Haftarat VaYétsé, Entre défiance et confiance en l’Eternel

« L’optimisme est la foi qui mène à la réalisation. Rien ne peut se faire sans l’espoir et la confiance » (Helen Keller)

 Quel est le dénominateur commun entre la Haftarat VaYétsé [1] et la parashat VaYétsé [2] ?

Les deux textes relatent l’histoire de Ya’akov (Jacob) qui est appelé à devenir le troisième Patriarche d’Israël et le fondateur de la nation hébraïque.

ד בַּבֶּטֶן עָקַב אֶת-אָחִיו וּבְאוֹנוֹ שָׂרָה אֶת-אֱלֹהִים. ה וַיָּשַׂר אֶל-מַלְאָךְ וַיֻּכָל בָּכָה וַיִּתְחַנֶּן-לוֹ בֵּית-אֵל יִמְצָאֶנּוּ וְשָׁם יְדַבֵּר עִמָּנוּ. (הושע יב: ד-ה).ש

4 Dès le sein maternel, il supplanta son frère et dans sa virilité il triompha du Seigneur. 5 Et il lutta contre un ange et fut vainqueur, et celui-ci pleura et demanda grâce : il devait le retrouver à Béthel, et là, il parla en notre faveur. (Osée 12 : 4-5).

Ce dernier verset est à mettre en parallèle avec le texte de la parashah suivante, VaIshlakh, relatant la lutte avec l’ange.

יג וַיִּבְרַח יַעֲקֹב שְׂדֵה אֲרָם וַיַּעֲבֹד יִשְׂרָאֵל בְּאִשָּׁה וּבְאִשָּׁה שָׁמָר. יד וּבְנָבִיא הֶעֱלָה יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם וּבְנָבִיא נִשְׁמָר. (הושע יב: יג-יד).ש

13 Jacob s’était réfugié dans le champ d’Aram ; Israël a travaillé pour une femme, pour une femme il a gardé [le troupeau] ; 14 et c’est par un prophète que l’Eternel retira Israël de l’Egypte, par un prophète qu’il le protégea. (Osée 12 : 13-14).

Moïse, ce prophète par lequel ont été mises en œuvre la sortie d’Egypte ainsi que la protection d’Israël par la Shekhinah, est ici mis en parallèle avec Jacob. Comme Jacob, Moïse a été berger, non point d’un troupeau de petit bétail, mais de toute la communauté d’Israël. Comme Jacob, réfugié en Aram, Moïse s’est réfugié en Midian. Comme Jacob revenant d’Aram avec ses femmes et ses enfants, Moïse fait sortir d’Egypte toute la communauté d’Israël.

Cependant, pourquoi le prophète HoShéa (Osée) rappelle-t-il dans son discours critique envers Ephraïm la biographie de Ya’akov ? Quelle place occupe Ya’akov au sein de ce narratif ?

Le prophète Osée ne cesse d’émettre des remontrances à l’encontre d’Ephraïm d’où est issu Yarov’am (Jéroboam), fondateur du royaume du Nord (Israël). Ephraïm constitue, en Israël, le paradigme du dévoiement et de la corruption. Il se prostitue aux dieux étrangers et pratique l’iniquité :

א שִׁמְעוּ דְבַר-יְהוָה בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כִּי רִיב לַיהוָה עִם-יוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ כִּי אֵין-אֱמֶת וְאֵין-חֶסֶד וְאֵין-דַּעַת אֱלֹהִים בָּאָרֶץ. ב אָלֹה וְכַחֵשׁ וְרָצֹחַ וְגָנֹב וְנָאֹף פָּרָצוּ וְדָמִים בְּדָמִים נָגָעוּ. (הושע ד: א-ב).ש

1 Ecoutez la parole de l’Eternel, enfants d’Israël ! car l’Eternel prend à partie les habitants de ce pays, parce qu’il n’y a ni vérité, ni bonté, ni connaissance dו Seigneur dans ce pays. 2 Parjure et mensonge, meurtre, vol et adultère jaillissent [de toutes parts], et les sangs se mêlent aux sangs. (Osée 4 : 1- 2).

La corruption d’Ephraïm atteint son paroxysme dès lors que celui-ci contracte des alliances étrangères avec deux grandes puissances tyranniques, l’Assyrie et l’Egypte, les ennemis d’Israël :

ב אֶפְרַיִם רֹעֶה רוּחַ וְרֹדֵף קָדִים כָּל-הַיּוֹם כָּזָב וָשֹׁד יַרְבֶּה וּבְרִית עִם-אַשּׁוּר יִכְרֹתוּ וְשֶׁמֶן לְמִצְרַיִם יוּבָל. (הושע יב: ב).ש

2 Ephraïm est le berger du vent, il court après les rafales de l’Est ; tout le jour il entasse la fraude et la violence. Il fait alliance avec Achour, et l’huile est portée en Egypte. (Osée 12 : 2).

L’Eternel, par la voix de son prophète, exhorte Ephraïm d’abandonner ses crimes, de n’être soutenue par aucune puissance et de revenir vers Lui :

ז וְאַתָּה בֵּאלֹהֶיךָ תָשׁוּב חֶסֶד וּמִשְׁפָּט שְׁמֹר וְקַוֵּה אֶל-אֱלֹהֶיךָ תָּמִיד. (הושע יב: ז).ש

7 Et toi reviens donc au sein de ton Seigneur, garde la vertu et la droiture, et espère en le Seigneur constamment. (Osée 12 : 7).

Mais comment Ephraïm peut-il faire Teshouvah, opérer une métamorphose intérieure et réparer ses erreurs du passé ?

