Yom Kippour, A la Source de jouvence

Qui n’a jamais rêvé[1] de pouvoir soigner tous ses maux, de demeurer jeune et d’accéder à l’éternité du corps et de l’âme ? Nombreux sont les mythes relatant le pouvoir régénérateur des eaux primordiales. Selon la mythologie romaine, la déesse Junon, à la fois la sœur et l’épouse de Jupiter, se baignait dans la fontaine de Jouvence afin d’y recouvrer tous les ans sa virginité.

En toutes générations, les hommes ont toujours été à la recherche de cette fontaine de rajeunissement. Une part de la culture de notre société n’a de cesse aujourd’hui de se tourner vers des « solutions » visant à conserver une jeunesse éternelle et une beauté physique sans reproche. Cette nouvelle forme d’idolâtrie moderne mettant la dimension du corps au-delà de la dimension spirituelle témoigne d’un mal-être global.

La Tora, quant à elle, offre une nouvelle vision. Alors que chez les païens, ce sont les dieux qui octroient la renaissance, la Tora enseigne, au contraire, que la Teshouvah, l’effort humain à la purification de l’être conduit l’Eternel à purifier ses créatures :

ל כִּי-בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי יְהוָה תִּטְהָרוּ. (ויקרא טז: ל).

30 Car en ce jour, on fera propitiation sur vous afin de vous purifier ; purifiez-vous de tous vos péchés devant l’Éternel. (Lévitique 16 : 30).

 Que peut signifier cette notion de purification de l’âme étrangère à la conscience de l’homme occidental ?

« »יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם לְטַהֵר« : הוֹסִיף לְשׁוֹן טַהֲרָה אַחַר כַּפָּרָה, יוֹרֶה שֶׁיֶּשׁ בַּתְּשׁוּבָה הַכּוֹחַ לַהֲפוֹךְ הַזְּדוֹנוֹת כְּזַכִיוֹת, כִּי יֵשׁ בִּלְשׁוֹן טַהֲרָה שְׁתֵי כַּוָּנוֹת, הָאַחַת הֲסָרַת הַלִּכְלוּךְ וְהַפְּסוֹלֶת, כְּמוֹ זָהָב טָהוֹר מִטֹּהַר כֶּסֶף, שֶׁעִנְיָנָם מְזוּקָק מִן הַסִּיג שֶׁהוּסָר מִמֶּנּוֹ הַפְּסוֹלֶת, וְהַשֵּׁנִית זְרִיחַת זֹהַר וּבְהִירוּת (גלאנץ) כְּמוֹ « עֶצֶם הַשָּׁמַיִם, לָטֹהַר » (שמות כד: י)».

« »on fera propitiation sur vous afin de vous purifier ». La notion de pureté est précédée de celle du pardon afin d’enseigner que la Teshouvah détient le pouvoir de transformer les fautes volontaires en actions méritoires, car le terme טַהֲרָה TaHaRaH (Pureté) renferme deux intentions : la première la disparition de la souillure et de l’impureté, comme l’or est plus pur que le pur argent, car leur intérêt [beauté] provient du raffinage des scories  dont on a retiré les déchets, et la seconde est un jaillissement de pureté et de clarté, « pur comme la substance du ciel » (Exode 24 : 10) » (HaKetav et haKabala).

Autrement dit, la source de la renaissance réside dans l’impureté, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Le roi David dans le Psaume 51, véritable confession d’un homme aspirant à faire Teshouvah après avoir pris BaTSheva par la ruse, utilise sciemment la racine verbale ח.ט.א./ ‘H. T. A.

Pourquoi David utilise-t-il donc cette racine ?

Il est probable de penser que le fait même de prendre conscience de ses propres fautes (Psaume 51 : 5) et de se les avouer conduit à la purification du cœur et de l’esprit. Le secret de la cure de jouvence se trouve, en fait, dans l’intériorité humaine et plus précisément dans la reconnaissance sincère et sans équivoque de la faute commise, pour ne plus la commettre si l’occasion se représente.

