Haftarat Béreshit, Création et Réparation du Monde

« La Fraternité n’est ni blanche ni noire. Elle est la Fraternité. » (Victor Hugo, lettre du 23 juillet 1868 envoyée à un ancien maître esclavagiste)

La Haftarat Béreshit[1] semble laisser penser que le Prophète Isaïe cite le premier verset du livre de Béreshit (Genèse 1 : 1) :

ה כֹּה-אָמַר הָאֵל יְהוָה בּוֹרֵא הַשָּׁמַיִם וְנוֹטֵיהֶם רֹקַע הָאָרֶץ וְצֶאֱצָאֶיהָ נֹתֵן נְשָׁמָה לָעָם עָלֶיהָ וְרוּחַ לַהֹלְכִים בָּהּ. (ישעיהו מב: ה).ש

5 Ainsi parle le Tout-Puissant, l’Eternel qui a créé les cieux et les a déployés, qui a étalé la terre avec ses productions, qui donne l’âme aux hommes qui l’habitent et le souffle à ceux qui la foulent (Isaïe 42 : 5).

Toutefois, si certes le Prophète Isaïe décrit dans une langue poétique la majesté incommensurable de la Création, c’est qu’il aspire à évoquer une autre Création, celle du peuple d’Israël :

א וְעַתָּה כֹּה-אָמַר יְהוָה בֹּרַאֲךָ יַעֲקֹב וְיֹצֶרְךָ יִשְׂרָאֵל אַל-תִּירָא כִּי גְאַלְתִּיךָ קָרָאתִי בְשִׁמְךָ לִי-אָתָּה. (ישעיהו מג : ג)

1 Or maintenant, ainsi a parlé l’Eternel, ton Créateur, ô Jacob, ton Auteur, ô Israël ! Ne crains rien car je vais te libérer ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ! (Isaïe 43 : 1)

Autrement dit, le prophète Isaïe révèle le but de la Création divine : Israël.

Pourquoi l’Eternel, selon Isaïe, a-t-il créé Israël ?

ז כֹּל הַנִּקְרָא בִשְׁמִי וְלִכְבוֹדִי בְּרָאתִיו  יְצַרְתִּיו  אַף-עֲשִׂיתִיו.(ישעיהו מג: ז)

7 tous ceux qui se réclament de mon nom, tous ceux que, pour ma gloire, j’ai créés, formés, organisés. » (Isaïe 43 : 7).

Israël a été créé afin de porter le Nom ineffable, de le glorifier et le diffuser parmi l’ensemble du genre humain. D’ailleurs, le célèbre commentateur du Moyen-Age Rashi explique que la consonne « Beit, ב- » associée au premier mot de la Tora, « רֵאשִׁית ReShIT » – est une préposition d’intention et n’est en rien une préposition adverbiale, comme l’on serait tenté de le penser :

ש«וּבִשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ « רֵאשִׁית תְּבוּאָתָהּ » (יִרְמְיָה ב: ג)»ש

« …et pour Israël qui est appelé « le commencement de Sa moisson » (Jérémie 2, 3) » (Rashi sur le verset Genèse 1 : 1).

Notons que l’Eternel, par la voix de son prophète Isaïe, mentionne successivement trois racines verbales .ב.ר.א.  – B. R. A., .י.צ.ר.   Y. Ts. R. et .ע.שׂ.י. – Ayin. Sh. Y. qui, mentionnées dans le livre de la Genèse,[2] décrivent le processus créationnel de l’Univers et de ADaM, l’Homme primordial. L’univers se renouvelle à chaque instant (les verbes de la Création sont au participe présent) et n’a de sens que par la présence et l’action d’Israël !

ו אֲנִי יְהוָה קְרָאתִיךָ בְצֶדֶק וְאַחְזֵק בְּיָדֶךָ וְאֶצָּרְךָ וְאֶתֶּנְךָ לִבְרִית עָם לְאוֹר גּוֹיִם. ז לִפְקֹחַ עֵינַיִם עִוְרוֹת לְהוֹצִיא מִמַּסְגֵּר אַסִּיר מִבֵּית כֶּלֶא יֹשְׁבֵי חֹשֶׁךְ. (ישעיהו מב: ו-ז).ש

6 « Moi, l’Eternel, je t’ai appelé pour la justice et je te prends par la main ; je te protège et je t’établis pour l’Alliance des peuples afin d’être la lumière des nations ; 7 pour dessiller les yeux frappés de cécité, pour tirer le captif de la prison, du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres. (Isaïe 42 : 6-7).

Il incombe à Israël, appelé par l’Eternel, d’être à la hauteur de sa vocation, à savoir devenir une lumière pour l’ensemble du genre humain, un exemple de moralité, d’Amour et de Justice. Mais comment Israël, le serviteur de l’Eternel, peut-il devenir un exemple pour le monde entier, si lui-même ne s’engage point à réparer préalablement ses propres manquements ?

יט מִי עִוֵּר כִּי אִם-עַבְדִּי וְחֵרֵשׁ כְּמַלְאָכִי אֶשְׁלָח מִי עִוֵּר כִּמְשֻׁלָּם וְעִוֵּר כְּעֶבֶד יְהוָה. (ישעיהו מב: יט)ש

19 Qui est aveugle, sinon mon serviteur, sourd, sinon le messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme le favori (du Seigneur), aveugle comme le serviteur de l’Eternel ? (Isaïe 42 : 19)

Israël a pour vocation de réparer la faute de l’Homme primordial, Adam (Genèse 3 : 24) et de relever l’Humanité de son déclin après le fratricide de Caïn et les générations dévoyées jusqu’à Noé.