C’est le personnage de Ya’akov, troisième Patriarche, qui est à même de bouleverser la vie d’Ephraïm. En effet, Ya’akov est décrit par Osée comme un être qui, depuis sa naissance, combat avec une énergie farouche les forces déterministes de la Nature. Ya’akov se distingue par son rejet absolu d’une vie guidée par le destin et la fatalité, le « fatum stoicum ». Né quelques minutes après Esaü, il aspire à être le premier. Fuyant la haine de son frère Esaü, Ya’akov ne s’avoue à aucun moment vaincu. Lors de son combat avec le messager-ange de l’Eternel, il triomphe de ce dernier et le contraint à le bénir :

כה וַיִּוָּתֵר יַעֲקֹב לְבַדּוֹ וַיֵּאָבֵק אִישׁ עִמּוֹ עַד עֲלוֹת הַשָּׁחַר. כו וַיַּרְא כִּי לֹא יָכֹל לוֹ וַיִּגַּע, בְּכַף-יְרֵכוֹ וַתֵּקַע כַּף-יֶרֶךְ יַעֲקֹב בְּהֵאָבְקוֹ עִמּוֹ. כז וַיֹּאמֶר שַׁלְּחֵנִי כִּי עָלָה הַשָּׁחַר וַיֹּאמֶר לֹא אֲשַׁלֵּחֲךָ כִּי אִם-בֵּרַכְתָּנִי. כח וַיֹּאמֶר אֵלָיו מַה-שְּׁמֶךָ וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב. כט וַיֹּאמֶר לֹא יַעֲקֹב יֵאָמֵר עוֹד שִׁמְךָ כִּי אִם-יִשְׂרָאֵל  כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים וַתּוּכָל. (בראשית לב: כה-כט).ש

25 Et Jacob étant resté seul, un homme lutta avec lui, jusqu’au lever de l’aube. 26 Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, il lui pressa la cuisse ; et la cuisse de Jacob se luxa tandis qu’il luttait avec lui. 27 Il dit : « Laisse-moi partir, car l’aube est venue. » Il répondit : « Je ne te laisserai point, que tu ne m’aies béni. » 28 Il lui dit alors : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Jacob. » 29 Il reprit : « Jacob ne sera plus désormais ton nom, mais bien Israël ; car tu as jouté contre le Seigneur et contre les hommes et tu es resté fort. » (Genèse 32 : 25-29).

Puis Ya’akov, exploité et manipulé par Lavan, le frère de Rébecca, ne s’avouant jamais vaincu, ne désespère point d’épouser l’élue de son cœur, Rachel – Ra’HeL, même après la ruse de la substitution de Ra’Hel par LéaH.

Ya’akov est l’homme du dépassement de soi. Il détient la faculté de retourner en sa faveur toute situation qui semblerait, de prime abord, perdue.

D’où provient donc cette force particulière ?

Ya’akov tire sa force de la promesse divine qui lui est faite :

ג וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-יַעֲקֹב שׁוּב אֶל-אֶרֶץ אֲבוֹתֶיךָ וּלְמוֹלַדְתֶּךָ וְאֶהְיֶה עִמָּךְ. (בראשית לא: ג).ש

3 Et l’Éternel dit à Jacob : « Retourne au pays de tes pères, dans ton lieu natal ; je serai avec toi. » (Genèse 31 : 3).

Comment ces simples mots : וְאֶהְיֶה עִמָּךְ peuvent-ils avoir tant de force ? Ces termes rappellent une fois encore Moïse, à qui l’Eternel a adressé ces mêmes mots : « וְאֶהְיֶה עִמָּךְ » (Exode 3 : 12). Ce אֶהְיֶה est un membre du Nom de l’Eternel : « אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה, Je serai que Je serai » (Exode 3 : 14).

Ephraïm ne doit en aucune manière s’appuyer sur des empires fondant leur puissance sur le glaive, mais, au contraire, comme Jacob, mettre toute sa confiance dans le Seigneur.

L’Eternel, qui appelle Israël à revenir vers Lui, a la plus grande difficulté à châtier son peuple comme nous l’apprend le début de la haftarah :

ח אֵיךְ אֶתֶּנְךָ אֶפְרַיִם אֲמַגֶּנְךָ יִשְׂרָאֵל אֵיךְ אֶתֶּנְךָ כְאַדְמָה אֲשִׂימְךָ כִּצְבֹאיִם נֶהְפַּךְ עָלַי לִבִּי יַחַד נִכְמְרוּ נִחוּמָי. (הושע יא: ח).ש

8 Comment pourrais-je te livrer, Ephraïm, être ton bouclier, Israël ? Comment te rendrais-je semblable à Admâ, te traiterais-je à l’égal de Tsevoïm ? Mon cœur retourne contre moi, mes regrets se réveillent ensemble. (Osée 11 : 8).

Ainsi, alors que la haftarah VaYétsé débute sur la rébellion d’Ephraïm (Osée 11 : 7), l’Eternel promet à la fin de cette même haftarah de guérir Ephraïm et de lui pardonner ses fautes de jeunesse :

ה אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹהֲבֵם נְדָבָה כִּי שָׁב אַפִּי מִמֶּנּוּ. (הושע יד: ה).ש

5 Alors je les guérirai de leur égarement, je les aimerai avec abandon, parce que ma colère sera désarmée. (Osée 14 : 5).

[1] Haftarat VaYétsé, Osée 11 : 7 – 12 : 12 selon la tradition séfarade et yéménite. Osée 12 : 13 – 14 : 10. Certains rajoutent deux versets du prophète Yoël (Joël) 26-27 extraits du chapitre 2.

[2] Parashat VaYétsé: Genèse 28 : 10-32 : 3.

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

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1 réponse à Haftarat VaYétsé, Entre défiance et confiance en l’Eternel

  1. Daniele Sap dit :

    Toda Rabba cher Haim !..pour ce beau Message , B*H itbarah

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