VéZot HaBérakhah, la dernière Bénédiction de Moïse

« Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée » (Jules Verne)

 La Tora s’achève par la dernière péricope débutant par les mots « VéZot HaBérakhah»[1].

א וְזֹאת הַבְּרָכָה אֲשֶׁר בֵּרַךְ מֹשֶׁה אִישׁ הָאֱלֹהִים אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל  לִפְנֵי מוֹתוֹ. (דברים לג: א).ש

1 Et voici la bénédiction dont Moïse, l’homme du Seigneur, bénit les enfants d’Israël avant de mourir. (Deutéronome 33 : 1).

Quel peut être le sens de cette fin placée sous le signe de la bénédiction ?

Pour répondre à cette question, il nous faut revenir au début de la Tora. La Tora, au livre de Béréshit (Genèse), commence sous le signe de la bénédiction :

ב זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם וַיְבָרֶךְ אֹתָם וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמָם אָדָם בְּיוֹם הִבָּרְאָם. (בראשית ה: ב).ש

2 Il [l’Eternel] les créa mâle et femelle, les bénit et les appela Homme, le jour de leur création. (Genèse 5 : 2)

Ce verset enseigne que le nom d’Adam, à savoir le genre humain, n’est donné à l’homme et à la femme qu’après la bénédiction divine. L’unité du genre humain découle de cette bénédiction. La Tora, par le biais de cette bénédiction, déclare l’unité absolue et irrévocable de tous les êtres humains, quels que puissent être leur origine, leur culture et leur sexe.

Cette bénédiction réapparaît à maintes reprises dans la source biblique et conserve son sens d’unité :

כב וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת-יָדָו אֶל-הָעָם וַיְבָרְכֵם וַיֵּרֶד מֵעֲשֹׂת הַחַטָּאת וְהָעֹלָה וְהַשְּׁלָמִים. (ויקרא ט: כב).ש

22 Et Aaron étendit ses mains vers le peuple et le bénit ; et il redescendit, après avoir offert l’expiatoire, l’holocauste et les rémunératoires. (Lévitique 9 : 22)

La bénédiction d’Aaron, le Grand-Prêtre, est appelée la Birkat HaCohanim, la Bénédiction des Cohanim (Nombres 6 : 24 -26) qui s’étend sur l’ensemble des fils d’Israël. En effet, au verset 23 du même chapitre du Lévitique, Moïse s’associe à son frère Aaron pour bénir Israël, dès lors que le Tabernacle est achevé :

כג וַיָּבֹא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶל-אֹהֶל מוֹעֵד וַיֵּצְאוּ וַיְבָרְכוּ אֶת-הָעָם וַיֵּרָא כְבוֹד-יְהוָה אֶל-כָּל-הָעָם. (ויקרא ט: כג).ש

23 Et Moïse et Aaron entrèrent dans la Tente d’assignation ; ils ressortirent et bénirent le peuple, et la gloire du Seigneur se manifesta au peuple entier. (Lévitique 9 : 23).

 La Gloire divine ne se révèle à « tout » le peuple qu’à la suite de la bénédiction dite en chœur par les deux frères Moïse et Aaron.

La bénédiction détient le pouvoir d’unir les opposés afin d’en faire un tout sans pour autant les uniformiser.

Ainsi, Moïse, conscient de ce pouvoir d’unification que renferme la bénédiction, achève son long Discours ou son dernier Testament par les mots : «וְזֹאת הַבְּרָכָה  Et voici la bénédiction » dans le dessein de rassembler les douze tribus qui ne cessent de s’opposer les unes aux autres.  Josué, le successeur de Moïse, bénit lui aussi les deux tribus de Reouven et de Gad ainsi que la demi-tribu de Menashé (Josué 22 : 6) en rappelant clairement que celles-ci avaient scellé leur histoire en s’alliant aux autres tribus afin de combattre l’ennemi commun dans la conquête de la terre de Canaan.

