Vision biblique d’un monde pacifié

Alors même que nous avions cru que la guerre en Europe n’était plus qu’un souvenir d’antan inscrit dans les livres d’Histoire de notre enfance, voici que le monde se réveille au matin du 24 février 2022, atterré par l’annonce dramatique d’une nouvelle guerre qui, opposant la Russie à l’Ukraine, n’épargne ni hommes, ni femmes, ni enfants. Une nouvelle page d’Histoire s’ouvre sur la souffrance, la mort, le feu et le sang, touchant une fois de plus des millions d’innocents.

La Paix, HaShalom הַשָּׁלוֹם, constitue la plus élevée des valeurs éthiques du TaNaKh (Bible hébraïque). La source biblique insiste à maintes reprises sur les moyens qui doivent être mis en œuvre afin non seulement d’éviter toute guerre et la mort d’êtres innocents (Deutéronome 20 : 10), mais de surcroît de promouvoir tous les efforts visant à construire la Paix, car celle-ci, loin d’être une évidence, s’organise, se prépare et s’édifie par la force de la volonté :

טו  סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה-טוֹב בַּקֵּשׁ שָׁלוֹם וְרָדְפֵהוּ. (תהלים לד: טו)

15 Ecarte-toi du Mal et fais le Bien, recherche la Paix et poursuis-la. (Psaume 34 : 15).

Nonobstant la tourmente de la guerre, il incombe donc à l’Homme de poursuivre sans cesse la Paix sans jamais désespérer et trouver une solution de concorde et ce, quelles que puissent être les circonstances et les raisons à l’origine de la guerre. Car la vie humaine n’a pas de prix !

Si parfois la Paix, selon la Bible, s’établit à partir d’intérêts communs entre états et nations, elle est avant tout un principe noble et absolu qui, dépassant les dimensions restrictives du champ politique et économique, se fonde essentiellement sur l’harmonie et la coopération des hommes œuvrant de concert en faveur d’un monde meilleur. La racine hébraïque du terme « ShaLoM-  ש.ל.מ. / Sh. L. M. » signifie à la fois « équilibre, harmonie, tranquillité, plénitude, perfection, collaboration, échange ». 

C’est probablement le prophète Isaïe qui annonce le plus clairement l’avènement d’une ère future que l’on croit encore utopique. Un jour viendra où la guerre sera bannie à jamais de la conscience des hommes. Les hommes, reconnaissant leur origine commune, se tendront et se tiendront la main à Jérusalem, la Cité de la Paix et de la Réconciliation :

ד … וְכִתְּתוּ חַרְבוֹתָם לְאִתִּים וַחֲנִיתוֹתֵיהֶם לְמַזְמֵרוֹת לֹא-יִשָּׂא גוֹי אֶל-גּוֹי חֶרֶב וְלֹא-יִלְמְדוּ עוֹד מִלְחָמָה. (ישעיהו ב: ד)

4 …  Alors de leurs glaives ils forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes ; un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et on n’apprendra plus à faire la guerre. (Isaïe 2 : 4).

Le terme « Shalom » est, de plus, souvent associé dans un même verset à trois autres termes clefs : « טוֹב – Tov- Bon- Beau » ; « Joie- SiM’HaH  שִׂמְחָה » et « TseDaQaH צְדָקָה– Justice ».

Le Rouleau d’Esther s’achève sur le Bien et la Paix :

ג  כִּי מָרְדֳּכַי הַיְּהוּדִי… דֹּרֵשׁ טוֹב לְעַמּוֹ וְדֹבֵר שָׁלוֹם לְכָל-זַרְעוֹ. (אסתר י: ג)

3 Car Mordéchaï, le Judéen… recherchait le bien de son peuple et tenait un discours de Paix pour sa descendance. (Esther 10 : 3).

Quant à Isaïe, il met l’accent sur la Paix et la Joie :

יב כִּי-בְשִׂמְחָה תֵצֵאוּ וּבְשָׁלוֹם תּוּבָלוּן הֶהָרִים וְהַגְּבָעוֹת יִפְצְחוּ לִפְנֵיכֶם רִנָּה וְכָל-עֲצֵי הַשָּׂדֶה יִמְחֲאוּ-כָף. (ישעיהו נה: יב) 

12 Aussi, avec joie, vous sortirez, et en Paix vous serez conduits ; devant vous, montagnes et collines éclateront en cris d’allégresse, et tous les arbres des champs battront des mains. (Isaïe 55 : 12).