La contribution des Juifs à travers le temps et l’espace dans la réparation du monde – Tikkoun HaOlam – a toujours été un impératif catégorique. Comment expliquer, alors que les Juifs ne représentent que 0, 2 % de la population mondiale, que 20 % d’entre eux aient été couronnés du prestigieux Prix Nobel ? Deux réponses à cette question complexe expliquent l’excellence d’Israël. La première relève du Culturel et la seconde de l’Histoire. Les Juifs ont, tout au long de leur Histoire singulière, valorisé l’Education, l’Ethique et l’Esprit – les trois « E » – au détriment de toute forme de dogmes aliénant la liberté humaine par le biais de la lecture, de la recherche fondamentale et de la transmission du Savoir afin de transformer le monde en un monde meilleur. Sur le plan historique, comme le dit l’Eternel par la voix du prophète Isaïe : « Ne crains rien car je vais te libérer » (Isaïe 43 : 1). Quels que soient les interdits de pratiquer certaines professions comme l’agriculture imposés à Israël, celui-ci se tourne vers les Sciences, la Médecine, la Physique et la Chimie, autant de domaines favorisant l’éminence de l’Esprit ouvrant sur l’Universel.

René Samuel Cassin, l’une des plus grandes figures françaises du XXe siècle, reçoit en 1968 à la fois le Prix Nobel de la Paix et le Prix des Droits de l’Homme décerné par les Nations-Unies après avoir été, à partir de 1946, l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. René Cassin écrit que cette Déclaration historique constitue « la base d’une éthique sans laquelle la société universelle ne pourrait s’organiser sur les plans moral, politique, juridique et même économique »[3] et déclare dans son discours aux Nations-Unies : « Notre déclaration se présente comme la plus vigoureuse, la plus nécessaire des protestations de l’humanité contre les atrocités et les oppressions dont tant de millions d’êtres humains ont été victimes à travers les siècles et plus particulièrement pendant et entre les deux dernières guerres mondiales ». La contribution majeure apportée par René Cassin réside dans le fait qu’il place le respect et la dignité humaine au-delà de toute forme de souveraineté étatique.

Alors que le livre de Béreshit révèle la Divinité à travers la Nature, le livre des Prophètes (Nevi’im) dévoile, quant à lui, la Divinité dans l’Histoire.

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« Il y a deux manières d’enseigner la morale ; la première consiste à enseigner des règles universelles et la seconde consiste à donner des exemples particuliers. Le Tout-Puissant a essayé à deux reprises d’enseigner à l’humanité des règles universelles : les règles d’Adam puis les règles de Noé. Elles ont échoué ; parce que la manière la plus puissante d’enseigner est par l’exemple particulier. Si vous voulez apprendre à quelqu’un comment être bon, identifiez un modèle et montrez-lui comment vit cette personne. Ainsi Rabbi Akiva a appris de Rabbi Yehoshua ; ainsi les Hassidim ont appris de leurs Rabbis ; de même, nous apprenons tous de l’histoire des grandes figures du passé et de nos pairs de nos jours. C’est la différence entre la loi et le récit, entre les règles universelles et les exemples vivants. C’est devenu la vocation juive ; ne pas représenter une vérité universelle, mais être un exemple vivant particulier et spécifique de la façon de vivre. D’une manière ou d’une autre, le peuple juif serait le peuple dont, dans la vie au quotidien, la volonté de D.ieu serait particulièrement évidente, tout comme dans l’histoire collective, la présence de D.ieu. Vous pouviez regarder les Juifs et voir D.ieu. Dans cette magnifique phrase d’Isaïe : « vous êtes mes témoins, dit D.ieu » et c’est ce qui s’est passé. » (Tikkun Olam: Orthodoxy’s Responsibility to Perfect God’s World).

Israël témoigne de la présence divine et de son unicité par sa faculté à réparer le monde en transformant celui-ci en une oasis de paix :

י אַתֶּם עֵדַי נְאֻם-יְהוָה וְעַבְדִּי אֲשֶׁר בָּחָרְתִּי לְמַעַן תֵּדְעוּ וְתַאֲמִינוּ לִי וְתָבִינוּ כִּי-אֲנִי הוּא לְפָנַי לֹא-נוֹצַר אֵל וְאַחֲרַי לֹא יִהְיֶה. (ישעיהו מג: י).ש

10 Vous, vous êtes mes témoins, dit l’Eternel, et le serviteur choisi par moi pour reconnaître, pour croire en moi et être convaincu que moi je suis; qu’avant moi, nulle Divinité n’a existé, et qu’après moi, il n’y en aura point. (Isaïe 43 : 10)

[1] Isaïe 42 : 5 – 43 : 10 (selon la coutume ashkénaze).

Isaïe 42 : 5- 21 (selon la coutume séfarade).

Les Yéménites commencent au verset 1 du chapitre 42 du livre d’Isaïe.

[2]   Racine créer (ex-nihilo) .ב.ר.א.  – B. R. A. Cf. Genèse 1 : 1 ; 21 ; 27 ; 2 : 4.

Racine .י.צ.ר.  Y. -Ts. R. Cf. Genèse 2 : 7-8 ; 19.

Racine .ע.ש.י. – Ayin. Sh. Y. Cf. Genèse 1 : 7 ; 16 ; 25- 26 ; 31 ; 2 : 2-4.

[3] « La déclaration universelle et la mise en œuvre des droits de l’homme », René Cassin. p. 360.

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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2 réponses à Haftarat Béreshit, Création et Réparation du Monde

  1. Yves Aron BOUTBOUL dit :

    Haïm bravo
    étudier les aftarot permet de voir des textes nouveaux.
    merci.

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