Le terme BéRaKhah -בְרָכָה  signifiant  « faveurs, bienfaits, richesse » peut également prendre le sens de « paix », de « plénitude, achèvement » comme nous l’enseigne le livre des Melakhim, des Rois. Ravshaké-רַבְשָׁקֵה, le messager de סַנְחֵרִיב Sannhériv (Sennacherib), s’adresse à l’ensemble des fils d’Israël afin de les convaincre d’abandonner leur roi חִזְקִיָּהוּ Hizkiyahou (Ezéchias) et de conclure une alliance de paix entre le royaume d’Assyrie et le royaume du Sud (יְהוּדָה Yéhouda- Juda) :

לא אַל-תִּשְׁמְעוּ אֶל-חִזְקִיָּהוּ כִּי כֹה אָמַר מֶלֶךְ אַשּׁוּר עֲשׂוּ-אִתִּי בְרָכָה וּצְאוּ אֵלַי וְאִכְלוּ אִישׁ-גַּפְנוֹ וְאִישׁ תְּאֵנָתוֹ וּשְׁתוּ אִישׁ מֵי-בֹרוֹ. (מלכים ב, יח: לא; ישעיהו לו: ב-כ).ש

31 N’écoutez pas Ezéchias, car voici ce que propose le roi d’Assyrie : Concluez avec moi la paix, rendez-vous auprès de moi, et chacun mangera les produits de sa vigne et de son figuier, et chacun boira l’eau de sa citerne (II rois 18 : 31 ; Isaïe 36 : 2- 20).

Moïse, après avoir annoncé que Josué lui succèderait, prend soin de laisser une Constitution écrite aux fils d’Israël (Torat Moshé), bénit l’ensemble du peuple d’Israël, marchant ainsi sur les traces de Ya’akov – Jacob, le père de toutes les tribus d’Israël :

כח כָּל-אֵלֶּה שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל שְׁנֵים עָשָׂר וְזֹאת אֲשֶׁר-דִּבֶּר לָהֶם אֲבִיהֶם וַיְבָרֶךְ אוֹתָם אִישׁ אֲשֶׁר כְּבִרְכָתוֹ בֵּרַךְ אֹתָם. (בראשית מט: כח).ש

28 Tous ceux-là sont les douze tribus d’Israël ; et c’est ainsi que leur père leur parla et les bénit, dispensant à chacun sa bénédiction propre. (Genèse 49 : 28).

Moïse, sur le point d’abandonner le monde terrestre, ne laisse ni buste de sa personne ni de monument le représentant sur lequel viendraient se prosterner toutes les générations. Moïse voit plus grand. Il vient d’assurer, par son ultime Bénédiction, la cohésion du peuple d’Israël faisant de ce dernier un peuple et une nation pérenne à tout jamais. Les hommes passent. La Bénédiction demeure !

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

«  Au buisson ardent, Moïse dit à Dieu : « Je ne suis pas un homme de paroles. Je suis lourd de parole et de langue ». Au moment où nous atteignons Dévarim, le livre intitulé « Paroles », Moïse est devenu le plus éloquent des prophètes. Certains sont intrigués par cela. Ils ne devraient pas l’être. Dieu a choisi celui qui n’était pas un homme de paroles, de sorte que lorsqu’il parlait, les gens se rendaient compte que ce n’était pas lui qui parlait mais Dieu qui parlait à travers lui. Ce qu’il a dit n’étaient pas ses paroles mais les paroles de Dieu. C’est pourquoi il a choisi un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfants – Abraham et Sarah – pour devenir les parents du premier enfant juif. C’est pourquoi il a choisi un peuple à la piété discrète pour devenir les témoins de Dieu dans le monde. La plus haute forme de grandeur est donc de nous ouvrir à Dieu de telle sorte que ses bénédictions coulent à travers nous dans le monde. C’est ainsi que les prêtres bénissaient le peuple. Ce n’était pas leur bénédiction. Ils étaient le canal de la bénédiction de Dieu. La plus haute réalisation à laquelle nous puissions aspirer est de nous ouvrir aux autres et à Dieu dans l’amour afin que quelque chose de plus grand que nous coule à travers nous ». (Moses’ Death, Moses’ Life (Vezot Habracha 5775).

יא  יְהוָה עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן יְהוָה יְבָרֵךְ אֶת-עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם. (תהלים כט: יא).ש

11 Que l’Eternel donne la force à son peuple ! Que l’Eternel bénisse son peuple par la paix ! (Psaume 29 : 11).

[1] VéZot HaBérakhah, Deutéronome 33 : 1 – 34 : 34

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Hag Samea’h!

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 réponses à VéZot HaBérakhah, la dernière Bénédiction de Moïse

  1. Trotzier Nathalie dit :

    Édifiant et magnifique

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