Et les Psaumes chantent la Paix et la Justice :

ג  יִשְׂאוּ הָרִים שָׁלוֹם לָעָם וּגְבָעוֹת בִּצְדָקָה. (תהלים עב: ג)

3 Que les montagnes portent la Paix pour le peuple, ainsi que les collines, avec Justice ! (Psaume 72 : 3).

La vision d’un monde harmonieux tel que le définit la Bible est celle que l’Organisation des Nations-Unies a adoptée :

« La paix n’est pas simplement l’absence de conflits, mais est un processus positif, dynamique, participatif qui favorise le dialogue et le règlement des conflits dans un esprit de compréhension mutuelle et de coopération » [1].


Les grands gouvernants sont ceux qui, comme le dit l’Ecclésiaste, savent mettre un terme aux guerres destructrices, car il n’y a ni vainqueur ni vaincu, chacun « récoltant » sa part de destruction et de malheur :

עֵת לֶאֱהֹב וְעֵת לִשְׂנֹא
 עֵת מִלְחָמָה וְעֵת שָׁלוֹם. (קהלת ג: ח)  

8 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la Paix. (Ecclésiaste 3 : 8).

Dix jours à peine après les Accords de Genève (1954) mettant fin à la guerre d’Indochine, Pierre Mendès France prononce le Discours de Carthage reconnaissant à la Tunisie son autonomie. Les Etats-Unis d’Amérique poursuivront la guerre au Vietnam (ex-Indochine) et connaîtront une cinglante et sanglante défaite. La Paix est une question de volonté !

L’Ecclésiaste, en achevant ce verset par la Paix, enseigne une leçon d’espoir. Après les affres de la guerre, s’ouvrira une nouvelle ère de véritable Paix durable, comme l’annonce Osée, prophète de l’amour :

כ וְכָרַתִּי לָהֶם בְּרִית בַּיּוֹם הַהוּא עִם-חַיַּת הַשָּׂדֶה וְעִם-עוֹף הַשָּׁמַיִם וְרֶמֶשׂ הָאֲדָמָה וְקֶשֶׁת וְחֶרֶב וּמִלְחָמָה אֶשְׁבּוֹר מִן-הָאָרֶץ וְהִשְׁכַּבְתִּים לָבֶטַח. (הושע ב: כ)

20 A cette époque, je conclurai une Alliance en leur faveur avec les animaux des champs, avec les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre ; arcs, épées, tout instrument de guerre, je les briserai dans le pays, et je ferai en sorte que chacun y dormira en Paix. (Osée 2 : 20).

La Bible voit en la Paix la source de toute bénédiction et de toute prospérité :

יב כִּי-זֶרַע הַשָּׁלוֹם הַגֶּפֶן תִּתֵּן פִּרְיָהּ וְהָאָרֶץ תִּתֵּן אֶת-יְבוּלָהּ וְהַשָּׁמַיִם יִתְּנוּ טַלָּם וְהִנְחַלְתִּי אֶת-שְׁאֵרִית הָעָם הַזֶּה אֶת-כָּל-אֵלֶּה. (זכריה ח: יב)

12 Il y aura des semailles de Paix : la vigne portera son fruit et la terre donnera sa récolte, le ciel répandra sa rosée, et au petit reste du peuple je donnerai en héritage tous ces biens. (Zacharie 8 : 12).

Selon les Sages d’Israël, la Paix est indissociable de deux autres grands principes fondamentaux, la Vérité et la Justice qui ne font qu’un :

ש «רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: עַל שְׁלשָׁה דְבָרִים הָעוֹלָם עוֹמֵד, עַל הַדִּין וְעַל הָאֱמֶת וְעַל הַשָּׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר (זכריה ח: טז) ‘אֱמֶת וּמִשְׁפַּט שָׁלוֹם שִׁפְטוּ בְּשַׁעֲרֵיכֶם’:» (פרקי אבות א: יח) 

« Rabban Shim’on ben Gamliel enseigne : Le monde repose sur trois principes : la Justice, la Vérité et la Paix, car il est dit : ‘rendez des sentences de vérité, de justice et de paix dans vos portes !’ (Zacharie 8 : 16). » (Maximes des Pères 1 : 18).

Puisse l’Ukraine et ses habitants recouvrer leur chère liberté et que la Paix remplisse le monde là même où la guerre fait encore rage !

שָׁלוֹם עֲלֵיכֶם

Que la Paix repose sur vous !

 

[1] Source : ONU, Assemblee Generale, 93e session, décembre 1999, p. 1.

Shabbat shalom !

hebreubiblique@gmail.com

Avec toutes mes amitiés,

Haïm Ouizemann

 

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