Haftarat No’ah, Alliance universelle, Alliance nationale

« Il n’y a rien de plus grand que le saint mariage, alliance de deux humains unis non par la passion qui est rut et manège de bête et toujours éphémère, mais par la tendresse, reflet de Dieu » (Albert Cohen, Belle du Seigneur)

Quel lien pouvons-nous établir entre la haftarat Noa’h[1] et la parashat No’ah[2] ?

Le lien direct qui s’établit immédiatement entre la haftarat No’ah et la parashah Noa’h découle de la présence du verset :

ט כִּי-מֵי נֹחַ זֹאת לִי אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי מֵעֲבֹר מֵי-נֹחַ עוֹד עַל-הָאָרֶץ כֵּן נִשְׁבַּעְתִּי מִקְּצֹף עָלַיִךְ וּמִגְּעָר-בָּךְ. (ישעיהו נד:ט).ש

9 Certes, je ferai en cela comme pour les eaux de Noé : de même que j’ai juré que les eaux de Noé ne désoleraient plus la terre, ainsi je jure de ne plus m’irriter ni diriger des menaces contre toi. (Isaïe 54 : 9).

 L’Eternel, s’adressant au prophète Isaïe, s’inspirant et se fondant sur le modèle de l’Alliance universelle conclue avec Noé (Genèse 9 : 13), promet d’établir une nouvelle Alliance avec Israël, en vertu de laquelle il ne portera plus atteinte à son peuple. Le parallélisme entre les sources révèle un dénominateur commun entre le livre des Prophètes et le livre de la Tora : la puissance de la Miséricorde divine.

ז בְּרֶגַע קָטֹן עֲזַבְתִּיךְ וּבְרַחֲמִים גְּדֹלִים אֲקַבְּצֵךְ. ח בְּשֶׁצֶף קֶצֶף הִסְתַּרְתִּי פָנַי רֶגַע מִמֵּךְ וּבְחֶסֶד עוֹלָם רִחַמְתִּיךְ אָמַר גֹּאֲלֵךְ יְהוָה. (ישעיהו נד: ז-ח).ש

7 Un court instant Je [Moi l’Eternel] t’ai délaissée, et avec une grande tendresse je veux te recueillir. 8 Dans un transport de colère Je t’ai, un instant, dérobé ma face ; désormais je t’aimerai d’une affection éternelle, dit ton Libérateur, l’Eternel. (Isaïe 54 : 7-8).

Cette Miséricorde, expression de l’Alliance divine-בְרִית , s’étendant à l’ensemble de toutes les créatures de la terre, après la catastrophe du Déluge, s’étend également à Israël qui est délivré de sa captivité en exil : 

יא וַהֲקִמֹתִי אֶת-בְּרִיתִי אִתְּכֶם וְלֹא-יִכָּרֵת כָּל-בָּשָׂר עוֹד מִמֵּי הַמַּבּוּל וְלֹא-יִהְיֶה עוֹד מַבּוּל לְשַׁחֵת הָאָרֶץ. (בראשית ט: יא).ש

11 Et J’établirai mon Alliance avec vous. Nulle chair, désormais, ne périra par les eaux du déluge ; nul déluge, désormais, ne désolera la terre. » (Genèse 9 : 11).

י כִּי הֶהָרִים יָמוּשׁוּ וְהַגְּבָעוֹת תְּמוּטֶינָה וְחַסְדִּי מֵאִתֵּךְ לֹא-יָמוּשׁ וּבְרִית שְׁלוֹמִי לֹא תָמוּט אָמַר מְרַחֲמֵךְ יְהוָה. (ישעיהו נד: י).ש

10 Que les montagnes chancellent, que les collines s’écroulent, ma tendresse pour toi ne chancellera pas, ni mon Alliance de paix ne s’écroulera, dit Celui qui t’aime, l’Eternel ! (Isaïe 54 : 10).

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne à propos de ce verset :

« La foi est la moralisation de l’amour. Ce n’est pas un acte cognitif. « Emouna », le mot biblique pour « foi » signifie en vérité « alliance », « loyauté ». Cela signifie être fidèle au lien que vous avez créé avec un autre, honorer votre parole et leur faire confiance pour honorer la leur. Dieu nous fait des promesses. Nous faisons des promesses à Dieu. Au niveau le plus profond de métaphore et de sens, la foi est un mariage, un lien conclu dans un amour et honoré dans la vie » (The Great Partnership).

