre sont dispendieux en matières premières, coûteux en énergie et insuffisamment sélectifs. A l’opposé de ces procédés industriels physicochimiques, l’évolution a produit des solutions biologiques, beaucoup plus sophistiquées que les artefacts humains pour répondre aux pressions de sélection.
Cette « mémoire de réussite » que constitue la biodiversité du vivant doit conduire à une montée de l’industrie basée sur la biologie et la biotechnologie qui, jointe à la montée des nanotechnologies, sera un des ressorts de la prochaine révolution industrielle »[5]
.

Cette quatrième Révolution industrielle se fonde sur la science du Biomimétisme. La nature constitue une immense encyclopédie ouverte capable de s’autorégénérer. Cette révolution passe par la copie du monde qui nous entoure.

Comment, alors, ne pas être rempli d’une pleine et entière Gratitude envers toutes ces créatures animales et même végétales sans lesquelles, l’Humanité serait incapable de progresser ? Serions-nous disposés à annuler des moyens de transport comme l’avion, l’hélicoptère, tous deux inspirés du vol des oiseaux et de la libellule ? Qui d’entre nous n’a jamais eu peur des seringues ? A partir de 2005, le scientifique japonais Terumo crée une aiguille révolutionnaire (Nanopass 33) ne causant aucune douleur aux patients qui, atteints de diabète, doivent subir des injections répétées d’insuline. Cette seringue s’inspire de la trompe minuscule du moustique.

Les Patriarches Avraham et Ya’akov, le Prophète Moïse, le roi David, la Matriarche Rachel sont devenus de grands leaders car ils montrèrent leur Compassion en tant que bergers protégeant leurs moutons avec courage et ténacité. Comment Bil’am frappant dans sa colère aveugle et injuste sa fidèle ânesse a-t-il pu penser maudire un peuple béni, entre autres, pour son respect des animaux ?  La violence est identifiée au culte étranger (עֲבוֹדָה זָרָה – Avoda Zarah), alors que la Paix et le respect de l’Autre sont identifiés à la croyance en une seule et unique divinité.

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« Il existe une règle établie par nos Sages selon laquelle il est directement interdit dans la Torah de causer de la douleur à un animal. Cette règle est basée sur les mots [de l’ange à Bilaam], « Pourquoi as-tu battu ton âne ? » L’objet de cette règle est de nous rendre parfaits, que nous ne devrions pas tolérer d’habitudes cruelles, et que nous ne devrions pas causer inutilement de la peine aux autres – qu’au contraire, nous devrions être prêts à faire preuve de pitié et de miséricorde envers toutes les créatures vivantes, sauf lorsque la nécessité exige le contraire » (Ki Tetse, Animal Welfare, 5768).

י  יוֹדֵעַ צַדִּיק נֶפֶשׁ בְּהֶמְתּוֹ וְרַחֲמֵי רְשָׁעִים אַכְזָרִי.(משלי יב, י)ש

10 Le Juste a le souci du bien-être de son animal ; mais la miséricorde des méchants est cruauté. (Proverbes 12 : 10).

[1] Parashat Balak : Nombres 22 : 2-25 : 9.

[2] Genèse Rabba 33 : 5.

[3] Le Midrash Aggada « Alpha Beita DeVen Sira ».

[4] L’utilisation de fourrure restera néanmoins autorisée pour la recherche, l’enseignement et la confection du Schtreimel, chapeau porté par certains juifs ultra-orthodoxes.

[5] MM. Pierre LAFFITTE et Claude SAUNIER, Rapport n° 131  de l’OPECST « Les apports de la science et de la technologie au développement durable », Tome II : « La biodiversité : l’autre choc ? l’autre chance ? » Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

L’étude biblique vous passionne. Je vous invite à rejoindre notre Campus biblique: https://www.campusbiblique.com/

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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