Le roi David veut enseigner que l’homme peut renaître par la purification («תְּחַטְּאֵנִי, TeHaT’ENY, purifie-moi») de sa faute («וּמֵחַטָּאתִי, OuMeHaT’oTaY, et de mes fautes») (Psaume 51 : 9) après avoir pris sincèrement conscience («וְחַטָּאתִי, Ve’HaTaTY, et j’ai fauté») de la faute (Psaume 51 : 4 -5 ; 7 ). L’ambivalence de la racine verbale ח.ט.א./ ‘H. T. A permet à quiconque de ne jamais perdre espoir en cas de faute. La renaissance naît de la chute !

L’Homme va devoir, en ce Jour solennel, se détacher de toute emprise physique et matérielle. Cinq interdits sont de rigueur en ce Jour solennel. L’Homme ne doit ni boire, ni consommer quelque aliment que ce soit, ni se laver, ni s’enduire de l’huile sur le corps, ni porter de chaussures de cuir. A ces interdits s’ajoute celui de la pratique de rapports intimes entre l’homme et son épouse. Le dessein des Sages d’Israël, par l’application de ces interdits, vise essentiellement à créer les conditions d’une pureté totale rendue possible par l’abstraction de toute forme de plaisir afin de conduire l’Homme à la forme la plus haute de spiritualité. En retournant à lui-même, l’Homme se connecte à l’Eternel que le prophète Jérémie nomme «מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל  Miqveh Israël, Source de Vie », mais aussi : « espoir, espérance » :

יג מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל יְהוָה כָּל-עֹזְבֶיךָ יֵבֹשׁוּ יסורי (וְסוּרַי) בָּאָרֶץ יִכָּתֵבוּ כִּי עָזְבוּ מְקוֹר  מַיִם-חַיִּים אֶת-יְהוָה.(ירמיהו יז :יג)

13 O Espérance d’Israël, Eternel, tous ceux qui te délaissent seront desséchés ! Oui, ceux qui se tiennent éloignés de moi seront inscrits dans la terre, car ils ont abandonné la source d’eaux vives : l’Eternel. (Jérémie 17 : 13).

Le terme מִקְוֵה / Miqveh traduit par « Espérance » peut également avoir le sens de « concentration » d’eau : «מִקְוֵה הַמַּיִם, MiQVeH HaMaYiM» (Genèse 1 : 10).

La fontaine de jouvence, loin de se trouver dans un paradis perdu, réside dans les tréfonds de l’intimité humaine où couve justement l’impureté. L’Homme ne doit jamais perdre espoir car l’Eternel n’abandonne jamais Sa créature, car c’est la chute qui révèle la lumière du Divin.  Yom Kippour est le Jour par excellence qui révèle cette lumière. Le philosophe Franz Rosenzweig (1886-1929), alors disposé à se convertir au catholicisme, décide, en 1913, de demeurer au sein du Judaïsme au moment même où il se rend à la synagogue le Jour de Yom Kippour pour participer aux cinq prières. Ce Jour marque un tournant décisif dans son histoire personnelle puisque cette expérience mystique l’amène à consacrer tout le restant de sa vie au Judaïsme et à sa transmission.

טז וְכִפֶּר עַל-הַקֹּדֶשׁ מִטֻּמְאֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּמִפִּשְׁעֵיהֶם לְכָל-חַטֹּאתָם וְכֵן יַעֲשֶׂה לְאֹהֶל מוֹעֵד הַשֹּׁכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻמְאֹתָם. (ויקרא טז: טז).

16 Et Il [L’Eternel] purifiera ainsi le sanctuaire des souillures des enfants d’Israël, et de leurs transgressions et de toutes leurs fautes ; et Il agira de même pour la Tente d’assignation, qui réside avec eux, parmi leurs souillures. (Lévitique 16 : 16)

Rashi explique, sur ce verset :

«הַשֹּׁכֵן אִתָּם בְּתוֹךְ טֻמְאֹתָם, אַף-עַל-פִּי שֶׁהֵם טְמֵאִים, שְׁכִינָה בֵּינֵיהֶם:»

« Qui réside avec eux, au milieu de leurs impuretés Bien qu’ils soient impurs, la Shekhinah ׂ  ( Présence divine ) réside parmi eux. »

[1] Parashah de la prière du matin de Yom Kippour : Lévitique chapitre 16.

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Gmar Hatima Tova !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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