Cette paix est de nouveau évoquée au verset 13 du chapitre 54 d’Isaïe :

יג וְכָל-בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי יְהוָה וְרַב שְׁלוֹם בָּנָיִךְ. (ישעיהו נד: יג).ש

13 Et tous tes enfants seront les disciples de l’Eternel ; grande sera la paix de tes enfants. (Isaïe 54 : 13).

L’exil touche à sa fin. Les enfants d’Israël retournent à Jérusalem, la capitale de Yehouda (Juda) où ils recouvrent leur indépendance politique et spirituelle. Cette résurrection est annoncée dès le premier mot de la haftara – « רָנִּי / RoNi- Réjouis-toi » :

א רָנִּי עֲקָרָה לֹא יָלָדָה פִּצְחִי רִנָּה וְצַהֲלִי לֹא-חָלָה כִּי-רַבִּים בְּנֵי-שׁוֹמֵמָה מִבְּנֵי בְעוּלָה אָמַר יְהוָה. (ישעיהו נד: א).ש

1 Réjouis-toi, femme stérile qui n’as point enfanté ! Fais éclater ton allégresse et chante, toi qui n’as pas été en mal d’enfant ! Car plus nombreux seront les enfants de la femme délaissée que de la femme mariée, a dit l’Eternel. (Isaïe 54 : 1).

La haftarat No’ah commence précisément où s’achève la parashat No’ah:

ל וַתְּהִי שָׂרַי עֲקָרָה אֵין לָהּ וָלָד. (בראשית יא: ל).ש

30 Et Saraï était stérile, elle n’avait point d’enfant. (Genèse 11 : 30).

Le prophète Isaïe console le peuple d’Israël écrasé par le désespoir de la captivité[3] en lui annonçant la nouvelle d’un avenir radieux. Sur l’exemple de la Matriarche Sarah désespérée de ne pouvoir donner la vie, idée exprimée par la redondance des termes « stérile et sans enfants » et qui pourtant enfantera Its’hak (Isaac, le futur deuxième Patriarche), le prophète Isaïe insuffle un nouvel espoir à Israël qui ressuscitera, tel le Phœnix.

Jérusalem resplendira de toutes parts sans plus connaître de limite :

ב הַרְחִיבִי מְקוֹם אָהֳלֵךְ וִירִיעוֹת מִשְׁכְּנוֹתַיִךְ יַטּוּ אַל-תַּחְשֹׂכִי הַאֲרִיכִי מֵיתָרַיִךְ וִיתֵדֹתַיִךְ חַזֵּקִי. ג כִּי-יָמִין וּשְׂמֹאול תִּפְרֹצִי וְזַרְעֵךְ גּוֹיִם יִירָשׁ וְעָרִים נְשַׁמּוֹת יוֹשִׁיבוּ. (ישעיהו נד: ב-ג).ש

2 Elargis l’emplacement de ta tente, qu’on déploie les tentures de ta demeure, n’y épargne rien ! Allonge tes cordes, fixe solidement tes chevilles ! 3 Car de droite et de gauche tu déborderas, et tes enfants recueilleront l’héritage des nations, peupleront des villes devenues solitaires. (Isaïe 54 : 2-3).

Puis Jérusalem redeviendra féconde, portant en son sein ses enfants, les fils d’Israël :

א … כִּי-רַבִּים בְּנֵי-שׁוֹמֵמָה מִבְּנֵי בְעוּלָה אָמַר יְהוָה. (ישעיהו נד: א).ש

1 … Car plus nombreux seront les enfants de la femme délaissée que de la femme mariée, a dit l’Eternel. (Isaïe 54 : 1)

Cette prophétie est désormais une réalité palpable. Après les conquêtes des empires d’Assyrie, de Babylone, de Perse, de la Grèce, de Rome, le siège des Croisés, des Mamelouks, des Ottomans et de l’empire britannique, Jérusalem est, aujourd’hui, redevenue la capitale une et indivisible de l’Etat d’Israël. Quelle nation au monde peut-elle témoigner d’une telle providence ? Retrouver sa terre, sa langue et sa capitale d’origine !

De la même manière que les eaux de Noé ne submergeront plus la Terre entière, conformément à l’Alliance conclue avec ce dernier, la présence du peuple d’Israël en sa terre retrouvée ne sera jamais plus remise en question et constituera un fait établi pour toutes les Nations.   

ג הַטּוּ אָזְנְכֶם וּלְכוּ אֵלַי שִׁמְעוּ וּתְחִי נַפְשְׁכֶם וְאֶכְרְתָה לָכֶם בְּרִית עוֹלָם חַסְדֵי דָוִד הַנֶּאֱמָנִים. (ישעיהו נה: ג).ש

3 Prêtez-moi l’oreille et venez à moi, écoutez et votre âme renaîtra, et je vous accorderai une Alliance éternelle, vous les disciples fidèles de David. (Isaïe 55 : 3).

[1]  Haftarat No’ah : Isaïe 54 : 1- 55 : 5

[2] Parashat Noa’h : Genèse 6 : 9-11 : 32.

[3] Cette haftara s’inscrit dans la série des sept passages de consolation lus après le 9 av, tous extraits du livre du prophète Isaïe- Sheva DeNa’hamata. שֶׁבַע דִנְחַמְתָא 

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Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 réponse à Haftarat No’ah, Alliance universelle, Alliance nationale

  1. Daniele Sap dit :

    Toda Rabba Haim ! Chabbat Chalom Oumevorah à Tous tes Bien-aimés .
    Dany & Ses Fils

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